Oecuménisme : réponse uniforme impossible, dit le cardinal Kasper

Rome : Catholicité et oecuménisme sont les deux faces de la même médaille

Rome, 11 novembre 2004 (Apic) Catholicité et oecuménisme sont les deux faces de la même médaille, a estimé mercredi le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. A propos des perspectives du mouvement oecuménique, le cardinal Kasper a relevé qu’une réponse « uniforme est impossible ».

Le cardinal Kasper s’exprimait sur « les progrès et les défis actuels du dialogue oecuménique », en présentant à la presse la Conférence sur l’oecuménisme organisée par son dicastère du 11 au 13 novembre 2004 à Rocca di Papa, au sud est de Rome.

« Catholicité et oecuménisme sont les deux faces de la même médaille », a déclaré le cardinal. L’oecuménisme n’est ni « quelque chose de secondaire », « un appendice de la mission et de la pratique pastorale de l’Eglise », ni « une forme de diplomatie ecclésiastique », a-t-il rappelé, mais « un processus spirituel, une aventure de l’Esprit ». « L’une des racines de l’oecuménisme est la prise de conscience que la division des chrétiens est l’un des obstacles les plus graves à l’évangélisation, à laquelle nous sommes aujourd’hui appelés. Nous ne pouvons nous engager pour la paix dans le monde si nous ne nous engageons pas simultanément pour l’unité et la paix entre les chrétiens », a-t-il encore affirmé.

« Nous ne considérons plus les autres chrétiens comme des ennemis ou des étrangers, mais nous voyons en eux des frères et soeurs », a poursuivi le prélat allemand. « Avec le dialogue, notre propre identité se renforce et s’enrichit », a-t-il encore lancé, répondant ainsi aux inquiétudes de certains catholiques redoutant que le dialogue oecuménique ne porte atteinte à leur identité. « Il ne s’agit pas de modifier le contenu de la foi ou de changer le sens des dogmes », a-t-il précisé à leur attention. « Le dialogue ne se résout pas par le plus petit dénominateur commun, mais est un enrichissement réciproque ».

Du chemin tout de même

En quarante ans, depuis le décret conciliaire Unitatis redintegratio sur l’oecuménisme, « la prise de conscience de l’oecuménisme et sa réception dans l’Eglise catholique se sont développées », a encore fait valoir le cardinal allemand. Il a ainsi signalé que de nombreux malentendus et préjudices avaient été éliminés, certaines difficultés du passé surmontées, le partage de la foi approfondi et enrichi, et que de nombreuses amitiés avaient été liées, grâce aux discussions de niveau international, régional et local.

Le prélat a cependant mis le doigt sur les « problèmes et désillusions » persistant en ce domaine. L’objectif de communion « pleine et visible » n’est « manifestement pas encore atteint », a-t-il déclaré. « Parfois d’antiques préjudices demeurent. Egoïsmes et petitesses sont à regretter ». « Inversement, l’oecuménisme devient parfois la proie d’un activisme superficiel », a-t-il aussi souligné. Il a alors défini l’état « intermédiaire » du dialogue actuel, expliquant que « nous sommes à un stade de maturation et d’éclaircissement nécessaire ».

S’interrogeant également sur l’avenir de l’oecuménisme, le prélat a fait part des nouveaux défis auxquels les chrétiens oeuvrant pour l’oecuménisme se trouvent confrontés: « d’une part, un relativisme et pluralisme qualitatif postmoderne qui ne pose plus la question de la vérité, et d’autre part, un fondamentalisme agressif exercé par des sectes antiques et neuves, avec lesquelles il n’est pas possible d’établir pour la plupart des cas, un dialogue dans le respect ». « Dans certaines communautés ecclésiales, on constate une sorte de libéralisme doctrinal et surtout éthique, qui crée de nouvelles dissensions au sein même de ces communautés », mais aussi « entre elles et l’Eglise catholique », a-t-il ajouté.

Pas une affaire d’élite

Pour le cardinal, s’interrogeant sur les perspectives du mouvement oecuménique, une réponse « uniforme est impossible ». En effet, la situation dans les différentes parties du monde est très diverse. Il a donc fait le voeu que la Conférence dont il est à l’origine soit « une occasion utile pour écouter la voix des Eglises locales et des frères orthodoxes et protestants ».

« Il n’y a de fait pas seulement deux vitesses – nationale et internationale – dans l’oecuménisme, mais il y en a beaucoup, car « les situations du dialogue oecuménique dans le monde sont très variées », a encore affirmé le cardinal Kasper à l’issue de la conférence de presse.

Le cardinal allemand a par ailleurs souligné que l’engagement oecuménique n’était pas réservé à une élite. »L’oecuménisme ne se fait pas seulement aux sommets mais existe dans les paroisses et dans les diocèses. Il y a des mouvements dans l’Eglise très ouverts au dialogue oecuménique, et les monastères font aussi beaucoup d’échanges », a-t-il poursuivi, ajoutant que le mouvement oecuménique venant de la base, parfois critique à l’égard des institutions ecclésiales jugées trop lente dans l’avancée du dialogue, était « son espérance ».

La réticence orthodoxe

Interrogé enfin sur les résistances au dialogue oecuménique manifestées par certaines Eglises, le sous-secrétaire du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens, Mgr Eleuterio Fortino, a répondu que ces réticences lui semblaient « se trouver plus dans les Eglises orthodoxes que dans les églises catholiques », même « s’il y avait encore certaines expressions de réticence venant de certains groupes au sein de l’Eglise catholique ».

Pour lui, ces résistances ont « des origines plus psychologiques que théologiques », et « devront être affrontées dans le dialogue ». « Le mouvement oecuménique et les relations avec les Eglises orthodoxes impliquent un processus très ample », a encore poursuivi le prélat, rappelant que les églises orthodoxes d’Europe de l’Est avaient connu des régimes « ne favorisant certainement pas les rapports fraternels avec les autres Eglises ». Il a aussi précisé que si l’Eglise catholique a donné dans son décret conciliaire Unitatis redintegratio les principes sur lesquels fonder le dialogue oecuménique et des orientions pour son exercice, aucune des Eglises orthodoxes n’avait de document de ce genre, en tout cas aucun qui leur soit commun. (apic/imedia/ar/pr)

11 novembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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