La réciprocité: clé du dialogue entre catholiques et musulmans
Rome: 17e assemblée plénière du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants
Rome, 16 mai 2006 (Apic) Le cardinal Renato Martino a considéré le principe de réciprocité comme fondamental dans le dialogue interreligieux, «en tant que relation fondée sur le respect mutuel et sur la justice dans les traitements juridico-religieux entre chrétiens et membres d’autres religions».
Le président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des itinérants s’exprimait en ouverture de la 17e assemblée plénière de son dicastère, qui se tient au Vatican du 15 au 17 mai.
Citant l’Instruction «Erga migrantes caritas Christi» du 3 mai 2004, le cardinal italien a ainsi défini la réciprocité comme «un comportement du coeur et de l’esprit, qui nous rend capables de vivre ensemble et partout dans l’égalité des droits et des devoirs». «Une saine réciprocité pousse chacun à devenir un ’avocat’ des droits des minorités là où sa propre communauté religieuse est majoritaire», a-t-il ajouté, pointant les difficultés des minorités chrétiennes dans des pays musulmans «où la liberté religieuse est fortement réduite ou opprimée».
En outre, le président de ce dicastère qui est aussi en charge du Conseil pontifical Justice et Paix a demandé aux musulmans une plus grande prise de conscience que «l’exercice des libertés fondamentales, des droits inviolables de la personne, d’une dignité égale entre l’homme et la femme, du principe démocratique de la saine laïcité de l’Etat est indispensable».
Le cardinal Martino a toutefois noté l’existence de valeurs communes entre catholiques et musulmans. «Le contact direct entre les membres de religions différentes permet de découvrir des valeurs communes, comme c’est le cas par exemple au Proche-Orient ou en Afrique du Nord», a-t-il affirmé. Plus particulièrement, «le contact direct avec l’Islam et les autres religions asiatico-africaines favorise la vie en commun, la découverte de valeurs communes, la connaissance mutuelle». «D’ailleurs, beaucoup de non-chrétiens visitent souvent des sanctuaires, assistent à des célébrations liturgiques, s’informent sur les lieux saints et partagent des valeurs religieuses avec le christianisme», a-t-il encore fait remarquer.
Mariage mixte déconseillé
Le cardinal Martino a en revanche déconseillé le mariage entre catholiques et musulmans, rappelant que «l’Eglise encourage les efforts de la pastorale à promouvoir le mariage entre des personnes partageant la même foi». Ce type de mariage est cependant autorisé par l’Instruction «Erga migrantes caritas Christi», sous réserve «d’une préparation particulièrement soignée et approfondie», en plus de la dispense canonique.
Maurice Borrmans, professeur émérite de l’Institut Pontifical d’études arabes et islamiques (Pisai), a quant à lui dressé un tableau complet de la situation des minorités chrétiennes dans les pays musulmans. Le chercheur a constaté que la possibilité d’un «vivre ensemble» dans l’avenir était rendue très précaire du fait des affrontements entre différentes mouvements religieux et des attentats terroristes de ces dernières années. «Ce sont toujours les minorités qui risquent de devenir des ’boucs émissaires’ à force de généralisations faciles et d’amalgames simplistes, qui redonnent vie à des préjugés et à des rêves de croisades ou de jihâd», a-t-il souligné.
Mgr Agostino Marchetto, qui intervenait en tant que secrétaire du dicastère, a souligné pour sa part que les communautés les plus stables devaient comprendre les besoins des «hôtes» ou des immigrés, «en développant le sens de la solidarité», de manière à contribuer à réaliser «une culture de la vie en commun, de compréhension et de paix».
Benoît XVI était intervenu peu de temps auparavant dans la matinée en ouverture de l’Assemblée plénière et avait souligné l’importance du dialogue interreligieux et du principe de réciprocité entre chrétiens et musulmans. L’Eglise catholique ressent «avec une conscience croissante» que le dialogue interreligieux fait partie «de son engagement au service de l’humanité», avait déclaré le pape, invitant les chrétiens à un «dialogue ouvert sur le problème religieux» mais aussi à «la réciprocité» de ce dialogue. (apic/imedia/cp/pr)



