Le pape dénonce les lobbies qui menacent la famille
Rome: Benoît XVI énumère les défis de l’Eglise en Amérique latine
Rome, 18 février 2007 (Apic) Dressant la liste des nombreux défis auxquels l’Eglise doit faire face en Amérique latine, Benoît XVI a dénoncé entre autres les lobbies qui attaquent la famille et le prosélytisme des sectes, le 17 février 2007.
Le pape recevait samedi en audience au Vatican une vingtaine de nonces du continent réunis à Rome pour préparer la 5e Assemblée générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes qui aura lieu en mai prochain au sanctuaire marial brésilien d’Aparecida. Cette rencontre continentale sera inaugurée par le pape Benoît XVI lors de son premier voyage outre-atlantique.
Les hommes d’Eglise ne doivent pas faire de politique
Devant les nonces du continent latino-américain, Benoît XVI a ainsi tenu à souligner les défis que l’Eglise rencontre dans cette région intégrée dans les dynamiques mondiales et de plus en plus conditionnée par les effets de la mondialisation. Il a évoqué le sécularisme et les menaces à l’égard de la famille ou de la liberté religieuse, le danger des sectes. Il a aussi enjoint les hommes d’Eglise à ne pas faire de politique.
La famille demeure une caractéristique primordiale de la culture latino-américaine a affirmé le pape devant les diplomates en citant des propos de Jean Paul II (1978-2005) au Mexique, en 1979. Benoît XVI a alors souhaité une attention prioritaire à l’égard de la famille «qui démontre des signes d’affaissement sous la pression de lobbies capables de compromettre négativement les processus législatifs».
Les divorces et les unions libres sont en augmentation, a regretté le pape alors que l’adultère est vu avec «une tolérance injustifiable», Le pape a affirmé que c’est seulement «sur le roc de l’amour conjugal, fidèle et stable, entre un homme et une femme, que l’on peut édifier une communauté digne de l’être humain».
Benoît XVI a également cité certains sujets abordés par les nonces réunis au Vatican, comme le phénomène de la migration, l’importance de l’école, ou encore l’attention aux valeurs et à la conscience pour former des laïcs mûrs qui soient capables d’offrir une contribution compétente dans la vie civile et sociale. Il a souhaité que les mouvements ecclésiaux soient fidèles à l’Evangile et à l’enseignement de l’Eglise, y compris lorsqu’ils oeuvrent dans le domaine social et politique.
Un évêque paraguayen suspendu
Le pape a alors particulièrement rappelé qu’il ne revient pas aux ecclésiastiques d’être à la tête de groupes sociaux ou politiques, mais à des laïcs mûrs et professionnellement préparés. Le 20 janvier dernier, la Congrégation pour les évêques avait suspendu «ad divinis» un évêque paraguayen, Mgr Fernando Armindo Lugo Mendez, évêque émérite de San Pedro. Le prélat défenseur des pauvres compte se présenter aux élections présidentielles de 2008 dans son pays situé au coeur du continent latino-américain. Il bénéficie actuellement des faveurs de l’électorat, loin devant les autres candidats.
L’Eglise souhaite, a encore indiqué le pape, que dans les pays latino-américains où les chartes constitutionnelles se limitent à accorder la liberté de croire et de culte, mais ne reconnaissent pas encore la liberté religieuse, «des relations mutuelles basées sur des principes d’autonomie et d’une collaboration saine et respectueuse pourront être définies dès que possible».
Sur le continent, l’Eglise doit tenir également compte du prosélytisme des sectes et de l’influence croissante du «sécularisme hédoniste post-moderne», a souligné Benoît XVI, pour qui il est nécessaire de réfléchir sérieusement pour trouver les réponses justes concernant les causes de l’attrait des sectes.
Soulignant le rôle primordial de l’Eglise actuellement «grâce à la fusion heureuse entre la sensibilité ancienne et riche des peuples indigènes avec le christianisme et avec la culture moderne», le pape n’a pas mâché ses mots contre «certains milieux». Ceux-ci affirment, a-t-il expliqué, qu’il existe «un contraste entre la richesse et la profondeur des cultures précolombiennes et la foi chrétienne présentée comme une imposition extérieure ou une aliénation des peuples de l’Amérique latine».
«En vérité, a-t-il insisté, la rencontre entre ces cultures et la foi dans le Christ fut une réponse intérieurement attendue par ces cultures». Une rencontre qu’il ne faut pas renier, a estimé Benoît XVI, mais qu’il faut approfondir car elle «a créé la véritable identité des peuples» de ce continent.
Le grand crédit de l’Eglise catholique auprès des peuples latino-américains
A ses yeux, l’Eglise catholique est l’institution qui jouit du plus grand crédit de la part des peuples latino-américains. Qui a précisé qu’elle est active dans la vie des gens, estimée pour le travail qu’elle accomplit dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la solidarité envers les plus pauvres. Elle est également active dans les interventions de médiation qui lui sont souvent demandées lors de conflits intérieurs, a-t-il rappelé, invitant aussi les communauté chrétiennes, «devant les défis de ce moment historique», à consolider leur adhésion au Christ pour témoigner d’une foi mûre et pleine de joie.
En recevant les diplomates du Saint-Siège exerçant en Amérique latine, le pape a également souligné l’importance de leur service ecclésial, un travail qualifié par le pape de «délicat». Il a confié qu’il aurait la joie de se rendre sur le continent latino-américain, «si Dieu le veut», pour participer aux travaux du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), à Aparecida, au Brésil, en mai prochain.
Réunis au Vatican du 15 au 17 février, les 20 représentants pontificaux en Amérique latine ont préparé la 5e Assemblée générale des Conférences épiscopales d’Amérique latine de mai prochain. La réunion était présidée par le cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone. (apic/imedia/ami/be)



