Mis en garde par le chapelain contre tout prosélytisme
Rome: Alois Estermann était un proche de l’Opus Dei ?
Fribourg, 22 mai 1998 (APIC) Alois Estermann, le commandant de la garde suisse assassiné le 4 mai au Vatican, était proche de l’Opus Dei et avait été prié par l’aumônier de ne pas influencer les gardes pour les gagner à un mouvement spirituel déterminé. C’est ce qu’a déclaré vendredi à la Radio Suisse Romande, le secrétaire de la Conférence des évêques suisses, le Père Roland B. Trauffer. La neutralité et la liberté de tous les gardes doivent être respectées.
«J’ai quelques témoignages confirmant la proximité d’Alois Estermann avec l’Opus Dei, mais je ne sais pas s’il en était effectivement membre», a indiqué le Père Trauffer. A la question de savoir si cette proximité a pu jouer un rôle dans la nomination du commandant Estermann, le secrétaire de la CES précise que si quelqu’un est proche d’un mouvement ce n’est pas vu comme point négatif dans la carrière ou le profil d’une personnalité. «Je suis persuadé qu’il y a au Saint-Siège plusieurs personnalités qui saluent même une particularité de ce genre. Le fait que le pape Jean Paul II ait élevé l’Opus Dei au rang de préélature personnelle et ait béatifié son fondateur Escriva de Balaguer, est plus parlant que tous les commentaires que je pourrais faire moi-même.»
L’abbé Beat Müller, porte-parole de l’Opus Dei en Suisse n’est pas en mesure de confirmer ou d’infirmer l’appartenance d’Alois Estermann à l’Opus Dei. «Cela m’étonnerait. Je n’en ai jamais entendu parler. Cette histoire ne me plaît guère parce que chaque fois qu’il y a quelque chose qui cloche quelque part, tôt ou tard, «un proche» de l’Opus Dei apparaît. Comme si l’Opus Dei était en fin de compte responsable de la chose. Si effectivement Estermann a recommandé l’Opus Dei à l’un ou l’autre Garde suisse, c’est possible. Mais il a agit alors de son propre chef et n’a pas eu de mandat de l’Opus Dei. Il a le droit de considérer que l’Opus Dei est une institution valable et sérieuse. D’autres préfèrent d’autres institutions sans que personne n’en fasse une histoire.»
Le porte-parole admet qu’un commandant doit être neutre et ne peut pas faire de distinctin entre ceux qui partagent ses préférences religieuses et ceux choisissent une autre spiritualité. «Le fait d’avoir cette conviction personnelle ne peut avoir de répercussions sur sa manière de traiter ses subordonnés. C’est une évidence et c’est aussi la conviction de l’Opus Dei», souligne-t-il.
Sur l’influence de l’Opus Dei au Saint-Siège, l’abbé Müller relève qu’au Vatican se trouvent des jésuites, des bénédictins et d’autres en nombre beaucoup plus grand que les membres de l’Opus Dei. En outre un membre de l’Opus Dei ne reçoit aucune directive sur la manière de travailler, les personnes à soutenir, ou la politique à mener. Croire qu’ils ne sont que des représentants de l’Oeuvre est faux. Il n’y a pas de vœu d’obéissance dans ce sens-là, insiste-t-il.
Reproche direct au chapelain de la Garde
La Radio romande a diffusé par ailleurs le témoignage d’un actuel Garde suisse décrivant le stress, l’ambiance tendue et le manque de dialogue et d’écoute au sein de la Garde qui selon lui ont conduit le vice-caporal Tornay à commettre son acte. Ce garde adressait notamment un reproche direct au chapelain de la Garde Alois Jehle de n’avoir pas pris le temps de recevoir Cédric Tornay le jour du drame. «C’est un témoignage personnel courageux. Je comprends qu’il croit avoir la mission d’aider à faire la vérité. Mais un effort de ce genre reste très subjectif, commente le Père Trauffer. Il n’est pas vrai que l’aumônier a refusé un entretien au vice-caporal. C’est un homme dont la porte est toujours ouverte, elle l’était aussi pour Cédric Tornay. Apparemment c’est plutôt Cédric qui n’était pas disposé à s’ouvrir à l’aumônier en ce moment tragique.
Concernant le climat et la nécessité de réforme au sein de la Garde pontificale, le Père Trauffer estime qu’il ne faut pas édulcorer les circonstances qui ont eu une certaine gravité. Il faut absolument améliorer les choses. «Je suis confiant que le nouveau colonel prendra les choses en main ensemble avec des experts extérieurs pour continuer à rendre ce service indispensable au pape», conclut-il. (apic/mp)



