Un pape préoccupé par la place de l’Eglise dans la société

Rome:2e anniversaire de l’élection de Benoît XVI : un humble et simple serviteur

Antoine-Maire Izoard, agence Imedia à Rome

Rome, 20 avril 2007 (Apic) Benoît XVI est entré le 19 avril dans la 3e année de son pontificat. Lors de son élection, en avril 2005, il avait 78 ans, soit 20 ans de plus que son prédécesseur polonais à son arrivée sur le trône de Pierre. Peu passionné de diplomatie, il entend traiter en premier lieu certains dossiers qu’il estime prioritaires. Il veut ainsi réaffirmer la place de l’Eglise dans la société, défendre la famille et le mariage au risque de se mettre à dos la communauté politique comme en Italie, et progresser dans la démarche d’unité entre les chrétiens.

La deuxième année du pontificat de Benoît XVI a été essentiellement marquée par la nomination au compte-goutte de quelques nouveaux proches collaborateurs dont son secrétaire d’Etat, par le faux-pas de Ratisbonne en matière de dialogue avec l’Islam et par une plus claire affirmation du style Ratzinger, fait de lenteur, de réserve en même temps que de fermeté et d’humilité.

La fidélité

Cette deuxième année de pontificat s’est achevée avec la sortie du premier livre de Benoît XVI, Jésus de Nazareth. Mais le pape théologien a demandé que cet ouvrage sur le Christ ne soit pas considéré comme un document magistériel. Dans cet imposant ouvrage, qui n’est que la première partie d’un long travail personnel entrepris en 2003, le pape allemand est fidèle à l’une de ses principales priorités. Il souhaite recentrer l’Eglise autour du Christ et faire connaître sa figure à un monde où augmentent les tendances et les courants laïcistes et relativistes, un monde «sans Dieu», tout en encourageant sans cesse le dialogue entre foi et raison.

Après la sortie en janvier 2006 de son premier document magistériel, l’Encyclique Deus Caritas est, Benoît XVI a publié en mars 2007 l’Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis. Il a ainsi livré une série de recommandations fidèles aux propositions finales des participants au Synode d’octobre 2005 sur l’Eucharistie. Ce document, sans surprise, a cependant confirmé qu’il ne changerait pas de ligne en matière de liturgie ou de doctrine sacramentelle. C’est aussi au cours de cette deuxième année de pontificat qu’a été annoncée la publication d’un décret libéralisant la célébration de la messe selon le rite préconciliaire de saint Pie V. Cette décision du pape vise à «récupérer» certains fidèles intégristes. La publication annoncée du décret est sans cesse retardée.

L’héritage

Alors que la cause de béatification et de canonisation de Jean Paul II avance à vive allure, cette deuxième année de pontificat a cependant permis au pape allemand de se détacher peu à peu du lourd héritage du pontificat de son prédécesseur. Visitant la Pologne en mai 2006, Benoît XVI a marché sur les traces de Karol Wojtyla, mais il a surtout profité de ce déplacement pour encourager une nouvelle proposition de la foi et de la «vérité chrétienne sur l’homme» en Europe. En déplacement à Valence (Espagne), en juillet 2006, il a ensuite réaffirmé la place primordiale de la famille dans la société, souhaitant qu’elle soit défendue face aux défis de l’époque actuelle, tout en adoptant un ton plus positif que son prédécesseur.

Inquiet devant les tentatives de niveler toutes les cultures et toutes les religions dans un syncrétisme appauvrissant, Benoît XVI s’est, entre autres, démarqué de son prédécesseur dans son approche du dialogue avec l’islam. La crise qui a suivi ses propos à Ratisbonne sur la violence et la religion musulmane l’a contraint à préciser sa vision plus culturelle de ce dialogue et à réaffirmer en même temps qu’il n’était pas «une option». Ce qu’il a fait lors de son déplacement en Turquie, en novembre dernier. Dans la mosquée bleue d’Istanbul, le pape allemand a même partagé un temps de prière méditative aux côtés d’un leader musulman. Mais les propos de Ratisbonne ont laissé des traces profondes à en croire le récent report de la visite au Vatican de la plus grande autorité du monde sunnite, l’imam Tantawi de l’université cairote d’al-Azhar.

Dans le dialogue avec les autres confessions chrétiennes, le pape originaire du pays de la Réforme semble bien plus à l’aise et désireux d’accélérer le pas. Après de multiples rencontres fructueuses avec de nombreux leaders des confessions chrétiennes, reste la difficulté du rapport avec l’Eglise orthodoxe russe.

Les grands défis

Les relations avec Moscou se sont renforcées avec la récente visite au Vatican du président russe Vladimir Poutine. Une rencontre entre Benoît XVI et le patriarche russe Alexis II semble moins improbable qu’auparavant.

Par ailleurs, la lettre que le pape s’apprête à adresser aux catholiques de Chine semble une main tendue aux autorités de Pékin pour établir des relations de confiance alors qu’au Vietnam une délégation travaille désormais en vue de l’établissement de relations diplomatiques avec le Saint-Siège.

L’Amérique latine accueillera, quant à elle, le pape courant mai pour son premier voyage outre-Atlantique où il devrait se prononcer sur les défis de l’Eglise du continent.

Sur le front strictement géopolitique, Benoît XVI devrait ensuite recevoir au Vatican, début juin, la visite du président américain Georges W. Bush.

Enfin, si les relations avec Israël sont parsemées d’embûches, le Saint-Siège a fait preuve d’un sérieux engagement dans la crise qui a touché le Liban durant l’été 2006.

Un emploi du temps réduit

Le rythme de vie du pape est celui d’un homme qui prend son temps et se ménage. Il ne reçoit plus en audience que les chefs d’Etat et quelques responsables politiques internationaux triés sur le volet. Le nombre de ses discours et de ses audiences particulières est largement inférieur à celui de son prédécesseur. En outre, s’il accomplit bien quelques voyages à l’étranger, il semble souhaiter que ceux-ci soient brefs. Dans la mesure du possible, confie-t-on dans son entourage, Benoît XVI aurait initialement désiré passer à peine plus de 24 heures au Brésil en mai prochain. Ce voyage durera en fait 4 jours.

Au 3e étage du palais apostolique du Vatican, l’appartement de Benoît XVI est quasiment inaccessible. Alors que son prédécesseur y recevait de très nombreuses visites, à commencer par une trentaine de fidèles lors de sa messe matinale quotidienne, le pape allemand octogénaire a choisi de se préserver un lieu de vie intime et l’un des seuls à passer la porte de l’appartement privé est son frère aîné, Mgr Georg Ratzinger. Par ailleurs, le pape demeure fidèle à sa promenade quotidienne en milieu d’après-midi dans les jardins du Vatican.

Vers une réforme de la curie ?

Celui qui a passé plus de 20 ans dans la curie, s’attache, peu à peu, à renouveler les responsables de dicastère et son entourage, ainsi qu’à nommer à la tête des diocèses de la planète des hommes de conviction et de foi. C’est après un peu plus d’un an de pontificat, en juin 2006, que Benoît XVI a annoncé la nomination, prévue trois mois plus tard, de son nouveau secrétaire d’Etat, le cardinal italien Tarcisio Bertone. Mi-septembre, il nommait un nouveau secrétaire pour les relations avec les Etats, le Français Mgr Dominique Mamberti. Après avoir fait appel au cardinal Bertone, Benoît XVI s’est aussi entouré d’anciens collaborateurs de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal indien Ivan Dias à la tête de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples (mai 2006) et le cardinal brésilien Claudio Hummes, à la Congrégation pour le clergé (octobre 2006). D’autres changements sont à prévoir dans la curie. Ainsi, quatre chefs de dicastère âgés de plus de 75 ans, l’âge de la retraite canonique, sont déjà susceptibles d’être remplacés, et trois autres atteindront cet âge courant 2007.

Bientôt un consistoire?

A la fin du mois de mai 2007, le collège cardinalice devrait compter un maximum de 105 cardinaux électeurs. Le pape pourrait ainsi prochainement convoquer un second consistoire, d’autant qu’il souhaite tenir «de manière régulière» des réunions de cardinaux.

La deuxième année de pontificat de Benoît XVI a également vu la nomination d’un nouveau directeur du Bureau de presse du Saint-Siège. Le père jésuite Federico Lombardi a remplacé en juillet 2006 un laïc de l’Opus Dei, Joaquin Navarro-Valls en poste depuis 22 ans. Mais la réorganisation souvent annoncée des différents organes de communication du Vatican n’a pas abouti. En mars 2006, Benoît XVI avait aussi procédé à l’unification «temporaire» de la présidence de certains Conseils pontificaux. Puis, début 2007, les dicastères trop éloignés de la Cité du Vatican ont commencé à déménager pour s’installer sur la ’Via della Conciliazione’.

La réforme en profondeur de la curie, cependant, nécessite plus de temps. Au cours du siècle passé, les réformes entreprises par certains de ces prédécesseurs avaient pris entre 4 et 10 ans. Ainsi, élu en août 1903, Pie X (1903-1914) avait réformé la curie un peu moins de 5 ans plus tard, en juin 1908. Paul VI (1963-1978) avait attendu 4 ans (août 1967) et Jean-Paul II avait mis 10 ans à réformer la curie (juin 1988).

A 80 ans, Benoît XVI avance donc prudemment et lentement. L’Osservatore romano, qui parle du «printemps de l’intrépide Timonier de l’Eglise» dans son édition du 19 avril 2007, estime que le pape n’épargne pas ses forces. Un de ces prédécesseurs, Jean XXIII, élu à 76 ans, avait créé la surprise en convoquant un Concile quelques mois à peine après son élection. (apic/imedia/ami/js)

20 avril 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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