Rencontre avec le directeur, Francesco Buranelli
Rome: 500e anniversaire des Musées du Vatican
Propos recueillis par Ariane Rollier
Rome, 29 septembre 2006 (Apic) Avec leurs 4 millions d’entrées annuelles, les Musées du Vatican s’inscrivent parmi les musées les plus célèbres du monde. A l’occasion de leur 500e anniversaire, marqué par de nombreuses manifestations au Vatican, l’Agence I.Media, partenaire romain de l’Apic, a rencontré leur directeur, Francesco Buranelli.
Q.: Quels événements particuliers avez-vous organisé pour 2006, à l’occasion du 500e anniversaire des Musées du Vatican?
F. Buranelli: Au printemps et cet été, nous avons présenté les trois premières manifestations: le Musée chrétien de Benoît XIV, puis l’appartement Borgia avec les peintures du Pinturicchio restaurées, et le Musée missionnaire ethnologique, avec sa nouvelle section sur l’Asie et la Chine. Le 12 octobre, nous inaugurerons, – et cela sera peut-être l’événement le plus marquant de tous -, un nouveau site archéologique situé dans la partie nord de la Cité du Vatican. Puis, en novembre, nous inaugurerons l’exposition sur le Laocoon, la sculpture qui a donné naissance à toute la collection pontificale. Le 1er décembre, s’ajoutera une exposition sur le conclave, que nous ouvrirons au Musée historique du Latran. Finalement, mi-décembre, nous tiendrons un congrès international sur l’avenir du Musée. Ce sera une façon de conclure en discutant avec nos collègues de tous les musées internationaux du parcours que l’institution du Musée a eu jusqu’ici et sur ce qu’il sera dans un proche avenir.
Q.: Comment avez-vous découvert le nouveau site archéologique dans la Cité du Vatican ?
F. Buranelli: Durant la construction du nouveau parking, nous avons découvert et excavé un nouveau secteur de la nécropole romaine, situé à côté de l’ancienne voie triomphale. Un premier secteur avait été découvert du temps de Pie XII (1939-1958). Aujourd’hui, nous ajoutons un deuxième secteur d’une centaine de tombes datant d’entre les 1er et 2e siècle après JC. Les deux secteurs forment un complexe d’une exceptionnalité surprenante pour la ville de Rome et pour l’archéologie en général.
Q.: L’initiative du congrès international est-elle novatrice ?
F. Buranelli: Non, il y a toujours eu de nombreux congrès internationaux sur tous les sujets. Mais qu’un musée comme les Musées du Vatican invite à un congrès international, c’est en effet chose rare. Et surtout, cela n’est jamais arrivé qu’un musée invite tous les directeurs des principaux musées du monde à se réunir pour parler ensemble du passé, du présent et de l’avenir de l’institution du musée. Telle est un peu la nouveauté. Aujourd’hui, alors que le musée est en train de devenir un lieu de haute fréquentation touristique et culturelle, nous, les Musées Vatican, mettons l’accent sur le type d’avenir réservé à l’institution en général. Et puis, il sera intéressant de voir comment elle est perçue dans toutes les parties du monde.
Q.: Comment définiriez-vous la spécificité des Musées du Vatican par rapport aux autres grands musées du monde, comme le Louvre ou le Metropolitan Museum of Art?
F. Buranelli: Au niveau scientifique, je ne verrais pas de grande différence, sinon liée à une plus grande contextualisation, dans un lieu qui a des racines liées à la ville de Rome et aux civilisations préromaines et romaine. Le contexte dans lequel se développent les Musées est de ce fait très important. Je mentionnerais ainsi l’unicité et le fait que les Musées du Vatican soient les musées des souverains pontifes et, comme tels, offrent, outre leur propension évidente à la recherche historique, artistique, scientifique et archéologique, un service à l’Eglise de Rome. L’art a toujours été un moyen utilisé par l’Eglise pour diffuser les morceaux sacrés et aujourd’hui, les Musées du Vatican sont un lieu principal de conservation de ces oeuvres d’art.
Q.: En plus de leur collection historique, les Musées du Vatican ont aussi un secteur d’art moderne. Comment s’intègre-t-il dans l’histoire des Musées et comment se renouvelle-t-il ?
F. Buranelli: Les Musées du Vatican, durant leurs 5 siècles d’histoire, ont toujours été marqués par l’attention particulière donnée au contemporain par les papes. Ainsi, à la Renaissance, les plus grands artistes de l’époque – Michel-Ange ou Raphaël -, ont été appelés par les papes de l’époque. Au XVIIe siècle, ils ont fait venir le Bernin et Borromini. A toutes les époques, ils ont ainsi fait venir les artistes les plus importants de leur temps. Cette attention au contemporain est encore d’actualité. Les derniers papes ont d’ailleurs été des artisans majeurs de cet engagement de l’Eglise et des Musées du Vatican dans le contemporain. Le Musée d’art contemporain a ainsi été fondé par Paul VI (1963-1978) avec sa collection d’abord, puis elle a été élargie par celle de Jean Paul II (1978-2005). Aujourd’hui, Benoît XVI continue sur cette voie.
Q.: Les Musées du Vatican connaissent une croissance annuelle importante du nombre de visiteurs. Comment pensez-vous faire face à la demande ?
F. Buranelli: C’est un problème très délicat et très complexe. Nous l’avons déjà affronté les années passées tant au niveau physique, en construisant une nouvelle entrée, en 2000, pour le grand Jubilé, qu’au niveau de la prolongation des horaires d’ouverture des Musées. Aujourd’hui, nous sommes arrivés à des horaires d’ouverture presque stables de 8h à 17h, avec des visites exclusives jusqu’à 19h. Nous avons aussi amélioré l’automatisation des accès: barrières de contrôles et billetteries informatisées. Mais cela requiert des efforts encore aujourd’hui. Petit à petit, on devrait arriver à un système de prévente des visites. C’est la prochaine étape que nous mettrons en oeuvre. Mais le projet n’est pas encore défini dans les détails. En tous cas, j’espère qu’il aboutira le plus tôt possible. (apic/imedia/ar/pr)



