Rome: 1’500 parlementaires de 93 pays ont participé au Jubilé des hommes politiques
Le pape dénonce le «scandale des sociétés opulentes»
Rome, 5 novembre 2000 (APIC) Le pape Jean Paul II a demandé dimanche aux gouvernants et parlementaires réunis au Vatican pour leur Jubilé un «engagement précis», une «grande compétence» et une «moralité à toute épreuve. Samedi, devant ces mêmes parlementaires, quelque 1’500 d’entre eux et 10’000 représentants politiques venus de 93 pays du monde entier, le pape Jean Paul II avait dénoncé «le scandale des sociétés opulentes» dans lesquelles «la richesse produit la richesse et les pauvres deviennent toujours plus pauvres».
Il faut vivre, a déclaré Jean Paul II au cours de son homélie de Dimanche, devant près de 50’000 personnes rassemblées Place Saint-Pierre, «l’engagement politique comme un service. Au cours de la cérémonie, Jean Paul II a évoqué les principes de la doctrine sociale de l’Eglise comme une «référence» pour les hommes politiques chrétiens Le service politique passe par un engagement précis et quotidien, qui exige une grande compétence dans l’accomplissement de son devoir et une moralité à toute épreuve dans l’exercice désintéressé et transparent du pouvoir».
Le pape était entouré du cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, de Mgr Jean-Louis Tauran, secrétaire pour les relations avec les Etats, et de Mgr François-Xavier Nguyen Van Thuan, président du Conseil pontifical Justice et Paix, connu pour les treize ans qu’il a passés dans les prisons communistes du Vietnam
Pour Jean Paul II, un homme politique chrétien ne peut faire autrement qu’appliquer les lois divines et il ne peut aller à l’encontre de la «loi morale». Il a estimé qu’»un homme politique chrétien ne peut pas faire autrement que de se référer aux principes que la doctrine sociale de l’Eglise a développés au cours de l’histoire». Comme on le sait, a-t-il dit, ces principes ne constituent pas une «idéologie» et moins encore un «programme politique», mais ils offrent les lignes de force d’une compréhension de l’homme et de la société à la lumière de la loi éthique universelle».
Critiques
On ne peut justifier un pragmatisme qui, même en ce qui concerne les valeurs essentielles et fondatrices de la vie sociale, réduirait la politique à une pure médiation d’intérêts ou, pire encore, à une question de démagogie ou de calculs électoralistes, a encore estimé le pape. «Si le droit ne peut pas et ne doit pas couvrir toute la sphère de la loi morale, il faut aussi rappeler qu’il ne peut aller à l’encontre de la loi morale».
Malgré l’absence de toute référence à un Etat concret, ces paroles du pape ne manqueront pas d’alimenter, notamment en Italie, une nouvelle fois la polémique récurrente sur l’interférence de l’Eglise dans la vie politique quotidienne de la péninsule.
Le scandale de la pauvreté
Samedi, le pape avait accordé une audience aux parlementaires présents à Rome pour ce Jubilé. L’occasion, pour Jean Paul II, de dénoncer «le scandale des sociétés opulentes» dans lesquelles «la richesse produit la richesse et les pauvres deviennent toujours plus pauvres».Ce scandale n’existe pas seulement à l’intérieur des divers pays. Aujourd’hui, a-t-il déclaré, avec le phénomène de la mondialisation des marchés, les pays riches et développés tendent à améliorer davantage encore leur situation économique, tandis que les pays pauvres (…) tendent à sombrer dans des formes de pauvreté toujours plus pénibles».
Jean Paul II s’exprimait à l’issue des travaux des parlementaires qui ont adopté à l’unanimité trois motions demandant la réduction de la dette des pays les plus pauvres, la liberté religieuse et le respect de la dignité des personnes et l’humanisation de la mondialisation.
«Les chrétiens qui se sentent appelés par Dieu à la vie politique ont pour tâche, très difficile, certes, mais nécessaire de soumettre les lois du marché «sauvage» aux lois de la justice et de la solidarité. C’est l’unique moyen d’assurer à notre monde un avenir pacifique, en détruisant à la racine les causes de conflits et de guerres: la paix est le fruit de la justice», a réaffirmé le pape.
En réalité, a poursuivi Jean Paul II, c’’est l’esprit de solidarité qui doit croître dans le monde, pour vaincre l’égoïsme des personnes et des pays. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra mettre un frein à la recherche de la puissance politique et de la richesse économique en dehors de toute référence à d’autres valeurs. «Je pense avec angoisse aux régions du monde qui sont affligées par des guerres, par la faim endémique et par de terribles maladies».
Péché d’injustice
Pour Jean Paul II. cet état de chose «constitue le péché d’injustice le plus grave du monde moderne et doit donc secouer profondément la conscience des chrétiens d’aujourd’hui, à commencer par ceux qui, ayant en mains les leviers politiques, économiques et financiers du monde, peuvent déterminer – en bien ou en mal – les destinées des peuples».
Jean Paul II a réitéré son appel de juillet à un geste de clémence des gouvernants envers les détenus en se déclarant «convaincu qu’un tel geste les encouragerait sur la route du repentir intérieur et les entraînerait à adhérer de façon plus conaincue aux valeurs de la justice».
Le pape a également réaffirmé que «les lois doivent toujours respecter et promouvoir les personnes humaines. C’est pourquoi une loi qui ne respecterait pas le droit à la vie de la conception à la mort naturelle de l’être humain (…) qu’il soit sain ou malade, encore à l’état embryonnaire, âgé ou en phase terminale, n’est pas une loi conforme au dessein divin; aussi un législateur chrétien ne peut-il ni contribuer à la formuler ni l’approuver en séance parlementaire», a rappelé Jean Paul II.
Il faut en dire autant de toute loi qui nuirait à la famille (…) ou bien qui conférerait une valeur légale à des unions entre personnes, y compris de même sexe, qui prétendraient se substituer avec les mêmes droits à la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, a encore souligné le pape.
Nombreuses personnalités
De nombreuses personnalités du monde politique, surtout italiennes, mais aussi étrangères comme l’ex-président de l’Union Soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, ont assisté au Jubilé, tenu du 4 au 5 novembre.
La salle Paul VI était du reste pleine, le 4 novembre, pour le premier jour de ce jubilé, qui a pris la forme d’une vaste assemblée parlementaire. Toute la journée en effet, des délégués des 93 pays représentés se sont succédés pour débattre sur les trois motions Au quelque 1’500 parlementaires présents – qui participaient aux débats – s’ajoutaient dans l’assistance près de 10’000 hommes politiques aux fonctions diverses : préfets, maires, chefs d’Etats…
Jean-Paul II a tenu à être présent pour la conclusion de l’assemblée, dans la soirée. Le pape a écouté ainsi l’intervention de Mikhail Gorbatchev. L’ancien président de l’URSS a souligné devant lui l’importance des religions. Leur rôle, a-t-il affirmé, «devient de plus en plus irremplaçable pour aider à conjuguer morale et politique», alors que «nous sommes passés du fondamentalisme communiste au fondamentalisme libéral».
En prenant lui-même la parole, le pape a renchéri de son côté en regrettant que le marché, «qui a en soi un rôle positif sur la libre créativité humaine dans le secteur de l’économie», tende aujourd’hui à «se libérer de toute considération morale, retenant comme règle unique la loi du profit maximal».
Jean Paul II a par ailleurs rappelé que les majorités d’opinions sont «provisoires et fluctuantes», et qu’elles ne peuvent donc pas être le «fondement» des «valeurs les plus hautes de la personne humaine».
Pour cette cérémonie, la loge centrale de la basilique Saint-Pierre avait été décorée d’un portrait de Thomas More, proclamé par le pape patron des hommes politiques le 31 octobre. A l’issue de la messe, Jean Paul II l’a de nouveau présenté aux participants comme un homme qui



