Le pape ovationné et en dialogue avec 20’000 Polonais
Rome: 20 ans de pontificat pour Jean Paul II
Rome, 16 octobre 1998 (APIC) Quelque 20’000 Polonais se sont donnés rendez-vous vendredi Place Saint-Pierre, pour rendre hommage à Jean Paul II, qui fête le 16 octobre le 20e anniversaire de son élection sur le trône de Pierre. Le cardinal Jozef Glemp, archevêque de Varsovie, a présidé l’eucharistie, pour les 20 ans de pontificat de l’ancien archevêque de Cracove, le cardinal Karol Wojtyla. Ovationné, celui-ci est descendu les saluer et dialoguer à la fin de la célébration.
Le pape a ainsi rencontré ses compatriotes à la fin de l’eucharistie, vers 11 heures. Il est arrivé sur le parvis de la basilique vaticane ensoleillé et a fait longuement (20 minutes) le tour de la Place Saint-Pierre en «papamobile» découverte. Debout, le pape a salué la foule qui l’ovationnait, et touchant les mains qui se tendaient sur son passage. Après une longue litanie de remerciements exprimés au nom de tous par le cardinal Glemp, le pape a fait «des confidences» sur les moments historiques d’il y a 20 an.
«Cette rencontre, a-t-il dit, me rappelle ce moment, où, dans la chapelle Sixtine, après l’élection faite selon les prescriptions des canons il me fut demandé: «’Acceptes-tu?’ J’ai alors répondu: ’Dans l’obéissance de la foi devant le Christ mon Seigneur, en m’abandonnant à la Mère du Christ et de l’Eglise, conscient des grandes difficultés – j’accepte’. Les voies de la divine Providence sont insondables».
«De la colline de Wawel, s’est encore souvenu le pape, le Christ m’a appelé à la colline du Vatican, de la tombe de saint Stanislaw au tombeau de saint Pierre, afin que je conduise l’Eglise sur les chemins du renouveau conciliaire. En cet instant la figure du serviteur de Dieu, le cardinal Stefan Wyszynski, s’est présenté à mes yeux. Durant le conclave, le jour de Sainte Hedwige de Silésie, il s’est approché de moi et m’a dit: ’S’ils t’élisent, je te prie de ne pas refuser’. J’ai répondu: ’Merci beaucoup. Que Dieu vous le rende, cardinal’. Fortifié par la grâce et par les paroles du Primat du Millénaire, j’ai pu prononcer mon ’fiat’ aux desseins insondables de la Providence».
La Vierge Noire de Chestochowa
Le pape a ensuite repris les paroles qu’il avait alors adressées à ses compatriotes, en la salle Paul VI, en rendant hommage à Wyszynski. «Ce pape polonais ne serait pas sur le trône de Pierre sans la foi héroïque de notre grand Primat, s’il n’y avait pas sa foi, s’il n’y avait pas son héroïque espérance, sa confiance sans limites en la Mère de l’Eglise. S’il n’y avait pas Jasna Gora», a-t-il ajouté, en évoquant le sanctuaire national de la Vierge Noire de Chestochowa.
Pour le pape, sa tâche essentielle et quotidienne est d’être apôtre. «Lorsque je regarde aujourd’hui vers les années passées de mon ministère au Siège de Rome, a poursuivi Jean Paul II, je remercie Dieu de m’avoir donné la grâce d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut à de nombreux peuples et à de nombreux pays de tous les continents, et parmi eux aussi, à mes compatriotes de la terre polonaise. L’évangélisation constitue un élément essentiel de la mission du successeur de Pierre, sa fatigue quotidienne (…) pour l’édification de la civilisation de l’amour, de la vérité et de la vie».
Jean Paul II a remercié ceux qui l’ont accompagné de leurs prières et de leurs sacrifices. «Depuis le début, dans mon ministère apostolique, la prière et le sacrifice de tout le peuple de Dieu, et l’Eglise en Pologne y prennent une part spéciale». Après l’élection au Siège de saint Pierre, je demandais à mes compatriotes: ’Ne m’oubliez pas dans la prière à Jasna Gora et dans tout le pays, afin que ce pape, qui est sang de votre sang et coeur de vos coeurs, serve bien l’Eglise et le monde dans les temps difficiles qui précèdent la fin de ce second millénaire’. Et cette aide de la prière, je l’expérimente constamment. Votre prière m’accompagne à chaque heure et chaque jour sur le chemin de mon ministère papal. Je le sais et à l’intime de moi-même je ressens ce lien profond qui se crée dans la prière».
L’attentat du 13 mai 81
Le pape a encore évoqué l’attentat du 13 mai 1981. «Je vous suis particulièrement reconnaissant pour être restés en prière aux moments de souffrance et de maladie, et spécialement en ce mémorable 13 mai 1981. Il m’est difficile d’en parler sans m’émouvoir. Vous étiez pendant tout ce temps en prière, vous étiez alors particulièrement unis à moi par des liens de solidarité et de proximité spirituelle. Comment ne pas me souvenir de la ’marche blanche’ de Cracovie qui a réuni dans la prière une grande foule de personnes animées par la foi en la miséricorde divine et l’amour de l’Eglise, et qui témoignaient ainsi leur émouvant attachement au pape. Aujourd’hui je veux vous rappeler tout cela et vous dire: ’Que Dieu vous le rende!’ Moi aussi je cherche à vous le rendre par la prière quotidienne pour tous mes compatriotes, pour toute notre nation, pour toute la Pologne, ma patrie, où je reste profondément ancré par les racines de ma vie, de mon coeur et de ma vocation».
Le pape s’est aussi montré soucieux de l’avenir de son pays. «Les problèmes de ma patrie ont toujours été et me sont toujours très proches. Je garde profondément dans le coeur ce que vit ma nation. Je considère le bien de ma patrie comme mon bien, et tout ce qui lui nuit ou la déshonore, tout ce qui la menace devient toujours en quelque sorte mien, le lot de mon coeur, de mes pensées, de ce que j’éprouve».
La préparation du Grand Jubilé a également retenu son attention: une prééparation commencée en Pologne, durant la «persécution». «Depuis de nombreuses années, je me prépare avec l’Eglise à entrer dans le troisième millénaire. Quelle préparation historique au Grand Jubilé a été pour moi le millénaire du baptême de la Pologne, quelle expérience extraordinaire de la lutte de toute ma nation pour la fidélité à Dieu, à la Croix et à l’Evangile, durant la persécution de l’Eglise!»
«Lorsque, il y a vingt ans, a commencé mon ministère pétrinien, a rappelé le pape, j’ai dit: ’Ouvrez les portes au Christ!’ Nous nous trouvons aujourd’hui au seuil du troisième millénaire: ces paroles acquièrent une éloquence particulière. Je les adresse de nouveau à mes compatriotes comme le souhait le meilleur. Ouvrez les portes au Christ – les portes de la culture, de l’économie, de la politique, de la famille, de la vie personnelle et sociale. Il n’y a pas d’autre nom sur la terre par lequel nous puissions être sauvés sinon celui du Rédempteur de l’homme (Ac 4,12). Seul le Christ est notre Médiateur aurès du Père, l’unique espérance qui ne déçoit pas. Sans le Christ, l’homme ne se connaîtra pas lui-même pleinement, il ne saura pas à fond qui il est et où il va».
Sainte Hedwige, «patronne» de son élection
Un message a ensuite été adressé à la Pologne d’aujourd’hui, en présence du président polonais, Aleksander Kwasniewski et de sa femme, reçus jeudi par le pape au cours d’une audience privée d’une vingtaine de minutes. Les présidents du Sénat et du Parlement, des députés, des sénateurs, des représentants des autorités locales en particulier de Varsovie et de Cracovie étaient également présents. Le pape a encore salué des représentants de «Solidarnosc».
Et il a terminé son message en se tournant vers la Vierge de Jasna Gora et vers la «patronne» – selon son terme – de son élection, sainte Hedwige de Silésie, «afin que je puisse accomplir jusqu’à la fin l’oeuvre que Dieu m’a confiée».
La messe solennelle était concélébrée par les cardinaux Franciszek Macharski, métropolite de Cracovie, Andrzej Deskur, l’ami fidèle, Kazimierz Swiatek, métropolite de Minsk-Mohylew, ainsi que par une soixantaine d’évêques polonais (soit un tiers de l’épiscopat du pays) et de très nombreux prêtres. Beaucoup de pèlerins avaient voyagé toute la nuit avant de s’acheminer Place Saint-Pierre dès 7 heures du matin, au son d’un orchestre et de choeurs qui chantaient des chansons de Pologne. (apic/imed/pr)



