Réunion des membres de la commission chargée du dossier

Rome: Béatification contestée du Français Léon Dehon

Rome, 19 juin 2005 (Apic) Béatification contestée et momentanément suspendue du Français Léon Dehon: des membres de la commission chargée du dossier se retrouver en fin de semaine prochaine pour étudier le dossier.

Les membres de la commission que le pape Benoît XVI a décidé de réunir pour examiner le dossier de la béatification de Léon Dehon et ses écrits anti-sémites, devrait se réunir pour la première fois le 24 juin 2005. C’est ce que des sources vaticanes ont indiqué à I.Media, l’agence partenaire de l’Apic à Rome. La presse française avait révélé, le 9 juin dernier, la mise en place de cette commission. A l’heure actuelle, la biographie du père Léon Dehon est présentée sur le site officiel du Vatican parmi les bienheureux de l’année 2005.

La cérémonie de béatification du père Léon Dehon, prêtre français du XIXe siècle, théoricien du catholicisme social avait été fixée pour le 24 avril dernier. La mort de Jean Paul II, le 2 avril, avait ajourné cette célébration.

Léon Dehon est né le 14 mars 1843 près de Soisson en France. En 1856, il veut devenir prêtre, mais son père, qui rêve pour lui d’une position sociale brillante, essaie immédiatement de contrecarrer sa vocation, en l’envoyant à l’université de la Sorbonne à Paris, où, à l’âge de 21 ans, Léon Dehon décroche un doctorat en droit civil, tout en fréquentant le séminaire de Saint-Sulpice. Son père, pour tenter de le détourner du sacerdoce, lui offre un long voyage en Orient. Mais à son retour, sans céder aux oppositions familiales, Léon s’arrête à Rome. Il rencontre le pape Pie IX qui l’invite à entrer au séminaire français de Rome, en octobre 1865.

Ordonné prêtre le 19 décembre 1868 dans la basilique Saint-Jean de Latran, il est sténographe au Concile Vatican I, puis retourne à Soisson. Titulaire de quatre doctorats (en droit civil et en droit canon, en philosophie et en théologie), il s’engage dans les initiatives sociales. Il participe aux premiers congrès d’associations ouvrières, fonde un journal catholique, un patronage et un collège.

Nommé par son évêque comme confesseur et directeur spirituel des Soeurs Servantes du Coeur de Jésus, il est attiré par la vie religieuse. Le 28 juin 1878, le chanoine Léon Dehon prononce ses voeux religieux et devient oblat. Il créé une fondation du Sacré-Coeur, qui sera interdite le 3 décembre 1883.

Ecrits en question

Il refonde son institution avec un nouveau nom, celui de «Prêtres du Sacré-Coeur», tournée vers l’engagement missionnaire, l’apostolat social, les missions populaires et l’évangélisation. En 1888, Léon Dehon se rend à Rome pour remercier le pape Léon XIII qui l’encourage dans son apostolat. Il n’est cependant pas à l’abri des critiques autour de son comportement, de ses difficultés dans ses relations avec le diocèse et des oppositions à l’intérieur même de son institut. Mais il tient des conférences à Rome et à Milan, participe au congrès sociaux et fonde des maisons soeurs de son institut. Il a toujours été soutenu par Léon XIII et ses successeurs Pie X, Benoît XV et Pie XI.

Léon Dehon est mort à Bruxelles, le 12 août 1925, en laissant derrière lui les prêtres du Sacré-Coeur de Jésus (appelés aussi Dehoniens du nom de leur fondateur).

Ceux-ci ont ensuite constitué un dossier en vue de sa béatification. Mais il avait été récusé une première fois en 1952, à cause de ses écrits antisémites, par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Cependant, après une nouvelle procédure, Jean Paul II reconnaissait officiellement un miracle à Léon Dehon le 19 avril 2004, ouvrant ainsi la voie à sa béatification.

Mais fin février 2005, quelques mois avant la mort de Jean Paul II, l’épiscopat français redécouvrait les écrits antisémites de Léon Dehon. Celui-ci avait affirmé dans son Catéchisme social de 1898, que le peuple juif avait «la soif de l’or». «Il a le Christ pour ennemi. Laissé libre et doué d’un grand talent pour la spéculation, il a conquis notre or et il nous tient asservis. Il tient la presse et fait l’opinion. Il remplit nos grandes écoles publiques et vise à s’emparer de l’administration et de la magistrature. C’est une conquête entamée et déjà bien avancée (…). Il faudra bien qu’une solution vienne et ce sera encore un triomphe pour les vieux principes de l’Eglise», avait-il encore écrit.

Les évêques de France ont ainsi émis de fortes réserves quant à la béatification de Léon Dehon et alerté les Congrégations pour la cause des saints et pour la doctrine de la foi, alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger. Cette découverte a aussi suscité un mouvement d’opposition à la béatification du gouvernement français. Ce dernier avait menacé de n’envoyer aucun représentant à la cérémonie de béatification si elle devait avoir lieu.

Idées répandues à l’époque?

Face à ces critiques, les déhoniens ont répondu qu’à l’époque de Léon Dehon, «cette pensée judéophobe était alors largement partagée». Pour le postulateur de la cause en béatification, le père Evaristo Martinez de Alegria, cette pensée judéophobe «n’a pas été considérée comme un élément susceptible de bloquer l’instruction du procès».

Pour faire la lumière sur l’antisémitisme de Léon Dehon, Benoît XVI a finalement, au début du mois de juin 2005, décidé de réunir une commission. Selon certaines sources vaticanes, les membres de cette commission pourraient se réunir pour la première fois le 24 juin prochain. Les cardinaux français Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, Roger Etchegaray, vice-doyen du collège cardinalice et président émérite des conseils pontificaux Cor Unum et justice et paix, ainsi que le cardinal suisse Georges Cottier, théologien de la Maison pontificale pourraient en faire partie, ainsi que le cardinal José Saraiva Martins, préfet de la Congrégation pour la cause des saints et le père Evaristo Martinez de Alegria, postulateur de la cause.

Cette liste ne serait pas encore close. D’autres prélats pourraient rejoindre cette commission, en particulier le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, en charge du dialogue avec le monde juif. Le pape ne devrait pas prendre de décision jusqu’à ce que cette commission rende ses conclusions. (apic/imedia/hy/pr)

19 juin 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!