Adhésion commune à l’avertissement de la shoah

Rome: Benoît XVI et Angela Merkel se sont téléphoné

Rome, 8 février 2009 (Apic) Le pape Benoît XVI et Angela Merkel ont évoqué par téléphone leurs déclarations respectives concernant l’extermination des juifs par les nazis, la shoah, a indiqué le Bureau de presse du Saint-Siège le 8 février Ils réagissaient ainsi aux propos négationnistes de l’évêque intégriste Richard Williamson, dont l’excommunication a été levée le 24 janvier 2009 par le pape.

Un second communiqué fait état d’une conversation téléphonique entre le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Tarcisio Bertone, et le président de la République italienne, Giorgio Napolitano, au sujet d’Eluana Englaro, dans le coma depuis 17 ans et dont l’alimentation a commencé à être diminuée le 6 février.

«Benoît XVI et la chancelière Angela Merkel, lors d’un échange téléphonique demandé par cette dernière, ont pu échanger leurs points de vue dans un climat de grand respect» et ont une fois encore fait référence aux déclarations faites respectivement par le pape à l’audience générale du 28 janvier et par la chancelière jeudi dernier, le 5 février.

Le porte-parole du Gouvernement fédéral allemand Ulrich Wilhelm et le Père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, ont affirmé «qu’il s’est agi d’un entretien cordial et constructif, marqué par l’adhésion commune et profonde à l’avertissement toujours valide de la shoah envers l’humanité».

Benoît XVI avait souhaité réaffirmer sa solidarité «pleine et indiscutable» avec ses «frères» juifs, lors de l’audience générale du 28 janvier 2009. Evoquant les camps dans lesquels avait eu lieu le massacre atroce de millions de juifs, le pape avait souhaité que la shoah soit «pour tous un avertissement contre l’oubli, la négation ou le réductionnisme». Une clarification alors jugée insuffisante par la chancelière allemande Angela Merkel.

Le Bureau de presse du Saint-Siège a en outre diffusé un communiqué évoquant la conversation téléphonique «courtoise» entre le président de la République italienne Giorgio Napolitano et le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Tarcisio Bertone, qui ont évoqué l’affaire Eluana Englaro, parmi d’autres sujets d’intérêt mutuel. Eluana Englaro est plongée depuis 1992 dans un état végétatif suite à un accident de la route.

Ne pas «introduire l’euthanasie en Italie par des chemins de traverse»

Le président Giorgio Napolitano avait annoncé son refus de signer un décret d’urgence de Silvio Berlusconi visant à empêcher le débranchement des tubes qui alimentent la jeune femme. Le président Napolitano a estimé que ce décret violait la séparation «fondamentale» des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire, car il va à l’encontre de décisions de justice. La famille d’Eluana Englaro a de son côté confirmé sa volonté de procéder au débranchement des tubes qui la maintiennent en vie. Le refus de Giorgio Napolitano a contraint le chef du gouvernement à choisir la voie plus longue du projet de loi voté par le Parlement.

Le Bureau de presse du Saint-Siège a fait part de son appréciation face à l’accélération donnée par le Parlement italien à l’approbation du décret de loi visant à arrêter la diminution progressive de l’alimentation d’Eluana Englaro. Son alimentation a commencé à être diminuée le 6 février 2009 et cette procédure qui se terminera par la mort est au coeur d’une polémique qui touche à la foi les autorités religieuses et politiques dans la péninsule.

Le 7 février, le cardinal Javier Lozano Barragan, président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, a fait part de sa déception face à la position du président de la République italienne, indiquant que «tout ce qui peut être fait pour sauver une vie et ne pas introduire l’euthanasie en Italie par des chemins de traverse doit être fait». JB/imedia

Encadré

Affaire Williamson: le pape rencontre jeudi des représentants juifs américains

Dans le cadre de l’»affaire Williamson», qui a gravement troublé les relations entre l’Eglise catholique et les représentants du monde juif, le pape Benoît XVI rencontra jeudi 12 février des importants représentants juifs américains. Cette rencontre était prévue de longue date. A la tête de la délégation de la «Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations» (CPMAJO) se trouvent Alan Solow et le rabbin originaire de Vienne Arthur Schneier. Benoît XVI avait été accueilli en avril de l’année dernière, lors de sa visite aux Etats-Unis, par le rabbin Schneier dans la synagogue de Park East à New York. Les milieux bien informés à Rome affirment que le pape va à cette occasion s’exprimer sur les dangers de la négation de l’holocauste. Le prix Nobel de la paix Elie Wiesel, un survivant des camps de la mort nazis d’Auschwitz et Buchenwald, a reproché au pape, en levant l’excommunication de l’évêque Williamson, d’avoir fourni de la crédibilité à «l’apparition la plus vulgaire de l’antisémitisme». JB/cic

Encadré

Allemagne: Mgr Robert Zollitsch en appelle à la solidarité avec le pape

Mgr Robert Zollitsch, président de la Conférence épiscopale allemande, en appelle à la solidarité avec le pape Benoît XVI, mis en cause dans l’affaire Williamson. L’archevêque de Fribourg-en-Brisgau a certes reconnu que dans les discussions avec la Fraternité sacerdotale St-Pie X il y avait encore besoin d’éclaircissements, relève la «Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung», mais en aucun cas, comme c’est devenu maintenant si fréquent, le pape ne mérite qu’on lui reproche d’avoir des «sentiments de restauration».

Benoît XVI a levé l’excommunication des quatre évêques traditionalistes pour empêcher une rupture définitive entre la communauté traditionaliste et l’Eglise, a-t-il souligné. Pour le pape, un tel schisme durant son pontificat est quelque chose qui ressemble à un cauchemar, a encore relevé le président de la Conférence épiscopale allemande.

Mgr Zollitsch a cependant renouvelé ses critiques à propos de la manière de procéder de la curie romaine. Il reproche aux autorités romaines de travailler chacune de leur côté, sans grande coordination entre les diverses instances. L’archevêque allemand doute également que la Fraternité St-Pie X reconnaisse le Concile Vatican II (1962-1965) JB/kna

Encadré

Allemagne: la majorité des catholiques critiquent la levée de l’excommunication

Selon un sondage publié dimanche 8 février par le journal allemand «Bild am Sonntag», la majorité des catholiques critiquent la levée de l’excommunication des quatre évêques traditionalistes qui avaient été au point de départ du schisme lefebvriste. Ainsi deux tiers des catholiques allemands estiment que la décision du pape de lever l’excommunication de Mgr Williamson, un évêque connu pour ses propos négationnistes, porte préjudice à l’Eglise. D’après l’Institut TNS Emnid à Bielefeld, qui a mené son enquête du 4 au 5 février auprès de 1’002 personnes, seules 28% des personnes interrogées pensent que cette affaire n’a pas nui à l’Eglise. Le sondage est paru avant que ne soit connue la dernière position de Mgr Williamson, qui refuse pour le moment de renier ses affirmations sur le nombre de juifs exterminés dans les camps d’extermination nazis, malgré une claire injonction du Vatican. Dans le magazine allemand Spiegel à paraître lundi 9 février, l’évêque intégriste d’origine britannique déclare: «Si je trouve des preuves, je rectifierai. Mais cela va prendre du temps».

D’après le sondage TNS Emnid, près de 56% des catholiques allemands estiment que le pape devrait excommunier à nouveau Mgr Williamson. Par contre, 33% d’entre eux pensent le contraire. La grande majorité des personnes interrogées – pour 92% d’entre elles! – sont d’avis que le pape ne doit pas démissionner. Seuls 5% des catholiques allemands sont d’un avis contraire.

Le Vatican avait affirmé la semaine dernière dans un communiqué que Richard Williamson devait «prendre sans équivoque et publiquement ses distances» avec ses déclarations sur l’extermination des juifs par les nazis avant d’être admis aux fonctions épiscopales dans l’Eglise catholique. Mais l’évêque âgé de 67 ans – qui a toujours nié l’existence des chambres à gaz et affirme que seuls 200’000 à 300’000 juifs ont péri dans les camps de concentration – n’a pas l’intention de s’amender à ce propos. Il continue également à exprimer ses critiques concernant le Concile Vatican II, estimant que c’est ce Concile qui a provoqué le «chaos théologique que nous avons aujourd’hui». (apic/imedia/cic/kna/be)

8 février 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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