La théologie de la libération au coeur du voyage du pape au Brésil
Rome: Benoît XVI face aux grands défis de l’Eglise latino-américaine
Pour l’Apic Antoine-Marie Izoard, Imedia
Rome, 4 mai 2007 (Apic) Du 9 au 14 mai, Benoît XVI se rendra au Brésil, le pays le plus grand et le plus peuplé d’Amérique latine, à l’occasion du 6e déplacement à l’étranger de son pontificat. Il s’agira de son premier déplacement hors d’Europe. En choisissant d’aller ouvrir, en personne, les travaux de la 5e Conférence générale du Conseil épiscopal latino-américain (Celam) à Aparecida, le pape souhaite encourager les évêques d’un continent très catholique mais menacé, entre autres, par l’expansion des sectes et le sécularisme.
A lui seul, le continent latino-américain rassemble près de la moitié des catholiques de la planète, soit près de 500 millions de fidèles. Jean Paul II l’avait qualifié à de nombreuses reprises de «continent de l’espérance». Pour autant, l’Eglise y est confrontée à des défis majeurs que Benoît XVI lui-même a récemment énumérés, en recevant les nonces apostoliques de ce vaste territoire. Il avait alors évoqué le sécularisme et les menaces à l’égard de la famille ou de la liberté religieuse, ainsi que le «prosélytisme des sectes». Le pape avait parlé des défis que l’Eglise rencontre dans cette région «intégrée dans les dynamiques mondiales et de plus en plus conditionnée par les effets de la mondialisation».
Une prise de parole attendue
Dans le sanctuaire marial d’Aparecida, lieu d’expression par excellence de la piété populaire latino-américaine, le pape devrait tracer les lignes directrices de l’action à venir de l’Eglise et des évêques du continent. Après sa création par Pie XII en 1955, le Celam, organe permanent de coordination pastorale, a toujours reçu la visite des papes. Paul VI s’est ainsi rendu à Medellin (Colombie) en 1968 pour la 2e conférence du Celam. Jean Paul II a effectué, en 1979, son premier voyage à l’étranger au Mexique pour la conférence de Puebla, et s’est aussi rendu à celle de Saint-Domingue en 1992.
La 5e Conférence générale de l’épiscopat latino-américain verra la participation de quelque 160 cardinaux et évêques ainsi que d’une centaine d’invités et d’observateurs autour du thème : «Disciples missionnaires de Jésus-Christ afin que nos peuples aient la vie en Lui». Benoît XVI devrait y inviter les fidèles latino-américains, comme il l’a anticipé lors de l’audience générale du 2 mai, à «évangéliser leurs frères par la parole divine et le témoignage de leur propre vie».
Si le pourcentage des catholiques est encore très élevé dans la majeure partie des pays du continent, l’Eglise doit faire face à la concurrence croissante des nouvelles Eglises venues d’Amérique du nord et des sectes. Au Brésil, l’Eglise catholique perd actuellement chaque année 1 % de ses fidèles. Ceux-ci partent vers des mouvements évangéliques ou des sectes extrêmement prosélytes.
Avant d’être pape, au coeur des années 1980, Benoît XVI a longtemps été en première ligne dans la lutte contre la Théologie de la libération qui défendait «l’option préférentielle pour les pauvres». Le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait condamné ses emprunts faits à la philosophie marxiste et tenté de recentrer les aspirations des peuples sud-américains autour de la doctrine sociale de l’Eglise. Ses propos sont aujourd’hui attendus par ceux qui n’ont pas abandonné ce courant sur place et jugent que l’épiscopat du continent a laissé de côté les questions sociales. Sans surprise, Benoît XVI devrait rappeler qu’il ne revient pas aux ecclésiastiques d’être à la tête de groupes sociaux ou politiques, mais qu’il s’agit du rôle de laïcs dûment formés.
Les grands rendez-vous
Outre l’ouverture des travaux de la Conférence du Celam, le 13 mai, quelques grandes étapes marqueront ce voyage de Benoît XVI au sud-est du Brésil. Parmi elles, le 10 mai, une rencontre avec les jeunes Brésiliens à Sao Paolo et, le lendemain, la canonisation du premier saint local, le frère Antonio de Sant’Anna (1739-1822). Plus d’un million de fidèles sont attendus pour cette messe dans la plus grande ville du pays. Le 12 mai, le pape visitera la «Fazenda da Esperança», la ferme de l’espoir. Cette institution assiste les jeunes victimes de la drogue, de l’alcoolisme ou en situation d’exclusion.
La rencontre du pape avec le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, le 10 mai, revêt également de l’importance, même si aucun discours n’est prévu à cette occasion. «Lula», ancien ouvrier métallurgiste et syndicaliste, dirige le pays depuis octobre 2002. Celui qui avait reçu, lors de son élection, le soutien du célèbre théologien de la libération Leonardo Boff, est le symbole d’un continent qui, avec la fin des dictatures, a sensiblement «viré à gauche».
Face aux immenses défis du continent latino-américain, Benoît XVI devrait tenter, lors de son voyage, de rapprocher les partisans de l’engagement social au service des plus pauvres et ceux d’une évangélisation massive où tous les moyens sont bons, y compris les grands shows à l’américaine. Le cardinal brésilien Claudio Hummes, préfet de la Congrégation pour le clergé et ancien archevêque de Sao Paolo, juge que, dans un continent très religieux où les fidèles font preuve d’une foi simple, le pape devrait inciter l’Eglise à entreprendre une mission plus forte et décisive.
Benoît XVI, qui s’est déjà rendu deux fois dans son pays natal, l’Allemagne, ainsi qu’en Pologne, en Espagne et en Turquie, effectuera son premier voyage outre-atlantique, accomplissant ainsi un aller-retour de près de 19’000 km. Sur place, son séjour durera 4 jours. Il devrait prononcer une dizaine de discours ou homélies. Son prédécesseur, Jean Paul II, s’était rendu au Brésil à quatre reprises : en 1980, 1982, 1991 et 1997. (apic/imedia/js)



