La révolution bolchévique de 1917  a marqué pour l’Eglise catholique minoritaire, le début d’un long calvaire. | © Keystone/ Coll. Granger
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La révolution bolchévique de 1917 a marqué pour l’Eglise catholique minoritaire, le début d’un long calvaire. | © Keystone/ Coll. Granger

Révolution d’octobre: l’Eglise catholique russe dans la tourmente

09.11.2017 par Bernard Litzler

La révolution bolchévique d’octobre 1917, célébrée ces jours-ci, a marqué pour l’Eglise catholique minoritaire, le début d’un long calvaire. Des figures de martyrs émergent de ces décennies d’athéisme d’Etat, en guerre contre les religions.

Le Vendredi-Saint 31 mars 1923 est un jour sombre pour l’Eglise catholique russe: l’abbé Constantin Budkewicz est tué d’une balle dans la nuque par la GPU, la police politique soviétique. Le prêtre, vicaire général du diocèse de Moguilev, a été emprisonné car il avait donné des cours de religion, un enseignement interdit depuis 1921. Il avait également refusé de livrer des calices et des ostensoirs aux autorités. Son supérieur, l’évêque Jan Cieplak, est également aux mains des autorités. Il est accusé d’avoir monté «une organisation contre-révolutionnaire dans le but de mener une révolte contre les lois et les règlements du pouvoir soviétique». Mgr Cieplak est condamné à mort. Echangé contre un communiste polonais, il échappera à la peine capitale.

“L’Eglise catholique, un ennemi…”

Les premières années du régime bolchévique de 1917 marquent une rupture avec la période tsariste. Féroce, la Pravda, le quotidien communiste, commente la condamnation de l’évêque catholique de Moguilev: «Pourquoi n’intente-t-on pas un procès contre le pape à Rome? Le procès Cieplak a montré que la personne responsable de la résistance organisée par des prêtres contre-révolutionnaires contre la saisie des biens de l’Eglise est le pape de Rome. Il devrait être condamné par une cour de justice révolutionnaire». Et plus loin… «Le clergé catholique est un ennemi irrépressible des pauvres et du pouvoir des paysans et des travailleurs».

La Révolution d’octobre a marqué un tournant brutal. L’Eglise orthodoxe russe, majoritaire au pays de Nicolas II, est persécutée. Des centaines de prêtres, émigrent de Russie et se dispersent dans différents pays du monde libre. Organisant la vie ecclésiale de l’émigration russe, ils donneront naissance à l’Eglise russe hors frontières. Cette dernière va critiquer sévèrement le nouveau pouvoir et accusera l’Eglise restée au pays d’être inféodée aux bolchéviques.

Martyre et clandestinité

Du côté de l’Eglise romaine, la perspective est différente. Mais elle va, elle aussi, vivre des heures sanglantes. Minoritaire mais active, elle connaîtra le martyre et la clandestinité au long des décennies suivantes. Son défi? Essayer de survivre dans un univers qui récuse les rapports avec l’étranger, le Vatican en particulier. Et résister même si l’affirmation de la foi peut mener au goulag.

Première étape, dès les années 1920: la lutte contre l’Eglise de Rome et contre toutes les formes de croyance se met en place méthodiquement. L’homo sovieticus propose un autre idéal, marxiste, fondé sur le travail et la marche vers le Grand Soir.

La Russie d’alors comprend aussi une partie de la Pologne, les Etats baltes, la Biélorussie et l’Ukraine. Sur le plan canonique, l’Eglise catholique est organisée principalement autour de deux diocèses, celui de Moguilev (siège à Saint-Pétersbourg) et celui de Tiraspol (siège à Saratov, sur la Volga). Près de cinq millions de catholiques sont encadrés par 1800 prêtres qui desservent 1050 paroisses. La ville impériale de Saint-Pétersbourg recense une académie impériale catholique-romaine et un séminaire pour la formation des prêtres. Elle compte aussi 13 églises et 8 chapelles.

Evêques expulsés

Le diocèse de Moguilev est alors le plus vaste au monde, couvrant une surface large jusqu’en Alaska (alors russe). La présence catholique est toutefois modeste en regard de la puissance de l’Eglise orthodoxe. Mais la répression est en marche. Dès 1919, le prédécesseur de Mgr Cieplak, l’archevêque de Moghilev, Mgr Edouard der von Ropp, est arrêté et condamné à la prison pendant quelques mois.

Rome réagit aux menaces. Il réorganise les diocèses en neuf provinces: Kamenetz et Shitomir en Ukraine, Minsk en Biélorussie, Moguilev, Tiraspol en Russie, Vladivostok en Sibérie, ainsi que les vicariats apostoliques du Caucase et de Crimée, de Sibérie et pour le rite arménien. Mais les évêques catholiques sont systématiquement expulsés.

Ordinations clandestines

Mais le Vatican entend soutenir les catholiques. Il envoie le jésuite français Michel d’Herbigny pour réorganiser les unités pastorales. Les diocèses de Moguilev et de Tiraspol sont divisés en unités plus petites. Mgr d’Herbigny ordonne en cachette des évêques pour les nouvelles entités de Moscou, Leningrad (l’ancien Saint-Pétersbourg), Kazan, Odessa, Saratov, le Caucase et la Géorgie.

Mais les autorités soviétiques réagissent. Mgr Antoine Malecki, évêque de Léningrad est arrêté, comme son confrère Boleslas Sloskans, évêque de Moguilev-Minsk. Mgr Alexandre Frison, administrateur apostolique d’Odessa, est arrêté à plusieurs reprises. Il sera condamné à mort en 1937.

Sans hiérarchie

Dans les années 1930, une nouvelle période s’est ouverte pour l’Eglise martyre: les autorités soviétiques, désormais conduites par Joseph Staline, ne relâchent par leur étreinte violente. Comme les orthodoxes, les catholiques voient leurs églises fermées, voire détruites, des prêtres et des croyants sont déportés, condamnés aux travaux forcés ou fusillés… L’Eglise catholique de Russie se retrouve sans hiérarchie. D’innombrables procès sont intentés contre les prêtres catholiques, accusés d’être «des espions et des agents secrets au service de puissances étrangères». Le ministère sacerdotal, souvent, se poursuivra dans les camps de prisonniers.

Les persécutions sont particulièrement sévères dans les rangs des Allemands installés en Russie. Ils sont présents depuis le XVIIIe siècle, à l’invitation de Catherine II, notamment dans la région de Saratov, sur la Volga. Dans les années 1920, une République socialiste soviétique des Allemands de la Volga est fondée pour les inciter à demeurer en URSS. Mais le socialisme et la foi chrétienne ne se concilient guère. Nombre de fidèles et de prêtres martyrs sont issus de leurs rangs.

Le régime communiste durera jusqu’en 1991. A la chute de l’URSS, près de 2,5 millions d’Allemands retournent dans la patrie de leurs ancêtres. En Russie, l’Eglise catholique sortira peu à peu des catacombes… En 2008, Mgr Joseph Werth, évêque de Novossibirsk en Sibérie, comptait les fidèles restants: «Un million de personnes qui ont des racines catholiques». Le résultat d’un processus de persécution entamé en octobre 1917, il y a cent ans… (cath.ch/bl)


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