10 millions de documents y sont entrés en six ans
Rome: Avant de mourir, Jean Paul II a réformé le fonctionnement des archives du Vatican
Rome, 1er juillet 2005 (Apic) Le pape Jean Paul II, par un Motu proprio et une loi, a réformé le fonctionnement des archives du Vatican, le 21 mars 2005. Ce document passé inaperçu a été divulgué dans la presse italienne le 30 juin 2005. I.Media, partenaire romain de l’Apic, s’est procuré cette loi qui renforce le rôle des Archives secrètes du Vatican dans la gestion de l’ensemble des archives du Saint-Siège et crée une «Commission centrale pour les archives du Saint-Siège». Les fonds d’archives s’enrichissent sans cesse. Ainsi, en six ans, 10 millions de documents y sont entrés pour y être conservés.
Le pape polonais a souhaité avant sa mort fournir «une norme» qui assure «la conservation et la bonne consultation» pour la curie romaine et les chercheurs des archives administratives et historiques du Vatican. C’est ce que l’on peut lire dans le Motu proprio introduisant la nouvelle législation. L’objectif de Jean Paul II était de répondre «aux progrès de l’archivistique» appliqués dans les «administrations publiques et privées de part le monde». Le pape défunt a ainsi souhaité «favoriser l’intégration des nouvelles technologies» dans la gestion des archives du Saint-Siège.
Le but est que les archives du Vatican et des institutions qui lui sont liées aient «une norme commune» en matière archivistique dans leur classement quotidien, leur conservation et leur consultation. En instituant la Commission centrale pour les archives du Saint-Siège, le pape a voulu créer un «point de référence certain» pour l’ensemble des responsables d’archives du Vatican.
Profonde restructuration
La loi voulue par Jean Paul II compte 54 articles. Ils concernent l’ensemble du fonctionnement des archives, de la collecte à la conservation (ce qui concerne aussi les documents informatisés) jusqu’à la consultation des documents, sous la houlette de la Commission à laquelle doivent siéger le substitut de la Secrétairerie d’Etat, Mgr Leonardo Sandri et Mgr Sergio Pagano, préfet des Archives secrètes vaticanes. Ils devront en particulier veiller au versement aux Archives secrètes vaticanes – qui devraient ainsi servir d’archives centrales – des fonds des différents dicastères qui en ont jusqu’à présent la gestion autonome.
Les archives de la Secrétairerie d’Etat, des Congrégations pour la doctrine de la foi et pour l’évangélisation des peuples, de la Pénitencerie apostolique, de la Fabrique de Saint-Pierre et du Gouvernorat de la Cité du Vatican, passeront entre autres sous le contrôle des Archives secrètes vaticanes.
Ces archives restent cependant autonomes. Elles ne sont pas dans l’obligation de verser aux Archives secrètes vaticanes l’ensemble de leur documentation. Elles peuvent conserver les documents de moins de 35 ans et aussi ne faire parvenir aux Archives secrètes que des index, des inventaires et des instruments de recherche, les documents restant, eux, dans les dépôts initiaux.
Quant au secret, l’article 39 stipule – ce qui est valable dans n’importe quel Etat – que, certains documents «de par leur nature ont un caractère réservé et secret et sont exclus de la consultation», même lorsque la période qu’ils couvrent est ouverte à la consultation. Sont concernés, outre «les documents indiqués par la Secrétairerie d’Etat», «les actes des conclaves, les ’spoglio’ – documents privés, ndlr – des papes et des cardinaux, les procès épiscopaux, les documents de for interne, les dossiers relatifs au personnel du Saint-Siège et de l’Etat de la Cité du Vatican et les causes de mariage». Ces documents pourront être consultés sur dérogation de la Secrétairerie d’Etat.
Mgr Sergio Pagano, préfet des Archives secrètes du Vatican, avait indiqué, le 14 janvier dernier, dans un entretien à la presse italienne, que 40 à 50 chercheurs travaillent quotidiennement aux archives, en particulier sur les documents des périodes médiévales et modernes. En 1999, année record, 1’444 personnes sont venues consulter les Archives secrètes.
«Les Archives secrètes du Vatican se nomment ainsi car ce sont les archives privées du pape», avait expliqué le prélat salésien, agacé par l’idée répandue que les archives du Vatican veulent garder «leurs mystères». «Les mystères n’existent que pour ceux qui ne savent pas faire des recherches sérieuses dans les archives».
Seul le pape dirige les archives, en fixe les normes, ce qui concerne aussi la date d’ouverture des fonds. En ce domaine, Jean Paul II a ’surpassé’ ses prédécesseurs. Depuis 1978, il avait ordonné l’ouverture des archives de quatre pontificats, celui de Léon XIII (1878-1903), de Pie X (1903-1914), de Benoît XV (1914-1922) et de Pie XI (1922-1939)
«Toutes les archives jusqu’à 1939 seront accessibles dans les premiers mois de 2006 et la prochaine ouverture concernera le pontificat de Pie XII jusqu’en 1958», avait expliqué le prélat pour répondre aux polémiques autour de l’attitude du pape et du Saint-Siège durant la seconde guerre mondiale et la shoah. Cependant, «le personnel limité et le long travail que demande la communication de fonds d’archives au public ne permettent pas de dire que la consultation globale des documents concernant le pontificat de Pie XII soit proche. Pour autant, comme pour tous les autres fonds ouverts aux chercheurs, nous n’avons aucune crainte de bouleversement historiographique».
Multiplié par 15
Le Saint-Siège n’est pas favorable à une ouverture des archives trop contemporaines. Dans de nombreux pays, la législation fixe l’ouverture des archives à un minimum de 50 ans après la fin des faits et à un maximum de 100 ans pour les documents les plus ’réservés’.
Depuis leur ouverture aux chercheurs en 1881 par le pape Léon XIII, les Archives secrètes du Vatican ont multiplié leur volume de documentation par 15. Elles sont passées de cinq kilomètres de rayonnages à plus de 80. Les fonds d’archives s’enrichissent sans cesse. Ainsi, en six ans, 10 millions de documents y sont entrés pour y être conservés. Aujourd’hui, on peut évaluer à plus de deux millions le nombre de boites conservant chacune plusieurs centaines de lettres, notes administratives et rapport dactylographiés ou manuscrits. Les documents ne peuvent être consultés publiquement qu’une fois inventoriés, numérotés, tamponnés aux armes des archives pour éviter les vols et enfin reliés. Ainsi, des documents de fonds diplomatiques du XVe et XVIe siècles n’ont pas encore pu être inventoriés.
Toute personne titulaire d’un titre de troisième cycle universitaire peut demander à consulter les Archives secrètes du Vatican, si ses recherches scientifiques le justifient. (apic/imedia/hy/pr)



