Godfried Danneels: peu efficace mais audacieux
Rome: Bilan du consistoire avec les cardinaux Billé, Lustiger et Danneels
Rome, 24 mai 2001 (APIC) L’heure des bilans a sonné alors que le consistoire extraordinaire convoqué par Jean Paul II s’est conclu le 24 mai. Trois cardinaux ont accepté de tracer un premier portrait de ce consistoire. Pour le cardinal Louis-Marie Billé, les sujets traités «rejoindront forcément les préoccupations des chrétiens». Le cardinal Jean-Marie Lustiger a vécu «une expérience extraordinaire», et le cardinal Godfried Danneels, bien que jugeant ce consistoire «peu efficace», a été «surpris par l’audace de certains membres de la curie».
S’adressant à une poignée de journalistes français le 24 mai, le cardinal Louis-Marie Billé, archevêque de Lyon et président de la Conférence épiscopale de France, s’est tout d’abord déclaré satisfait par la «véritable franchise dans les propos».
«Pour ce qui est du caractère opérationnel», il est «plus nuancé». «Même si l’on sent, a-t-il affirmé, une expérience personnelle et pastorale derrière chacune des interventions des cardinaux, il ne faut pas attendre d’un rassemblement comme celui-ci des résultats concrets immédiats». Le cardinal Louis-Marie Billé a cité l’exemple d’un autre cardinal qui souhaite créer un «directoire de la nouvelle évangélisation». «Combien d’années faudra-t-il pour y parvenir?», s’est interrogé l’archevêque de Lyon.
Pour lui, «les thèmes qui ont été les plus évoqués par les cardinaux sont ceux du chemin de sainteté à promouvoir, de l’annonce du Christ, de la nouvelle évangélisation, du dialogue interreligieux et de l’œcuménisme». «Concernant le dialogue interreligieux, c’est un sujet qui, a-t-il affirmé, s’il n’est pas forcément directement opératoire, rejoint directement les réalités de la vie de l’Eglise. Les cardinaux ont ainsi insisté sur le fait que ce dialogue doit s’accompagner de la mission. En effet, a insisté le cardinal Billé, c’est au cœur de sa foi que le chrétien trouve les sources d’un vrai dialogue».
Sur l’activité au Vatican, il a affirmé que «les cardinaux ont tous reconnu que si le travail de la curie se passe bien, s’il y a une bonne collaboration, une bonne coopération entre eux ainsi qu’une réelle attention portée aux Eglises locales, ce sera au bénéfice de tous». Quant à une réforme de l’organisation du synode, il s’inscrit parmi ceux qui «souhaitent une révision des méthodes d’organisation du Synode», même si «la formule actuelle a quelques avantages». «Durant les synodes, a-t-il affirmé, on élabore trop peu, on construit trop peu». Pour le cardinal Billé, «des débats comme celui du consistoire peuvent paraître frustrants et décevants vus de l’extérieur, il ne faut pas s’en cacher». «Les sujets ne sont pas toujours opératoires, a-t-il précisé, mais il rejoignent toujours, à plus ou moins long terme, les préoccupations concrètes des chrétiens».
Faire connaissance après les «papables»
«Le consistoire a été l’occasion de mieux connaître mes collègues», a-t-il conclu. «Si j’ai l’occasion de participer un jour à l’élection d’un pape il n’y a rien d’incongru à le dire, même si ce n’est pas dans l’actualité il faut que je connaisse les autres cardinaux». Le cardinal a ainsi affirmé avoir pris «du temps avec certains d’entre eux durant les repas», mais que son «tiercé n’est pas encore fait», et qu’il «espère avoir encore bien du temps» devant lui pour y penser.
Pour le cardinal Jean-Marie Lustiger, «ce consistoire a été une expérience extraordinaire, car il a rassemblé des cardinaux très différents mais qui ont eu un langage commun». Le premier résultat pour lui, est «une découverte mutuelle». «Les phénomènes habituels de parlement ne se sont pas produits, a-t-il affirmé, les discussions étaient claires et franches». C’est pour lui, «un signe de santé». «Il y a des divergences dans les opinions, elles sont inévitables, mais notre collège les a portées et affrontées», a précisé l’archevêque de Paris.
Les cardinaux, a-t-il poursuivi, ont tous fait le constat «que le message de l’Eglise va à contre courant de la société. S’agit-il de se mettre à la mode? Tous, du plus simple au plus savant, ont décidé d’être des veilleurs. Nous sommes responsables d’une part d’humanité. Si nous, qui sommes totalement libres de toute pression, nous ne pouvons pas porter un regard critique, alors qui le fera ?», a conclu le cardinal Lustiger.
«Petits reportages locaux» et «belles homélies de circonstances»
La veille, le 23 mai, le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, s’était adressé à quelques journalistes avant de prendre son avion vers la Belgique, alors que les autres cardinaux écoutaient la relation finale du consistoire.
«Certains cardinaux ont fait des petits reportages sur leur Eglise locale et d’autres de très belles homélies de circonstances, ce n’est pas ce que nous attendions» a-t-il affirmé, tout en précisant que des points fondamentaux ont pu être abordés comme la nécessité de «remettre du contenu dans les sacrements face à un monde qui ne veut plus qu’une sorte de religion naturelle».
Le cardinal s’est aussi montré «heureusement surpris» par certains cardinaux de la curie qui se sont montrés «audacieux». «Certains cardinaux de la curie, a-t-il ainsi affirmé, ont demandé une certaine décentralisation dans les procédures de nomination des évêques ou dans le domaine de l’administration judiciaire». «Ils ont aussi mis le doigt avec courage, a-t-il poursuivi, sur des problèmes de fonctionnement et de communication». (apic/imed/bb)



