Les Romands en fonction au Vatican: le cardinal Cottier, ancien théologien de la Maison pontificale. Troisième d’une série de 4 portraits qui comprend également l’aumônier de la Garde Suisse pontificale Alain de Raemy, le théologien Charles Morerod et le vice-commandant de la Garde Suisse Jean-Daniel Pitteloud. Rome : Visite au cardinal Cottier dans son appartement au Vatican

Retraité ou en activité ? Les deux !

Rome, 1er juin 2010 (Apic) Avec ses 88 ans et une retraite qu’il goûte depuis son appartement au Vatican, le cardinal genevois Georges Marie Cottier reste une personnalité très active et très demandée pour un éclairage, une question ou un service dans l’Eglise catholique et dans le monde des médias. Et depuis plusieurs mois, ses paroles franches et posées sont appréciées par une presse à l’affût de réactions sur les affaires de pédophilie qui secouent l’Eglise catholique.

L’appartement du cardinal Cottier se trouve dans les jardins du Vatican, au bout de la «Largo Giovanni Paulo II», du nom de ce pape qu’il a servi durant de nombreuses années en tant que théologien de la Maison pontificale. Mais avant de pouvoir rencontrer le prélat retraité, le visiteur devra passer par une impressionnante série de contrôles de sécurité. Franchir le premier barrage formé par des employés de la Fabrique de Saint-Pierre et un Garde suisse pontifical constitue une simple formalité. Un simple «Ho un appuntamento con il cardinale Cottier» appuyé par l’indispensable accréditation délivrée par la salle de presse du Saint-Siège suffit pour atteindre le bureau d’enregistrement des entrées de la Cité du Vatican. Puis, un document d’identité personnel est échangé contre un laissez-passer, pour autant que le candidat n’ait pas un «dossier» au Vatican (entendez par là qu’il n’ait pas été l’auteur d’articles déplaisants). Le sésame est ensuite présenté au garde de faction au portique d’entrée du Vatican. Ultime mesure de sécurité: l’ouverture du bâtiment dans lequel loge le cardinal est actionnée par un système depuis son appartement.

«Ce n’est pas tout: vous êtes aussi suivi par des caméras de surveillance. Un jour, un garde m’a dit qu’il m’avait aperçu sur son écran alors que je me promenais avec un visiteur», ajoute le cardinal Cottier, alors que le visiteur peut enfin savourer un instant de liberté dans son appartement.

Défendre l’Eglise prise dans la tempête

C’est là, au 2e étage de la Maison Santa Marta qu’il passe son temps de retraite. Une retraite en réalité très active. «C’est vrai, je suis souvent sollicité par les médias, et je ne me défile pas», affirme-t-il. Car si le corps commence à montrer quelques signes de fatigue – il se déplace avec un peu de peine – l’esprit réagit avec vivacité lorsqu’il est par exemple question de défendre l’Eglise, attaquée de tous bords depuis plusieurs mois à cause des affaires de pédophilie. Et là, il ne peut pas se taire. «C’est terrible. L’Eglise est seule à se défendre», souligne le cardinal Cottier, qui a récemment balayé dans la revue «Familles chrétiennes» les attaques dont a été victime Benoît XVI pour avoir soit-disant couvert certains cas de pédophilie alors qu’il était cardinal.

Mais, Dieu merci, les médias font appel à lui pour d’autres questions que celles touchant la morale. On lui a récemment demandé un commentaire concernant le linceul de Turin. «Mais cela reste surtout des sujets minés. Ce sont eux qui intéressent les journalistes. Et je dois faire très attention à ce que je dis», souligne-t-il. Même en tant que théologien «émérite» de la Maison pontificale, sa parole engage toujours celle de l’Eglise.

La toute dernière activité officielle qu’il a conservée au Vatican est son appartenance à la commission de dialogue avec le Grand rabbinat de Jérusalem. Depuis qu’ils se réunissent, une amitié s’est créée entre les membres au cours des discussions. Il est vrai que les sujets sensibles comme la politique israélienne ou les conflits au Moyen-Orient ne sont pas abordés. Ce n’est pas de la compétence de la commission. Celle-ci consacre surtout ses réflexions au patrimoine commun de la Bible. Mais après 9 ans d’engagement, le cardinal Cottier va très prochainement annoncer sa démission. Cette décision ne va pas le plonger dans l’oisiveté. Le théologien genevois est toujours directeur de la revue «Nova et Vetera», où il rédige parfois des articles. Et il reprend actuellement des anciens textes pour en faire un livre.

A part ça, il est souvent sollicité pour des conférences, qu’il refuse rarement de donner, mais pour autant qu’elles aient lieu à Rome, en raison de ses difficultés de déplacement. Quelques exceptions tout de même: il doit se rendre prochainement à Genève pour une causerie, et pour une messe. «Mais je ne préside plus l’eucharistie car je ne peux plus rester longtemps debout». Par contre il prêche volontiers. Il sent qu’il devra bientôt renoncer aux voyages, sauf en Suisse bien entendu, où il a gardé de nombreux contacts: famille, collègues d’étude, amis, … et bien sûr ses confrères dominicains à Genève.

Son avenir se jouera-t-il à Rome ou en Suisse? A Rome, sans hésiter. «Je suis bien ici. Qu’est-ce que je ferais en Suisse? Est-ce que je pourrais rester encore longtemps dans ma communauté religieuse? Et si c’est pour finir dans un home, autant rester au Vatican, où j’ai encore de très nombreux contacts. Et l’environnement est vraiment agréable». Et très sûr en plus!

Encadré:

La richesse de son parcours de vie

Né le 25 avril 1922, le Suisse Georges Marie Cottier, de Céligny dans le canton de Genève, entre dans l’Ordre des dominicains en 1945. Il entreprend ses études à l’Université de Fribourg et à Rome, avant d’être nommé professeur d’histoire de la philosophie contemporaine à Genève et d’être chargé de cours de philosophie à la Faculté des Lettres de l’Université de Fribourg. Il exerce également la fonction de directeur du Centre dominicain de Genève, tout en étant membre de la Commission Théologique internationale et Consulteur du Conseil pontifical pour les non-croyants.

Il est nommé secrétaire général de la Commission Théologique internationale en mars 1989, puis théologien de la Maison pontificale en décembre 1989, fonction qu’il exercera jusqu’en 2006. C’est en 2003 qu’il est créé cardinal par le pape Jean Paul II.

La richesse de son parcours de vie est notamment décrite dans l’ouvrage «Itinéraire d’un croyant» signé en 2007 par le journaliste Patrice Favre. Communisme, marxisme, nazisme, mais également dialogue interreligieux, théologie de la libération, syncrétisme, … : aucune tempête qui a secoué le monde politique durant le siècle dernier et au début du 21e siècle, aucun courant qui a traversé l’Eglise en profondeur durant cette même période, aucune initiative importante, intra-ecclésiale ou interreligieuse, menée par le Saint-Siège n’ont échappé à l’analyse approfondie du professeur de philosophie devenu théologien du pape à 67 ans.

Note: Des photos récentes du cardinal Cottier peuvent être commandée à l’Apic:

apic@kipa-apic.ch . Prix pour publication: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.

(apic/bb)

1 juin 2010 | 11:29
par webmaster@kath.ch
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