Restaurer la confiance dans les évêques du Zimbabwe
Afrique du Sud: Un journal catholique déplore l’»accueil chaleureux» de Mugabe lors de la béatification de Jean Paul II
Le Cap, 20 mai 2011 (Apic) Le directeur de «The Southern Cross» a pris la défense du Vatican contre les critiques l’accusant d’avoir permis au président du Zimbabwe Robert Mugabe de recevoir la communion lors de la cérémonie de béatification du pape Jean Paul II. La présence du dictateur zimbabwéen, sur la Place Saint-Pierre, dimanche 1er mai dernier, a indigné de nombreux catholiques.
Günther Simmermacher, dans l’édition internet du 18 mai de l’hebdomadaire catholique indépendant sud-africain, affirme en effet que de nombreux catholiques d’Afrique australe ont été «scandalisés» quand la télévision retransmettant la cérémonie de béatification a montré Mugabe recevant la communion. En effet, Mugabe a fait «un tort inestimable» à l’Eglise, écrit le journaliste.
Agé de 87 ans, Mugabe et ses proches sont interdits de voyage. Leurs avoirs sont gelés depuis 2002 par l’Union européenne et les Etats-Unis, en raison de violations répétées des droits de l’homme et des libertés fondamentales au Zimbabwe.
Un accueil chaleureux qui donne une fausse impression
Günther Simmermacher souligne qu’à la vue d’un prélat souriant accueillant chaleureusement le tyran, des catholiques ont pu être indignés. Son journal a reçu de nombreuses lettres de lecteurs protestant contre la présence sur la Place Saint-Pierre et l’accueil «à la table du Seigneur» d’un homme accusé d’être «responsable de l’assassinat et de la persécution de tant de gens».
Le cardinal Wilfrid Napier, porte-parole de la Conférence des évêques catholiques d’Afrique australe – très critique concernant le bilan de Mugabe en matière de droits de l’Homme – explique ainsi ce fait. Pour tout chrétien, recevoir la communion est un acte relevant du choix personnel, relevant de la conscience devant Dieu. En tant que tel, c’est une question entre Dieu et le croyant.
«Personne, si ce n’est M. Mugabe et peut-être son confesseur, ne peut savoir s’il était en état de grâce quand il s’est présenté pour la communion sur la Place St-Pierre. Ce n’est pas à nous d’interroger le for intérieur de M. Mugabe». De plus, aussi longtemps que M. Mugabe n’est pas frappé d’interdit (comme le sont certains hommes politiques catholiques «pro-choice» – en faveur de la liberté en matière d’avortement – aux Etats-Unis, selon la discrétion des évêques locaux), il peut continuer à recevoir la communion. «Nous devons espérer que son aumônier personnel lui offrira le conseil spirituel approprié». Le cardinal Napier précise en outre qu’»aucune invitation officielle n’avait été adressée aux chefs d’Etat». Ainsi, ceux qui sont venus l’ont fait de leur propre initiative.
Les évêques du Zimbabwe qualifiés de «marionnettes des pays occidentaux»
Juste avant de partir pour Rome, Mugabe avait qualifié les évêques catholiques du Zimbabwe de «soi-disant hommes de Dieu qui mentent», et de «simples marionnettes des pays occidentaux». Le journal sud-africain relève que dans ce contexte, la réception de Mugabe au Vatican a donné l’impression, «certainement inexacte», que le Vatican était à ses côtés contre les évêques du Zimbabwe. Le dictateur zimbabwéen va certainement tirer profit de cet accueil chaleureux au Vatican quand prochainement «il se sentira obligé d’insulter et d’attaquer les évêques de son pays et de dénoncer leur obligation apostolique de travailler pour la justice et la paix». Günther Simmermacher relève que l’autorité des évêques sur les questions de justice sociale a été mise à mal. «Il est important qu’une telle perception soit vigoureusement contrecarrée pour préserver l’autorité et la dignité des évêques du Zimbabwe et la confiance des laïcs dans l’épiscopat, et de fait, dans le Vatican». (apic/scross/be)



