La grande dette de l’Eglise envers les femmes
Rome: Benoît XVI veut donner plus de responsabilités aux femmes dans l’Eglise
Rome, 5 mars 2006 (Apic) Le pape veut donner davantage de place aux femmes dans l’Eglise, mais le ministère sacerdotal restera réservé aux hommes. Il a en effet estimé qu’il était légitime de donner plus de responsabilités aux femmes, en recevant vendredi le clergé romain au Vatican.
Répondu aux multiples questions de 15 prêtres, le pape s’est arrêté particulièrement sur les thèmes de la culture de la vie, de la famille, de la jeunesse, du sens de la prêtrise, de la formation des séminaristes, du dialogue avec les orthodoxes ou encore sur les problématiques du continent africain.
Benoît XVI, qui recevait jeudi quelque 500 prêtres du diocèse de Rome dans la salle des bénédictions, a commenté en italien les interventions des prêtres, lui ayant tour à tour soumis diverses réflexions et questions. La rencontre s’est tenue en privé et les propos du pape n’ont été publiés par la Salle de presse du Saint-Siège que le lendemain.
Une participation «vraie et profonde au gouvernement de l’Eglise»
«L’Eglise a une grande dette de remerciement envers les femmes», a déclaré le pape, interrogé sur leur mission par le vicaire de l’église Saint-Jérôme de Rome. «Vous avez souligné avec justesse que, au niveau charismatique, les femmes font beaucoup, j’oserais dire, pour le gouvernement de l’Eglise, à commencer par les religieuses, par les soeurs des grands Pères de l’Eglise (.) jusqu’à Mère Teresa». Si ce domaine charismatique se distingue certainement du domaine ministériel dans le sens strict du mot, il s’agit cependant «d’une participation vraie et profonde au gouvernement de l’Eglise», a estimé le pape.
«Disons que la question est celle-ci, a résumé Benoît XV: le ministère sacerdotal du Seigneur est, comme nous le savons, réservé aux hommes dans la mesure où le ministère sacerdotal est gouvernement, dans le sens profond où, en définitive, il est le sacrement qui gouverne l’Eglise».
Il a cependant estimé juste de se demander si aussi dans le service ministériel, on ne peut pas offrir plus d’espace, plus de positions de responsabilités aux femmes, a alors affirmé Benoît XVI. Dans une note approuvée par Jean Paul II et signée le 17 septembre 2001 par trois cardinaux, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait écrit qu’il n’était «pas permis de proposer des initiatives qui, de quelque manière que ce soit, visaient à préparer des candidates à l’ordination diaconale», ces initiatives étant dépourvues de fondement doctrinal.
Davantage de femmes dans les dicastères du Vatican ?
Il avait cependant affirmé que la promotion authentique de la femme dans l’Eglise, en conformité avec le magistère de l’Eglise, ouvrait d’autres perspectives de service et de collaboration, comme par exemple la présence dans les dicastères du Vatican.
Par ailleurs, Benoît XVI, dans sa longue intervention, a parlé des mères de famille. Il a demandé aux prêtres de leur dire qu’il les remerciait parce qu’elles ont donné la vie et aussi «parce qu’elles veulent aider cette vie qui croît et qu’elles veulent ainsi construire un monde humain, contribuant à un avenir humain».
Benoît XVI a ainsi abordé à plusieurs reprises le sujet de la vie, condamnant la culture de la mort. Qualifiant l’Encyclique «Evangelium Vitae» de Jean Paul II, de «portrait des problèmes de la culture actuelle, de ses espérances et de ses dangers», il a expliqué qu’elle montrait qu’une société qui oublie Dieu, voire qui l’exclut justement pour avoir la vie, tombe en réalité «dans une culture de mort».
L’option chrétienne, c’est l’option du «oui à la vie»
«L’option chrétienne est, au fond, très simple: c’est l’option du ’oui’ à la vie», a-t-il alors affirmé. Le pape est aussi largement revenu sur le thème de la famille, «cellule fondamentale de toute société saine». Soulignant avec regret que l’institution du mariage était fortement menacée dans plusieurs endroits du monde, notamment en Occident, il a jugé que l’Eglise devait aider les familles.
«Seule la foi dans le Christ et la coparticipation à la foi de l’Eglise sauve la famille et, d’autre part, l’Eglise ne peut vivre que si la famille est sauvée», a alors lancé le pape. Il a ainsi encouragé les prêtres «à favoriser la famille», notamment à travers les catéchèses familiales et la prière en famille.
Benoît XVI a aussi réagi sur le thème de la jeunesse, estimant que cette jeunesse, qui cherche dans les discothèques à être plus proche, souffre en réalité d’une grande solitude, et naturellement, aussi d’incompréhension. En effet, estime-t-il, les pères sont en grande partie absents de la formation de la famille et les mères doivent aussi travailler à l’extérieur. «La communion entre eux est très fragile», chacun vivant dans «son monde», a aussi argumenté le pape.
Le pape s’est aussi arrêté longuement sur la pastorale et sur la mission des prêtres. Il a insisté sur le fait qu’ils devaient toujours être en dialogue avec Dieu, les a invités à être toujours plus en communion dans l’Eglise et les a encouragés «à devenir toujours plus simples».
Les relations restent difficiles avec les orthodoxes
En outre, le pape, sur le dialogue avec les orthodoxes et plus généralement le dialogue oecuménique, a affirmé l’importance de l’ouverture des chrétiens. «Justement dans les rapports avec les orthodoxes, je vois combien les relations personnelles sont fondamentales», a commenté Benoît XVI. «Nous sommes en grande partie unis sur toutes les choses fondamentales» en matière doctrinale, mais il semble cependant «très difficile de faire des progrès» sur ce plan, a-t-il aussi regretté.
Le Souverain pontife a encore longuement parlé du continent africain et de ses difficultés. Soulignant avec satisfaction qu’il y avait là-bas des évêques «zélés», cultivés et bien formés, il a cependant regretté que le mariage chrétien «définitif» soit peu pratiqué par les Africains. Il a aussi remis en perspective l’histoire du continent, qui continue, selon lui, à souffrir des conséquences de la colonisation européenne.
L’Afrique est toujours victime d’abus
«L’Afrique continue en grande partie à être l’objet d’abus de la part des grandes puissances et beaucoup des conflits n’auraient pas pris cette forme s’il n’y avait pas derrière» leurs intérêts en jeu, a dénoncé le pape. Il a ainsi souligné que ce continent avait besoin de «notre aide fraternelle». Néanmoins, Benoît XVI a estimé que l’Eglise catholique y jouait un grand rôle d’unité et que l’Afrique était un continent «de grande espérance» et «de grande foi». (apic/imedia/ar/be)




