La lutte contre le sida, une priorité pastorale
Rome: Benoît XVI appelle les Rwandais à la fraternité après le génocide
Rome, 22 mai 2005 (Apic) Benoît XVI a appelé le 21 mai les Rwandais à la réconciliation et à la fraternité lors de la visite ad Limina des évêques de ce pays d’Afrique. Ceux-ci ont souligné que l’Eglise n’a jamais été porteuse de «l’idéologie du génocide». Ils ont également rappelé que la lutte contre le sida était «une véritable priorité pastorale».
«Je voudrais me faire proche du peuple qui vous est confié, exhortant les fidèles et les pasteurs à construire des communautés animées par un amour mutuel sincère et habitées par le désir impérieux de travailler à une authentique réconciliation!», a lancé Benoît XVI aux évêques rwandais.
Le pape a alors exhorté prêtres et fidèles, «durement éprouvés par le génocide de 1994 et par ses conséquences», à «demeurer fermes dans leur foi, à persévérer dans l’espérance, en surmontant toute tentation de découragement». Le souverain pontife a ainsi soutenu «les efforts de ceux qui s’attachent à édifier la fraternité entre tous les Rwandais, dans un esprit de vérité et de justice».
Benoît XVI a ainsi encouragé les évêques du pays engagés dans la promotion de la paix et à de la réconciliation. Il a loué leur «pastorale de proximité, fondée sur l’engagement de petites communautés de laïcs», ainsi que «la pastorale missionnaire de l’Eglise». Ce travail devant aider notamment à lutter contre «les nombreuses sectes présentes dans le pays». «Travaillez sans relâche» leur a lancé le pape, pour que les fidèles assument «toujours davantage leur responsabilité dans la société, en particulier dans le champ de l’économie et de la politique, avec un sens moral nourri par l’Évangile et par la doctrine sociale de l’Eglise».
Puis le souverain pontife a souligné le dynamisme de l’Eglise rwandaise. Le nombre de jeunes séminaristes «est un vrai signe d’espérance pour l’avenir», a-t-il souligné.»Alors que le clergé devient autochtone, je voudrais honorer le travail patient accompli par les missionnaires» a toute fois relevé Benoît XVI.
La lutte conte le sida, une priorité pastorale
La précédente visite des évêques du Rwanda à Rome remontait au mois de septembre 1998. Dans son adresse au pape, le président de la Conférence épiscopale du pays, Mgr Alexis Habiyambere, évêque de Nyundo a souligné la controverse «arbitraire» accusant l’Eglise catholique d’être porteuse de «l’idéologie du génocide». Il a aussi rappelé que la lutte contre la «pandémie du Sida» était pour les évêques rwandais «une véritable priorité pastorale».
Le 24 août dernier, Mgr Alexis Habiyambere avait démenti, sur les ondes de Radio Vatican les accusations portées par le parlement rwandais à l’encontre de l’Eglise dans le déroulement du génocide qui aurait fait plus de 500 000 morts.
En janvier 2004, une commission d’enquête avait été créée au Rwanda pour se pencher sur l’existence et la propagation d’une «idéologie du génocide» après l’assassinat de trois survivants du génocide dans la région de Gikongoro, dans le sud-ouest. La Chambre des députés rwandaise en a examiné les conclusions en juin dernier.
Evêque accusé injustement d’avoir participé au génocide
Déjà le 14 avril 1999, l’évêque de Gikongoro, Mgr Augustin Misago, accusé d’avoir participé au génocide de 1994, avait été emprisonné à Kigali. En mai 2000, le Ministère public avait requis la peine de mort contre lui, peine qu’il avait déclarée «totalement injuste et sans fondement» et dont il avait finalement été acquitté en juin 2000. Le 10 mai 2004, Jean-paul II lui avait fait parvenir un message de soutien. Le substitut du procureur Edouard Kayihura, quant à lui aurait fui le pays en septembre 2000 après avoir avoué que le dossier Misago était «indéfendable parce que vide».
L’Eglise n’est pas responsable du génocide rwandais, même si certains de ses membres y ont participé. C’est ce qu’avait déclaré le porte-parole de Jean Paul II, Joaquin Navarro-Valls, le 9 juin 2001, suite à la sentence d’un tribunal belge accusant deux religieuses rwandaises de «crime de guerre» lors du génocide de 1994. «Je dois rappeler le message du pape au peuple rwandais, le 14 mai 1996», avait-t-il déclaré citant ainsi Jean Paul II: «L’Eglise ne peut être retenue responsable des fautes de ses membres qui ont agit contre la loi évangélique. Eux-mêmes seront appelés à rendre compte de leurs propres actions. Tous les membres de l’Eglise qui ont péché durant le génocide doivent avoir le courage d’assumer les conséquences des faits qu’ils ont accompli contre Dieu et contre leur prochain».
Après les évêques rwandais, ce sont leurs confrères du Burundi qui seront accueillis par le pape lors de leur visite ad Limina à Rome, durant la semaine du 23 au 28 mai. (apic/imedia/hy/bb)



