Dégel des relations entre orthodoxes russes et catholiques?

Rome: Boris Eltsine attendu au Vatican par Jean Paul II le 10 février

Rome, 8 février 1998 (APIC) Le président Russe Boris Eltsine rencontrera pour la seconde fois Jean Paul II au Vatican le 10 février à 17h30. Si aucun contentieux réel n’oppose le Vatican et la Russie, ce rendez-vous s’inscrit toutefois dans le contexte des relations très tendues entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe russe. Certains observateurs estiment que cette visite pourrait contribuer à un dégel de ces relations religieuses. Mais, de source vaticane, on ne s’attend pas à un miracle.

Le Vatican a confirmé, le 6 février, le rendez-vous entre Boris Eltsine – en visite en Italie du 9 au 12 février – avec Jean Paul II. Habituellement, le pape reçoit le matin et les observateurs ont noté ce fait inhabituel. Il est vrai que la première rencontre entre les deux hommes, le 20 décembre 1991, avait duré une heure et cinq minutes. A cette occasion le pape avait nettement insistéé sur la question de la liberté religieuse en Russie.

Cette fois «on parlera forcément de la situation de l’Eglise en Russie, avance une source vaticane très autorisée, et donc de la loi sur la liberté religieuse» adoptée par le Parlement russe en septembre 1997.

Cette même source indique que l’attitude du président Eltsine a été «appréciée» à cette occasion par le Vatican. En effet, Boris Eltsine avait opposé son veto – après avoir reçu une lettre de Jean Paul II et d’autres personnalités en ce sens – à une première mouture de la loi, alors très défavorable à l’Eglise catholique.

La seconde et définitive version a permis de réintégrer «le christianisme» dans son ensemble et pas seulement «l’orthodoxie», comme l’une des religions «traditionnelles» de Russie autorisées à déployer un culte en ce pays.

Une modification qui a calmé les fortes inquiétudes des catholiques qui se seraient trouvés hors la loi du jour au lendemain, mais qui n’a pas rassuré totalement le Vatican. En effet, on estime à Rome que le vri problème est dans l’application de cette loi, confiée aux autorités locales, qui pourront se montrer plus ou moins souples.

Le rendez-vous annulé de Vienne

Avec 300’000 fidèles (un tiers vit à Moscou), 96 paroisses dont la moitié sans église et 144 prêtres dont seulement six russes, l’Eglise catholique est ultra minoritaire dans un pays de 147 millions d’habitants dont un peu moins de la moitié (60 millions) sont orthodoxes.

L’un des points de fixation est l’Ukraine (qui dépend du Patriarcat de Moscou). Dans ce pays, la résurgence, après la chute du mur de Berlin, de l’Eglise Gréco-catholique (dite ’uniate’ en raison de sa volonté farouche d’union à Rome) qui avait été annexée à l’orthodoxie par le pouvoir communiste, a été perçue par l’orthodoxie, comme une agression romaine.

Le soutien marqué de Rome pour cette Eglise gréco-catholique, ajouté à l’établissement d’une hiérachie catholique en Russie au début des années 90, sans consultation préalable des instances orthodoxes, ont fini par fâcher ces dernières et geler un dialogue oecuménique pourtant patiemment construit depuis le Concile Vatican II.

Plusieurs réunions et plusieurs textes (Balamand au Liban en 1993 – Bari en Italie en 1997) ont tenté de résoudre la question, mais le climat de confiance n’a pas été encore rétabli. Preuve en est l’annulation éclatante, par Moscou, d’une rencontre entre le Patriarche de Moscou Alexis II et Jean Paul II, qui devait avoir lieu près de Vienne (Autriche) en juin 1997.

Visite à Moscou?

Boris Eltsine et Jean Paul II parleront sans aucun doute de cette crise même si, souligne-t-on au Vatican, il n’est pas du ressort du président russe de régler des affaires religieuses. C’est aussi pour cette raison que l’on ne s’attend pas au Vatican à un miracle à l’occasion de cette visite.

Reste que la forte amitié qui lie l’actuel Patriarche de Moscou, Alexis II et Boris Eltsine est de notoriété publique. Elle pourrait peut-être jouer un rôle. Boris Eltsine, en particulier depuis ses graves incidents de santé, mais aussi pour d’évidentes raisons politiques, a opéré un spectaculaire rapprochement vers la religion orthodoxe.

Dans ce contexte personnel, mais aussi structurel et politique, le président russe ne peut venir rencontrer le pape sans en informer le patriarche de Moscou. Certains observateurs avancent même que Boris Eltsine pourrait être porteur, le 10 Février, d’un message d’Alexis II pour le pape. Mais on doute de cette hypothèse au Vatican car, remarque-t-on, les canaux de communication fonctionnent bien malgré la crise entre les deux Eglises.

Après la loi sur la liberté religieuse et la tension orthoxo-catholique, un troisième élément forme le contexte de la rencontre entre Jean Paul II et Boris Eltsine : l’invitation du pape à Moscou. Posée formellement par Mikhail Gorbatchev, cette invitation n’avait pas été réitérée pour cette raison par Boris Eltsine en 1991, expliquant, à l’époque, qu’elle était toujours valable.

Boris Eltsine reposera-t-il, le 10 février prochain, le geste de son prédécesseur? Au Vatican, sept mois après l’annulation par les orthodoxes de la rencontre de Vienne entre Jean Paul II et Alexis II, on est réservé sur cette hypothèse. On rappelle que toute invitation du pape dans un pays ne vient pas seulement des autorités politiques, mais principalement des autorités religieuses. On considère surtout que les conditions pour réaliser un tel projet ne sont pas aujourd’hui réunies. (apic/imed/pr)

8 février 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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