Le pape rappelle le caractère sacré du mariage
Rome: Benoît XVI invite le tribunal de la Rote romaine à lutter contre la crise du mariage
Rome, 28 janvier 2007 (Apic) Le pape Benoît XVI a rappelé samedi le caractère sacré et indissoluble du mariage pour l’Eglise, soulignant que son annulation devait rester une exception, lors d’une audience avec les membres du tribunal de la Rote romaine pour l’inauguration de l’année judiciaire.
Benoît XVI a invité les juges du tribunal de la Rote romaine à lutter contre la crise du mariage et à ne pas se laisser tenter par les sirènes du relativisme dans leurs déclarations de nullité de mariage. Devant les 20 auditeurs, officiers et avocats du tribunal de la Rote romaine qu’il recevait en audience le 27 janvier 2007, à l’occasion de la traditionnelle inauguration de l’année judiciaire, le pape a ainsi rappelé avec fermeté l’indissolubilité des liens du mariage entre un homme et une femme.
Revenant sur «la crise du sens du mariage», Benoît XVI a souhaité que ces juges, qui ont en charge les procès en nullité de mariage, se souviennent que le mariage repose sur «des liens conjugaux indissolubles». Pour le pape, il ne s’agit pas «d’un idéal auquel ne pourraient être obligé les ’chrétiens normaux’».
«L’expression ’vérité du mariage’ perd un relief existentiel dans un contexte culturel marqué par le relativisme et le positivisme juridique, qui considère le mariage comme une simple formalisation sociale des liens affectifs», a-t-il remarqué. Le mariage se présenterait alors comme «une superstructure légale que la volonté humaine pourrait manipuler à volonté, le privant de sa nature hétérosexuel».
«De fait, s’est diffusée dans certains milieux ecclésiastiques la conviction selon laquelle le bien pastoral des personnes en situation matrimoniale irrégulière exigerait une sorte de régularisation canonique, indépendante de la validité ou de la nullité de leur mariage, indépendant donc de la vérité autour de leur condition personnelle», a regretté le pape.
Réagir
«Le chemin de la déclaration de nullité de mariage vient de fait à être considéré comme un instrument juridique pour rejoindre un tel objectif, selon une logique dont le droit devient la formalisation des prétentions subjectives», a poursuivi Benoît XVI. Face «à cette tendance, il convient de réagir avec courage et confiance» et «de ne pas se laisser séduire par les voies interprétatives qui impliquent une rupture avec la tradition de l’Eglise» et cherchent «à dissimuler une contrefaçon de la réalité conjugale».
Pour Benoît XVI, il faut rappeler «l’authentique anthropologie juridique du mariage». «Chaque mariage est certainement le fruit du libre consentement de l’homme et de la femme, mais leur liberté traduit en acte la capacité naturelle inhérente à la masculinité et à féminité».
«L’union advient en vertu du dessin de Dieu lui-même, qui a créé les hommes et les femmes et leur a donné le pouvoir d’unir pour toujours ces dimensions naturelles et complémentaires de leurs personnes», a insisté le pape. «Les contractants doivent s’engager définitivement parce que le mariage est tel dans le dessin de la Création et de la Rédemption. La juridiction essentielle du mariage réside justement dans ce lien qui pour l’homme et la femme représente une exigence de justice et d’amour auquel, pour leur bien et pour celui de tous, ils ne peuvent se soustraire sans contredire ce que Dieu lui-même a fait en eux».
Ainsi, «face au relativisme suggestif et libertaire de l’expérience sexuelle, la tradition de l’Eglise affirme nettement le caractère naturellement juridique du mariage, c’est-à-dire son appartenance par nature au champ de la justice dans les relations interpersonnelles».
C’est pourquoi pour «dépasser la crise du sens du mariage dans l’Eglise et dans la société civile», la contribution et la responsabilité des tribunaux ecclésiastiques «qui pourrait sembler à certains plus ou moins secondaires et rétrogrades» est essentielle pour faire «entendre la vérité de façon particulière à notre époque», a conclu le pape.
Demandes croissantes en annulation
Le Tribunal de la Rote romaine forme, avec la Pénitencerie apostolique et le Tribunal suprême de la signature apostolique, ce que l’on appelle les «Tribunaux du Saint-Siège», à ne pas confondre avec les tribunaux de l’Etat de la Cité du Vatican. Le Tribunal de la Rote romaine doit en particulier juger en appel les demandes de reconnaissance de nullité de mariage, jugées en première instance par les tribunaux diocésains.
En 2005, selon le bilan de l’année judiciaire du tribunal, 1679 demandes d’annulation de mariage ont été déposées auprès du tribunal, qui en a prononcé 69. En dix ans, les demandes en annulation de mariage ont doublé. En 1996, les juges de la Rote avaient à juger 814 causes.
L’Italie reste le pays le plus pourvoyeur en demandes d’annulation, avec 128 causes, suivi par les Etats-Unis (38 causes), la Pologne (19 causes), le Liban (12 causes) et la Slovaquie (12 causes).
Les raisons qui peuvent conduire à une annulation
Parmi les raisons qui ont conduit à une annulation de mariage, de nouveaux cas ont été présentés aux juges en 2005: la trop grande dépendance de l’un des conjoints à ses parents, la drogue ou l’alcoolisme, ou encore l’aversion pour le sexe ou des déformations génitales. Ces arguments peuvent conduire à l’annulation canonique d’une union.
La durée moyenne d’un procès est d’environ 2 ans. La rote est le seul tribunal ecclésiastique de 3e instance. Il est relayé par 3’000 tribunaux de 1e et de 2de instance dans le monde. Une personne peut cependant faire directement appel à la Rote après un jugement affirmatif ou négatif en première instance. Une demande d’annulation commence toujours auprès des tribunaux diocésains. Seuls les princes et chefs d’Etat ont le droit d’en appeler directement à la Rote romaine pour faire annuler leur mariage, afin qu’ils ne puissent exercer aucune pression sur les tribunaux ecclésiastiques locaux. (apic/imedia/hy/pr)



