Rome: A une semaine de la fin du Synode sur l’Eucharistie, l’analyse de Mgr Perrier

Il ne faut pas s’attendre à des «déclarations fracassantes»

Rome, 16 octobre 2005 (Apic) A une semaine de la fin du Synode des évêques sur l’Eucharistie qui se tient actuellement à Rome, Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, ne s’attend pas à des «déclarations fracassantes» au terme de cette assemblée. Il voit plutôt ce rassemblement d’évêques comme le point d’orgue du pontificat «remarquable» de Jean Paul II.

Interrogé en marge d’une conférence sur «le renouveau de l’adoration eucharistique» qu’il donnait au Centre culturel romain Saint-Louis de France, Mgr Jacques Perrier a livré ses premières impressions au journaliste de l’agence I.Media, correspondant de l’Apic à Rome.

Le fait que Jean Paul II, sentant sans doute qu’il s’agissait de ses derniers mois de vie terrestre, ait voulu clore son ministère par cette année de l’Eucharistie, a estimé Mgr Jacques Perrier, est «un geste très beau et plein de sens». Il a ainsi noté «une magnifique progression de ces dix dernières années, à travers les thèmes préparatoires dans la montée vers le Jubilé, puis les phrases finales ’duc in altum’ ou ’repartir du Christ’, ses propos sur le Rosaire puis le thème de l’Eucharistie».

L’évêque de Tarbes et Lourdes interprète le Synode des évêques comme le point d’orgue de cette année eucharistique, «qui est elle-même le point d’orgue d’un pontificat tout à fait remarquable».

Ne pas trop focaliser l’attention sur les divorcés-remariés ou l’intercommunion.

Mgr Perrier ne s’attend pas du tout à des demandes fracassantes sur les sujets brûlants, a-t-il confié à I.Media au terme de la deuxième semaine du Synode sur l’Eucharistie, au moment où les pères synodaux font remonter au pape leurs propositions. Evoquant le problème des divorcés- remariés ou celui de l’intercommunion, l’évêque de Tarbes et Lourdes a estimé que «si l’on focalisait trop l’attention sur ces questions, on préparerait inévitablement la déception».

Ainsi, à propos de l’accès à la communion pour les divorcés-remariés, Mgr Perrier a souligné que la crise même du mariage n’est pas, pour l’Eglise, une invitation à bouger dans ce domaine. «Dans la circonstance actuelle, le courage et l’avenir sont plutôt de dire que le mariage peut tenir, sinon nous n’apportons plus rien du tout», a-t-il encore expliqué, jugeant que tout autre démarche «ne rendrait pas service à la société» et «serait plutôt un acte anti-prophétique».

L’évêque de Tarbes et Lourdes a cependant reconnu qu’il fallait «trouver les signes pour montrer à ceux qui sont dans cette situation qu’ils ne sont pas rejetés de l’Eglise», ajoutant qu’il y avait «beaucoup de chemin à faire». AMI/JB

Encadré

Communion des divorcés remariés et hospitalité eucharistique: statu quo ?

Concernant l’accès à la communion des divorcés remariés, les propositions rappellent l’importance de leur accueil, mais dans le respect des règles établies. Ainsi, le cercle germanophone ’A’ a rappelé la nécessité d’accepter «de vivre le mariage chrétien et la vie selon les conseils évangéliques», a souligné son rapporteur, Mgr Gerhard Ludwig Müller, évêque de Ratisbonne, en Allemagne. Le second cercle italophone a rappelé l’importance de «la promotion d’une pastorale d’accueil en faveur des personnes qui vivent dans une situation matrimoniale irrégulière» et l’importance de la formation reçue avant le mariage.

Par ailleurs, plusieurs cercles ont insisté sur l’importance de la messe le dimanche et sur l’art de célébrer. Mgr Donald William Wuerl a ainsi souligné que son groupe avait soutenu «le concept de stabilité de la liturgie».

Enfin, le troisième groupe anglophone a discuté de l’hospitalité eucharistique en proposant «une étude approfondie de la pratique catholique de l’hospitalité eucharistique afin d’aider les Eglises locales à dépasser la confusion qui existe actuellement entre le clergé et les fidèles». Ce groupe a aussi proposé que «les handicapés soient pleinement reconnus comme des membres de l’Eglise et aidés à tenir des postes de compétence dans la vie liturgique de l’Eglise». HY/JB

Encadré

Les cercles mineurs rappellent l’importance du célibat des prêtres

La nécessité du célibat des prêtres malgré la crise des vocations, les réponses à donner aux divorcés-remariés ne pouvant accéder à la communion, les réflexions sur la valeur de l’Eucharistie dans la vie chrétienne et le bon déroulement de la liturgie, ont été au coeur des discussions des 12 cercles mineurs du Synode des évêques sur l’Eucharistie.

Les pères synodaux ont ainsi rappelé la nécessité du célibat des prêtres et rejeté la possibilité d’ordonner des hommes mariés pour pallier le manque de vocations. «Notre groupe est unanime pour affirmer la valeur inestimable du célibat des prêtres pour l’Eglise latine et veut engager l’Eglise dans une pastorale des vocations encore plus énergique», a ainsi indiqué Mgr Paul-André Durocher, évêque d’Alexandria-Cornwall, au Canada, et rapporteur du troisième cercle francophone.

«Viri probati», c’est «niet»!

«La pénurie de prêtres nous attriste et nous ressentons vivement l’angoisse des nombreux fidèles qui n’ont pas accès aux sacrements à cause d’elle. L’idée d’ordonner des viri probati (hommes mariés, ndlr) a été débattue, mais n’a pas retenue la majorité des voix. Par ailleurs, nous pensons qu’un meilleur encadrement des prêtres aidera à pallier un peu cette pénurie», a-t-il conclu.

Le second cercle anglophone a lui aussi retenu cette position. «Le célibat des prêtres n’est pas l’unique ni le principal motif du manque de prêtres» a ainsi rappelé Mgr Donald William Wuerl, évêque de Pittsburgh et rapporteur de ce groupe. Selon les évêques de son cercle «la culture contemporaine vit une crise dans de nombreux domaines, y compris celui de la nature, de la durée et de la vitalité du mariage». «Le manque d’engagement, de responsabilité pour toute la vie semble être un motif récurrent et fondamental de nos réflexion sur de nombreux points de la vie moderne», ont estimé les évêques de ce groupe. Ils ont conclu à la nécessité de donner plus d’importance «à la nécessité d’encourager les vocations au ministère sacerdotal».

Dans les 27 propositions présentées par le cercle ’B’ hispanophone, les pères synodaux ont entre autres demandé que «chaque évêque donne une grande importance à la formation des séminaristes» en «portant une attention particulière à la sélection et à la formation des candidats pour qu’ils vivent le charisme du célibat». HY/JB

Encadré

Benoît XVI offre un anneau épiscopal aux pères synodaux

Benoît XVI a décidé d’offrir un anneau épiscopal à chaque père synodal distingué par la dignité épiscopale, a révélé Mgr Nikola Eterovic, secrétaire général du Synode. L’anneau sera décoré d’un symbole eucharistique: le pélican qui nourrit ses petits avec son sang. Les auditeurs et auditrices ainsi que les experts recevront, quant à eux, un chapelet en souvenir de la 11e Assemblée ordinaire du Synode des évêques.

Le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec et président de la Commission pour la préparation du message, le cardinal George Pell, archevêque de Sydney, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Mgr Salvatore Fisichella, recteur de l’Université pontifical du Latran et vice-président de la Commission pour la préparation du message, le cardinal Juan Luis Cipriani Thorne, archevêque de Lima, et Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kisangani, ont présenté la première ébauche du message final, qui a ensuite été discutée.

Aucun père synodal n’ayant obtenu la majorité absolue, lors du premier vote le 14 octobre, un second vote électronique a donc été effectué pour désigner les membres du Conseil post-synodal. 12 pères synodaux ont ainsi été élus à la majorité relative. Leurs noms seront publiés dans les prochains jours, avec ceux des membres nommés par le pape. (apic/imedia/hy/be)

16 octobre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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