Romandie: les pastorales en quête de synergies pour accueillir les catéchumènes
Les responsables romands des pastorales de la jeunesse et du catéchuménat se sont rencontrés pour étudier les synergies possibles afin de mieux accueillir les catéchumènes. En forte augmentation depuis 2021 dans l’ensemble de la Romandie, les catéchumènes sont aussi beaucoup plus jeunes. Il faut adapter l’accueil de ces jeunes qui viennent frapper à la porte de l’Eglise, explique à cath.ch Aline Jacquier, chargée de projets pour la pastorale jeunesse en Suisse romande.
Au Foyer franciscain de St-Maurice (VS) s’est tenue la première rencontre entre les pastorales du catéchuménat et de la jeunesse. Deux jours de session, les 10 et 11 mars 2026, ont permis aux uns et aux autres de faire connaissance et d’envisager des pistes de travail pour adapter au mieux l’offre de l’Eglise à ces jeunes issus d’une grande diversité vocationnelle. Aline Jacquier donne des explications à cath.ch.
Des membres des deux pastorales du catéchuménat et de la jeunesse de Suisse romande se sont rencontrés pendant deux jours. Qu’est-ce qui a motivé cette rencontre?
Aline Jacquier: Depuis la fin du Covid, en pastorale jeunesse, on a constaté l’arrivée de nombreux jeunes en Eglise, pas baptisés ou pas confirmés, par diverses voies, notamment des amis ou proches de jeunes pratiquants, qui souhaitaient entamer le parcours du catéchuménat. De leur côté, nos collègues du catéchuménat recevaient des demandes, dites «administratives», de personnes désirant être parrains ou marraines de baptême. Ils ont vu aussi arriver des jeunes parmi lesquels se trouvait une petite proportion des convertis qui ont découvert la foi par des influenceurs actifs sur les réseaux sociaux.
Qu’est-il ressorti de cette session?
Il s’agissait d’une première rencontre. L’objectif était d’abord de nous connaître et de découvrir notre manière de travailler. Par exemple, le catéchuménat est très ritualisé et basé sur le Rituel d’initiation chrétienne des adultes (RICA), un parcours très balisé et cadré alors que la pastorale jeunesse est plutôt spontanée avec des rencontres au cours desquelles les jeunes sont beaucoup plus interactifs, entre questionnement et réflexions.
«Nous avons constaté que les jeunes catéchumènes et les jeunes qui ont été baptisés petits ont globalement les mêmes attentes.»
Certains de vos collègues travaillent dans les deux pastorales
Effectivement, dans certains cantons, des agents pastoraux ont un pied dans chaque pastorale. Ils adaptent la pastorale jeunesse pour les catéchumènes. Dans d’autres cantons, les deux activités sont plus cloisonnées avec des parcours distincts, les catéchumènes étant orientés vers les jeunes après leur baptême. Nous avons constaté que les jeunes catéchumènes et les jeunes qui ont été baptisés petits ont globalement les mêmes attentes. J’ai observé aussi que des jeunes de 16 à 25 ans, baptisés petits, veulent se réapproprier leur foi et expriment la même demande d’enseignement, entre autres le catéchisme, que les catéchumènes.
La demande d’enseignement de jeunes pratiquants converge avec celle de catéchumènes, c’est surprenant.
C’est un constat que j’ai fait de mon côté et que j’ai concrétisé en organisant une montée vers Pâques pour des 16-30 ans, baptisés de longue date, désireux d’en apprendre plus sur la messe. L’abbé Marco Gallo (directeur de l’Institut supérieur de liturgie à Paris et présent à la session, par visioconférence, ndlr) a insisté sur le fait que ce n’est pas parce que des jeunes sont baptisés de longue date qu’ils savent tout. Il a cité l’exemple du signe de croix que les jeunes pratiquent sans pour autant en connaître la pleine signification. Il a témoigné de l’étonnement de certains jeunes lorsqu’il expliquait ce rituel. Un prêtre du Jura pastoral a rédigé à l’intention des jeunes un petit mémo sur les gestes et temps de la liturgie qu’il a inséré dans la feuille d’annonces. Les paroissiens les plus âgés l’ont remercié pour ces précisions qui leur ont permis de saisir la signification de certaines parties de la messe.
«A travers cette rencontre, nous avons réalisé que nous tirions tous à la même corde: faire découvrir le Christ aux jeunes.»
Des projets concrets ont-ils été mis sur pied?
Nous avons simplement évoqué des pistes de travail pour la suite. Par exemple le RICA, pensé pour le catéchuménat, pourrait nous inspirer dans la pastorale de la jeunesse. Autre exemple: le rite de la signation, expliqué en catéchuménat, que je pourrais reprendre lors d’une rencontre en pastorale jeunesse. Des ateliers proposés nous invitaient à penser l’organisation d’une soirée rassemblant des catéchumènes, des néophytes et des baptisés de longue date. L’abbé Marco Gallo nous a rappelé que la liturgie ne concernait pas que la messe. Il a cité la liturgie des heures qui pourrait toucher des jeunes. Ainsi on pourrait déployer la pastorale dans d’autres formes que la messe en utilisant le RICA comme une ressource même hors catéchuménat. Ces rites, ces rythmes et ces questions sont un paradigme pour toute pastorale notamment celle de la jeunesse. A travers cette rencontre, nous avons réalisé que nous tirions tous à la même corde: faire découvrir le Christ aux jeunes.

Le profil des catéchumènes à fortement évolué, notamment avec un abaissement de l’âge moyen. Quels défis cela représente-t-il pour l’Eglise?
Certains collègues ont témoigné que peu revenaient en paroisse après leur baptême mais cela ne veut pas dire que, passé un coup de cœur ou une mode, ils ne pratiquent pas. En cela ils sont semblables aux jeunes dont le mode de vie a beaucoup évolué et qu’on ne rencontre pas toujours en paroisse: mobilité accrue, études dans d’autres cantons, voyages, etc. Et certains jeunes qui frappent à la porte de l’Eglise sont seuls, sans cercle familial. Ils se retrouvent même sans parrain ou marraine pour les accompagner au baptême.
«Il y a l’idée d’ouvrir des activités de la pastorale jeunesse aux catéchumènes pour une meilleure intégration.»
Qu’est-ce que la pastorale jeunesse pourrait apporter au catéchuménat?
Nous avons l’idée de solliciter des jeunes baptisés de longue date qui accompagneraient des catéchumènes dans leur cheminement à la messe, aux rencontres de préparation, en l’invitant à des événements en paroisse, un peu comme un parrain. Il y a l’idée d’ouvrir des activités de la pastorale jeunesse aux catéchumènes pour une meilleure intégration. D’ailleurs nos activités sont pensées pour des jeunes situés au-delà des cercles de l’Eglise.
En l’espace de cinq ans le catéchuménat est devenu «un enjeu pastoral majeur», dites-vous. Pouvez-vous expliquer cela?
Une collègue a relevé que le bond du nombre de catéchumènes qui a succédé au Covid, on en parle davantage. C’est devenu un vrai sujet dans les médias spécialisés puis dans la presse généraliste. Le grand public a appris, ou s’est souvenu, que le baptême ne concerne pas que les bébés. Etant jeune, je n’avais jamais entendu parler de catéchuménat et j’ai connu la signification lorsque j’ai effectué la Formation d’animatrice pastorale (FAP) l’année dernière. Il n’y a pas si longtemps, le baptême des petits enfants était systématique, ce n’était une question.
Non seulement jeunes mais porteurs aussi d’une grande diversité vocationnelle, les catéchumènes sont exigeants vis-à-vis de l’Eglise, notamment en termes de «prestations», osons le mot. Que demandent-ils à l’Eglise?
Ces jeunes sont demandeurs de rites car cela les rassure dans un monde en pertes de repères, cela donne des jalons qu’ils ne retrouvent plus dans la vie là où, auparavant, il y avait des rites de passage. Ils demandent à être formés mais n’hésitent pas à dire si cela, non seulement ne leur convient pas mais aussi si ça ne rentre pas dans leur cadre de vie. Ils n’hésitent pas à remettre en cause le déroulement de la liturgie si le prêtre n’a pas prononcé la bonne phrase au bon moment de la messe. Certains arrivent avec des certitudes théoriques: «J’ai déjà tout lu sur internet, j’ai vu la vidéo de tel influenceur qui explique les objets liturgiques, je connais». Ils ont une foi très intellectuelle mais dépourvue de toute dimension communautaire et de la vie d’Eglise. Cela explique le fait qu’on ne les revoit pas en paroisse après leur baptême, reflet du mode de vie individualiste de la société d’aujourd’hui.
En quoi la dynamique du parcours des catéchumènes peut-elle inspirer la pastorale de la jeunesse?
L’étude des rites lors de rencontres régulières met un cadre que nous n’avons pas toujours en pastorale jeunesse lors de nos rencontres: la signation, le fait de frapper à la porte de l’église ou encore de remonter l’allée centrale du baptistère à l’autel marquent les jeunes. Le fait de ritualiser un peu plus nos rencontres serait une piste. Par exemple en bénissant les participants à la fin. (cath.ch/bh)
Infographies
Claudien Chevrolet, théologien formateur au Centre catholique romand de formation en Eglise (CCRFE), que les données à partir desquelles il a créé ces infographies ne sont pas exhaustives mais assez précises pour montrer les tendances marquantes. Les chiffres qu’il a recueillis dépendent de critères qui peuvent varier d’un canton et d’un diocèse à l’autre. Ces chiffres ne concernent que les baptêmes et confirmations d’adultes: c’est-à-dire, pour la pastorale, les jeunes dès 16 ans. Les baptêmes d’enfants (entre 8 et 15 ans) ne sont pas comptabilisés ici. BH








