Rome: 100’000 fidèles assistent aux béatifications du Jubilé sur la place Saint-Pierre
«Aucun saint ne peut se soustraire aux limites de son humanité»
Rome, 3 septembre 2000 (APIC) «Par le rite de la béatification, l’Eglise veut exalter les vertus des bienheureux et non porter un jugement sur leurs actions dans le cadre historique où ils ont vécu». Jean Paul II a tenu à faire ce rappel alors qu’il procédait à la béatification, dimanche matin 3 septembre, des papes Pie IX (1792-1878) et Jean XXIII (1881-1963), de l’abbé bénédictin Don Marmion (1858-1923), de l’archevêque de Gênes Tommaso Reggio (1818-1901) et du prêtre français fondateur des marianistes Guillaume-Joseph Chaminade (1761-1850).
«En béatifiant un de ses fils, l’Eglise ne célèbre pas les choix historiques particuliers qu’il a accomplis, mais le désigne plutôt pour que ses vertus soient imitées et vénérées», a souligné le pape au début de son homélie, comme pour répondre aux vives polémiques suscitées par la béatification de Pie IX. «La sainteté vit dans l’histoire et aucun saint ne peut se soustraire aux limites ni aux conditionnements propres à notre humanité» a-t-il encore expliqué devant une foule de près de 100’000 personnes, réunies sur la place St Pierre.
Pie IX «fut très aimé mais aussi haï et calomnié» a-t-il souligné. «Pris dans le tourbillon des événements de son temps, (…) Pie IX a su toujours donner la primauté à Dieu et aux valeurs spirituelles. Son très long pontificat n’a pas été vraiment facile et il a dû souffrir beaucoup pour accomplir sa mission au service de l’Evangile».
Le pape a loué «la profonde sérénité de Pie IX, soumis à l’incompréhension et aux attaques de tant de personnes hostiles». Il a rappelé également les deux éléments saillants de ses 32 ans de pontificat: le Concile Oecuménique Vatican I (1869-1870) et la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854.
Des applaudissement aux ovations
Les applaudissements, contenus jusque là, se sont transformés en ovations, lorsque Jean-Paul II a abordé la figure du pape Jean XXIII, «le pape qui toucha le monde par l’affabilité de ses traits, dans lesquels transparaissait la singulière bonté de son âme». «Nous avons tous en mémoire l’image de son visage souriant et de ses deux bras grands ouverts pour embrasser le monde entier», a continué le pape. Interrompu plusieurs fois par la foule, il n’a pas manqué de rappeler également «la profonde vénération que le pape Jean avait pour Pie IX, dont il désirait ardemment la béatification».
«Le vent de nouveauté que Jean XXIII a apporté n’est pas d’ordre doctrinal, explique Jean-Paul II. Le bon pape Jean avait une nouvelle manière d¹exposer les choses, de parler et d’agir, pleine de sympathie. Il a inauguré un style nouveau, s’approchant aussi bien des humbles que des puissants de la terre. C’est dans cet esprit, conclut le pape, qu’il a convoqué le Concile Œcuménique Vatican II, commençant du même coup un nouveau chapitre de l’histoire de l’Eglise».
Période troublée de l’histoire de France
Après avoir loué la «vérité et la charité», les deux vertus exemplaires de l’archevêque de Gênes Tommaso Reggio, fondateur de la Congrégation des Soeurs de Ste Marthe, c’est en français que Jean-Paul II a poursuivi pour présenter la figure de Guillaume-Joseph Chaminade, prêtre français et fondateur des marianistes. La «Société de Marie», pour la branche masculine, et les Filles de Marie Immaculée pour la branche féminine, sont actives dans plus d’une trentaine de pays, dont 21 étaient représentes dimanche sur la place Saint-Pierre. «L’amour du Père Chaminade pour le Christ, qui s’inscrit dans la spiritualité de l’Ecole française, le pousse à poursuivre inlassablement son œuvre par des fondations de familles
spirituelles, dans une période troublée de l’histoire religieuse en France» affirme le pape, qui insiste également sur «son attachement filial à Marie» ainsi que son «attention renouvelée à la jeunesse».
Le défi et le devoir de la sainteté
«Aujourd’hui, l’Ordre bénédictin se réjouit de la béatification de l’un de ses plus illustres fils, Dom Columba Marmion» a ensuite déclaré le pape, tourné vers les nombreux pèlerins venus pour la béatification du moine bénédictin qui a été le troisième abbé de Maredsous en Belgique. Jean Paul II s’est adressé aux 264 abbés et supérieurs de couvents bénédictins accourus à Rome du monde entier pour la béatification de leur guide spirituel en leur disant: «Dom Colomba Marmion a légué un authentique trésor d’enseignement spirituel à notre temps» dit-il. «Dans ses écrits, il a montré à tous les fidèles un chemin de sainteté, simple et pourtant exigeant». Pour le pape, Don Marmion était «un grand directeur spirituel, qui avait particulièrement à cœur la vie intérieure des prêtres et des religieux».
Au moment de la prière de l’angélus, juste après midi, par une température frisant les 35 degrés, le pape s’est encore exclamé en langue anglaise, à l’intention des Irlandais du diocèse de Dublin, ville natale du nouveau bienheureux Père Marmion: «La sainteté est un défi et un devoir pour tous ceux qui suivent le Christ».oAu terme de plus de deux heures de célébration, alors que l’image des cinq nouveaux bienheureux apparaissait sur la façade de la basilique, le pape, toujours vêtu de ses ornements liturgiques, a entrepris de faire longuement le tour de la place Saint-Pierre, au son des fanfares italiennes.
Les banderoles agitées sur la place indiquaient l’origine des groupes de pèlerins, et spécialement ceux des diocèses des cinq nouveaux béatifiés. Le parvis de la Basilique s’est ensuite vidé peu à peu, à mesure que prenaient congé les délégations officielles de France, Belgique, Irlande, Turquie et Bulgarie accompagnant les diplomates résidant à Rome,.
Depuis le début de son pontificat, c’est la 123ème cérémonie de béatification que Jean-Paul II a présidée ce dimanche 3 septembre, à Rome, sous un soleil de plomb. Il a ainsi proclamé 994 nouveaux bienheureux dont 756 martyrs et 238 confesseurs de la foi. (apic/imed/cb/mjp)




