Relations tendues entre le Saint-Siège et le gouvernement Zapatero

Rome: Benoît XVI recevra le 5 septembre en audience le roi et la reine d’Espagne

Rome, 2 septembre 2005 (Apic) Le roi Juan-Carlos d’Espagne et la reine Sofia seront pour la première fois reçus en audience par Benoît XVI le 5 septembre à 11h à Castel Gandolfo. Depuis sa restauration en 1975, la couronne espagnole entretient d’excellentes relations avec le Saint-Siège, mais les rapports avec le gouvernement espagnol se sont tendus depuis l’élection du premier ministre José-Luis Zapatero.

Le gouvernement met en oeuvre un programme jugé «laïciste» par le Vatican. Et l’épiscopat espagnol, soutenu par Jean Paul II puis par Benoît XVI, a fermement combattu la loi sur le mariage homosexuel adoptée le 30 juin dernier.

Après son accession au pouvoir lors du retour de la monarchie en Espagne (22 novembre 1975), Juan-Carlos et son épouse Sofia avaient été reçus en audience par Paul VI en février 1977. Par la suite, le couple royal accueillit Jean Paul II lors de ses cinq voyages apostoliques en Espagne, en 1982, 1984, 1989, 1993 et 2003. Au Vatican, le pape polonais les reçut en octobre 1998 puis, une dernière fois le 28 novembre 2000, à l’occasion du grand jubilé de l’an 2000 et des 25 ans de règne du souverain espagnol. Jean Paul II reçut aussi en juin 2004 le couple héritier, Felipe et Letizia de Bourbon, un mois après leur mariage.

Le roi, chef de l’Etat espagnol, accompagné de sa femme, était présent aux funérailles de Jean Paul II le 8 avril 2005. Le couple royal a aussi assisté à la messe d’inauguration du pontificat de son successeur, Benoît XVI, le 24 avril dernier. Et le 29 mai dernier, l’archevêque de Valence, Mgr Agustin Garcia-Gasco, a affirmé que la première visite de Benoît XVI en Espagne pourrait s’effectuer lors de la 5e rencontre mondiale de la famille qui se déroulera dans sa ville du 4 au 9 juillet 2006.

Désaccord avec la politique de Zapatero

Bénéficiant d’un concordat depuis 1953, l’Eglise espagnole avait de bonnes relations avec le gouvernement de José Maria Aznar (1996-2004). Le premier ministre espagnol catholique avait été reçu quatre fois au Vatican. Aujourd’hui, la Conférence épiscopale de la péninsule est en profond désaccord avec la politique du gouvernement menée par le premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero, élu le 14 mars 2004. Le candidat du Parti socialiste espagnol (PSOE), qui a battu contre toute attente José-Maria Aznar, du Parti populaire (PP), a rapidement mis en oeuvre son programme électoral : simplification du divorce, suppression du caractère obligatoire de l’enseignement religieux, recherche sur les cellules souches et légalisation du mariage homosexuel, avec la possibilité donnée aux partenaires de même sexe d’adopter des enfants.

Le nouveau premier ministre espagnol a également promis la libéralisation de l’avortement et de la fécondité assistée, la légalisation de l’euthanasie, la recherche sur le clonage thérapeutique et la suppression des aides aux écoles privées catholiques prévues dans un accord obtenu par le Vatican en 1979.

L’année 2004 a donné lieu à de vifs échanges entre le gouvernement espagnol et l’épiscopat local, appuyé par Jean Paul II à plusieurs reprises. «J’espère vivement que votre engagement personnel comme celui du gouvernement, (.) en vue de l’évolution moderne de l’Espagne (.), tienne compte des valeurs éthiques enracinées dans la tradition religieuse et culturelle de la population», avait déclaré Jean Paul II à José Luis Rodriguez Zapatero en le recevant en audience du 21 juin 2004. Le pape avait aussi rappelé l’importance des valeurs du mariage, de la famille et de la vie dans une Espagne fortement marquée par son héritage catholique, en recevant Jorge Dezcallar de Mazarredo, nouvel ambassadeur d’Espagne près le Saint-Siège, le 18 juin 2004.

Idéologie du laïcisme dénoncée

Le 24 janvier 2005, devant les évêques espagnols en visite ad limina, Jean Paul II a ouvertement soutenu le combat des évêques d’Espagne dénonçant «le laïcisme», comme une «idéologie qui mène graduellement, de manière plus ou moins consciente, à la restriction de la liberté religieuse». En réaction, le gouvernement espagnol a convoqué le nonce apostolique, lui faisant part de sa «surprise».

Les relations alors très tendues se sont apaisées en mars 2005, lorsque l’évêque de Bilbao Ricardo Blasquez, qui se disait plus favorable à une reprise du dialogue avec le gouvernement, a été élu à la tête de la Conférence épiscopale d’Espagne, à la suite du cardinal Rouco Varela, archevêque de Madrid.

Mais le projet de loi autorisant le mariage homosexuel et la possibilité pour eux d’adopter des enfants a suscité une très ferme opposition de la part de l’Eglise catholique espagnole. Elle a ouvertement demandé à ses fidèles de combattre cette loi, et soutenu une manifestation en ce sens, le 18 juin 2005. En tête de cortège, se trouvait une vingtaine d’évêques, dont l’archevêque de Madrid, le cardinal Antonio Maria Rouco Varela. Ce dernier a rappelé le «droit inaliénable à l’objection de conscience», appuyé à Rome par le cardinal colombien Alfonso Lopez Trujillo, président du Conseil pontifical de la Famille. Dans une interview donnée au quotidien italien Corriere della Sera le 22 avril 2005, il invitait «tous les chrétiens à s’opposer à cette loi injuste», recourant à «l’objection de conscience», fût-ce au risque «de payer le prix le plus élevé, incluant aussi la perte de l’emploi». Pour sa part, le roi Juan- Carlos a dit ne pas vouloir faire appel au droit d’objection de conscience.

Dans la matinée du 30 juin 2005, les députés espagnols ont définitivement adopté le projet de loi autorisant le mariage homosexuel, faisant de l’Espagne le quatrième pays à reconnaître le droit au mariage entre personnes de même sexe après la Belgique, les Pays-Bas et le Canada.

Elu en avril 2005, Benoît XVI a continué de soutenir le combat de l’Eglise espagnole. Ainsi, le 6 juin, il a dénoncé le mariage homosexuel comme «expression d’une liberté anarchique», et invité les catholiques espagnols à poursuivre leur engagement dans la société en recevant, le 4 juillet, un groupe de pèlerins madrilènes accompagnés de leur archevêque, le cardinal Rouco Varela. (apic/imedia/gt/bb)

2 septembre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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