Risque d’oedème pulmonaire
Rome: Après l’opération de Jean Paul II, les avis du corps médical restent partagés
Rome, 25 février 2005 (Apic) Suite à l’opération du pape dans la soirée du 24 février, les médecins soulagés restent préoccupés quant à l’état de santé du pape. Pour le directeur du département de neurosciences Bruno Bergamasco – dont dépend le centre Parkinson de l’université de Turin-, la nouvelle hospitalisation du pape est le signe d’une détérioration de son système immunitaire. Le risque principal, dans ces cas-là, est l’oedème pulmonaire, qui est souvent le dernier symptôme, a-t-il déclaré le 25 février dans le quotidien italien «La Stampa».
Dans le même quotidien italien, le professeur émérite Corrado Manni de la polyclinique Gemelli, a quant à lui évoqué le risque, après les deux crises respiratoires du mois de février, d’un arrêt cardio-circulatoire. Enfin, le docteur Henrik Thielen, chirurgien ORL à Rome interrogé par l’Apic le 25 février, s’est montré rassuré de savoir le pape opéré, car cela lui permet de respirer par lui-même. Pour le médecin allemand spécialisé dans les maladies de la gorge, il devrait être possible, à terme, de faire parler le pape.
«La nouvelle hospitalisation est la démonstration que son système immunitaire n’est plus en mesure de combattre les infections», a souligné le professeur Bergamasco, regrettant que Jean Paul II, «après sa première hospitalisation début février à la polyclinique», soit retourné à sa fenêtre au Vatican où il s’est exposé «au froid et ainsi à de nouvelles agressions». Il a ajouté que la grippe, chez les patients atteints de la maladie de Parkinson, «est la première cause de mortalité».
«Maintenant, le risque principal, dans ces cas-là, est l’oedème pulmonaire, une sorte de noyade des poumons», a-t-il expliqué, ajoutant que c’est «malheureusement souvent le dernier symptôme». «Aujourd’hui, vu la gravité de la situation, une simple inflammation des premières voies respiratoires peut précipiter la situation», a-t-il encore soutenu, ajoutant que «ces derniers temps, le pape a été victime d’une rapide accentuation de tous les troubles». «Il est presque totalement aphone et il n’est plus capable de rester sur pied».
Danger d’arrêt cardio-circulatoire
Le professeur émérite Corrado Manni de la polyclinique Gemelli, a quant à lui souligné le risque d’un arrêt cardio-circulatoire, suite aux deux crises respiratoires du mois de février. Pour le médecin, qui connaît bien le pape pour l’avoir accueilli en salle d’opération après l’attentat de 1981 et l’avoir accompagné plusieurs fois par la suite, «les deux épisodes, celui d’hier et celui de début février, sont vraiment des crises respiratoires». «L’air n’entre plus dans les poumons à travers les voies respiratoires» et ainsi le pape «encourt le risque d’un arrêt cardio- circulatoire, parce que le coeur n’est plus oxygéné par l’air qui devrait passer à travers la bouche, le larynx et dans la trachée et enfin les poumons». «Il risque de mourir par suffocation», a-t-il déclaré.
«On voit que le pape, quand il parle en public, profite des applaudissements pour reprendre souffle», a-t-il expliqué. «Après un applaudissement, 10 secondes de silence, il prend une profonde inspiration, comme pour reprendre souffle», a-t-il poursuivi, expliquant que cela était aussi dû à la maladie de Parkinson.
Pas de guérison possible de la maladie de Parkinson
Conséquences de la maladie de Parkinson, le professeur Manni a expliqué que la même «mobilité réduite des muscles du visage du pape» atteint aussi «les muscles du larynx et de la glotte quand il doit respirer et quand il doit parler». Pour lui, «en plus des conséquences des divers actes chirurgicaux qu’il a subis, s’est insérée la maladie de Parkinson, qui n’est pas une maladie guérissable». «A l’état actuel des connaissances, il n’y a pas de guérison», a-t-il souligné.
«Ainsi, c’est de la fatigue sur de la fatigue dans un organisme indubitablement affaibli», a-t-il encore continué. «Il est clair que la fatigue et surtout ses mauvaises conditions physiques, fruit de son âge d’une part, mais de tous les malheurs qui lui sont arrivés depuis 1981, jouent un grand rôle».
Le professeur Manni a finalement souligné que le pape devrait limiter énormément son activité. Mais pour lui qui a connu le pape, «il est difficile de pouvoir le persuader si celui-ci a pris une autre décision». Le médecin a aussi souligné que le pape aurait dû avoir une convalescence plus longue, affirmant qu’aujourd’hui, il ne restait plus, -»pour ceux qui croient»- «à prier et à le recommander à la divine providence».
«Il y aura moyen, à terme, de faire parler le pape»
Malgré tout, au sein du corps médical, les avis restent partagés entre optimisme et pessimisme. Ainsi, le docteur Henrik Thielen s’est dit rassuré de savoir le pape opéré. Selon lui, «il y aura moyen, à terme, de faire parler le pape».
Le docteur Henrik Thielen s’est dit «beaucoup plus rassuré», maintenant que le pape a été opéré, car cela lui permet de «respirer seul». Mais il «peut être aidé d’une machine en cas de crise». Pour ce chirurgien allemand ayant déjà opéré de nombreuses trachéotomies, «la chose terrible, c’est que le pape désormais ne peut plus parler». Mais «il y aura, à terme, des moyens de le faire parler à l’aide d’une canule trachéale en argent avec un trou en hauteur et une petite valve permettant que l’air respiré et expiré fasse vibrer les cordes vocales», a-t-il expliqué. Il a néanmoins ajouté que pour parler ainsi, «il faut une certaine force». «Aujourd’hui, il est beaucoup plus sûr qu’il survive», a-t-il conclu. (apic/imedia/ms/bb)



