Vers une ouverture des archives sous Pie XII ?

Rome: Benoît XVI convoque des historiens sur l’affaire Dehon

Hervé Yannou, de l’agence I.Media, partenaire de l’Apic à Rome

Rome, 27 janvier 2006 (Apic) Benoît XVI aurait décidé de réunir deux commissions d’historiens. L’une pour se pencher sur la béatification ajournée de Léon Gustave Dehon et l’autre sur la possibilité d’ouvrir aux chercheurs les archives du pontificat de Pie XII.

Par le biais du Comité pontifical pour les sciences historiques, présidé par Mgr Walter Brandmüller, des historiens auraient été appelés à se prononcer sur les écrits jugés antisémites de Léon Gustave Dehon. Le préfet de la Congrégation pour les causes des saints avait expliqué, le 27 septembre 2005, que la cause de Léon Gustave Dehon «n’était pas interrompue». «L’Eglise, avant de béatifier quelqu’un, étudie scrupuleusement son histoire et son contexte. C’est uniquement lorsque tout est clair que l’on peut procéder» à la béatification, avait encore affirmé le cardinal José Saraiva Martins.

La cérémonie de béatification du père Léon Dehon, prêtre français du XIXe siècle, théoricien du catholicisme social, avait été fixée au 24 avril dernier. La mort de Jean Paul II avait ajourné cette célébration. Entre temps, des évêques et des historiens français avaient averti le Saint-Siège des écrits antisémites de Dehon. Benoît XVI avait donc décidé de suspendre cette béatification. Une première dans l’histoire.

Pour faire la lumière sur cet antisémitisme, le nouveau pape avait décidé, début juin 2005, de réunir une commission spéciale tenue par le secret pontifical. Celle-ci a maintenant achevé ses travaux. Les cardinaux français Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, Roger Etchegaray, vice-doyen du collège cardinalice et président émérite des conseils pontificaux Cor Unum et Justice et paix, ainsi que le cardinal suisse Georges Cottier, théologien de la Maison pontificale, en faisaient partie, ainsi que le cardinal José Saraiva Martins, et le père Evaristo Martinez de Alegria, postulateur de la cause.

Commission défavorable à la béatification de Dehon

Les conclusions n’ont pas été rendues publiques, mais après l’examen des écrits antisémites incriminés, la commission serait clairement défavorable à cette béatification. Le pape aurait pourtant demandé au cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, de rassembler le nom de plusieurs historiens pour se pencher sur le ’cas’ Dehon. Le cardinal italien aurait ainsi sollicité le Comité pontifical des sciences historiques – qui se trouve sous sa tutelle – afin qu’il lui fournisse ces noms pour former une éventuelle nouvelle commission.

Par une lettre datée du 5 décembre dernier, plusieurs historiens de renommée internationale ont été invités à faire savoir s’ils acceptaient ou non cette mission. Il ne devrait pas y avoir de réunion proprement dite d’une commission. Les historiens devront faire parvenir individuellement leur étude et leurs avis au Saint-Siège. Puis un rapport final pourrait être présenté au pape.

Par ailleurs, une commission d’historiens, toujours sous la houlette du Comité pontifical pour les sciences historiques, pourrait aussi se réunir au début mars pour étudier la possibilité d’ouvrir aux chercheurs les archives du pontificat de Pie XII (1939-1958). Cette ouverture est sans cesse demandée au Saint-Siège par les historiens et de nombreuses autorités juives, afin d’étudier l’attitude de ce pape – dont le procès en béatification progresse – durant la Seconde Guerre mondiale et face à la Shoah.

Seul le souverain pontife dirige les archives, en fixe les normes, et décide de ce fait la date d’ouverture des fonds. En ce domaine, Jean Paul II a ’surpassé’ ses prédécesseurs. Durant son pontificat, il a ordonné l’ouverture des archives de quatre pontificats, ceux de Léon XIII (1878-1903), de Pie X (1903-1914), de Benoît XV (1914-1922) et de Pie XI (1922-1939). Dans un entretien à la presse italienne, Mgr Sergio Pagano, préfet des Archives secrètes du Vatican, avait indiqué le 14 janvier 2005 que «toutes les archives jusqu’à 1939» seraient accessibles «dans les premiers mois de 2006», et que «la prochaine ouverture concernera le pontificat de Pie XII jusqu’en 1958», sans donner de date précise.

Cependant, avait-il ajouté «le personnel limité et le long travail que demande la communication de fonds d’archives au public ne permettent pas de dire que la consultation globale des documents concernant le pontificat de Pie XII soit proche. Pour autant, comme pour tous les autres fonds ouverts aux chercheurs, nous n’avons aucune crainte de bouleversement historiographique».

Plus de 80 kilomètres de rayons d’archives

Le Saint-Siège n’est pas favorable à une ouverture des archives trop contemporaines. Dans de nombreux pays, la législation fixe l’ouverture des archives à un minimum de 50 ans après la fin des faits et à un maximum de 100 ans pour les documents les plus ’réservés’. Depuis leur ouverture aux chercheurs en 1881 par le pape Léon XIII, les Archives secrètes du Vatican ont multiplié leur volume de documentation par 15. Elles sont passées de cinq kilomètres de rayonnages à plus de 80. Les fonds d’archives s’enrichissent sans cesse. Ainsi, en six ans, 10 millions de documents y sont entrés pour être conservés. Aujourd’hui, on peut évaluer à plus de deux millions le nombre de boîtes conservant chacune plusieurs centaines de lettres, notes administratives et rapport dactylographiés ou manuscrits. Les documents ne peuvent être consultés publiquement qu’une fois inventoriés, numérotés, tamponnés aux armes des archives – pour éviter les vols – et finalement reliés. Ainsi, des documents de fonds diplomatiques du XVe et XVIe siècles n’ont pas encore pu être inventoriés.

Toute personne titulaire d’un titre de troisième cycle universitaire peut demander à consulter les Archives secrètes du Vatican, si ses recherches scientifiques le justifient. (apic/imedia/hy/bb)

27 janvier 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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