Rome: célébrations du Vendredi Saint
«Là où l’homme est frappé, c’est le Christ lui-même qui est crucifié
Rome, 2 avril 1999 (APIC) La «Via Crucis» ou Chemin de Croix, célébré le Vendredi-Saint est certainement à Rome l’une de plus impressionnantes cérémonies liturgiques de l’année. A cause du lieu, le Colisée immense, illuminé dans la nuit, de la foule qui y assiste, perchée où elle peut, et de la solennité de la méditation du chemin de Croix.
Les cérémonies du Vendredi Saint ont commencé le matin pour le pape Jean-Paul II par un temps consacré aux confessions, suivi dans l’après-midi par l’office de la Passion, au Vatican. Le Chemin de Croix en soirée au Colisée est l’occasion d’intercéder pour l’unité des chrétiens et les souffrances du monde. La guerre dans les Balkans. Dans l’après-midi, le pape a présidé la célébration de la Passion en la basilique vaticane. Comme il le fait chaque année, Jean Paul II s demande à une personnalité de préparer la médiation de la «via crucis». Cette année, il s’est tourné vers le poète italien Mario Luzi.
Le texte se présente sous la forme d’un «monologue ininterrompu» adressé par le Christ souffrant à son Père, dans lequel, selon le poète, «Jésus aurait confié à son Père son angoisse et ses débats intérieurs entre le divin et l’humain, son affliction et sa certitude surnaturelle». Le monologue – dans un langage simple et rythmé de façon très libre – correspond aux stations traditionnelles du Chemin de Croix.
C’est depuis 1985, et à la demande de Jean Paul II, que la rédaction du texte des méditations du Chemin de Croix est confiée à des écrivains ou à des personnalités religieuses. En 1986, c’est ainsi le journaliste français André Frossard qui en avait été chargé, alors qu’en 1988 la tâche en était incombée au théologien suisse Hans Urs von Balthasar.
Aspect œcuménique aussi
A plusieurs reprises, ce Chemin de Croix a revêtu une valeur oecuménique, avec les textes du patriarche oecuménique de Constantinople, Bartolomée Ier en 1994, d’une religieuse protestante suisse l’année suivante, du Catholicos patriarche suprême des Arméniens Karékine Ier en 1997, et du théologien orthodoxe français Olivier Clément en 1998.
D’autres années, il s’agissait en revanche de personnalités catholiques, comme le cardinal Miguel Obando Bravo, archevêque de Managua au Nicaragua, en 1987, du patriarche Latin de Jérusalem Mgr Michel Sabbah en 1990, de l’archevêque de Prague Mgr Miloslav Vlk en 1992, et de l’archevêque de Sarajevo le cardinal Vinko Puljic en 1996.
Retransmis en mondovision, le déroulement du Chemin de Croix s’est déroulé s’est année en présence d’une quinzaine de personnes invitées provenant de tous les continents, pour aider le pape à porter la croix. Un prêtre orthodoxe roumain figurait parmi ces invités.
Avant de prendre part au Chemin de Croix, Jean Paul II était descendu dans la Basilique Saint-Pierre vers midi, comme il le fait chaque année le Vendredi Saint, pour confesser une dizaine de personnes de différentes nationalités.
Les hésitations du poètes
Il y a quelques mois en effet, le Vatican a demandé à Mario Luzi, sans doute le plus grand poète italien de cette fin de siècle, d’écrire le texte du traditionnel chemin de croix présidé chaque année, la nuit du Vendredi Saint, par le Saint Père, au Colisée. Désemparé, il fut sur le point de refuser mais au dernier moment, il eut une intuition: un monologue de Jésus avec son Père.
Luzi se mit au travail et rédigea une méditation du chemin de croix qu’il intitula: «La Passion». «J’ai été un peu effrayé par cette proposition», confesse le poète. «Je me rendais compte de mes limites et de mes habitudes littéraires. Sans parler des problèmes de conscience: je suis certes un chrétien convaincu mais pas un pratiquant très assidu. Moralement, je ne me sentais pas à la hauteur d’écrire ce texte et je doutais d’avoir la foi, la bonne foi, l’authenticité et la sincérité nécessaires. J’ai dû faire un difficile examen de conscience. Je n’avais jamais imaginé qu’on aurait pu me demander une chose pareille. Il est évident que j’avais déjà pensé au thème du chemin de croix, et j’aurais peut-être été capable d’écrire une méditation sans qu’on me le demande. Mais écrire pour le Pape…!»
Un seul acteur, Jésus
«J’ai eu l’idée d’écrire un texte à cheval entre la représentation sacrée et un monologue avec un seul acteur, Jéésus, qui réfléchit et parle avec son Père de son expérience sur la terre, de ses relations avec les hommes, de sa souffrance, mais aussi de son espérance. Un texte dans lequel le divin et l’humain, présents dans le Christ, s’affrontent devant la perspective du sacrifice. Il y a un combat intérieur que l’on découvre à travers les déclarations au Père. C’est une espèce de marche vers le sacrifice mais aussi vers la Résurrection».
A un journaliste qui demandait au poète quel était le message de son texte, Mario Luzi a répondu avec des mots qui semblaient tirés de la bouche de saint-Paul :
«Sans la Résurrection tout aurait été vain et une perte de temps, une souffrance et des tribulations inutiles. Mais la Résurrection passe par des lieux horribles».
Luzi a par ailleurs fait remarquer que l’actualité (la guerre qui se déroule à nos portes, dans les Balkans, notamment) ne lui inspirait rien de nouveau et qu’il ne souhaitait réécrire aucune des stations du Chemin de Croix. Il s’agit d’une guerre «grave» mais elle»ne change pas la substance. L’expérience du mal, de la souffrance, je crois que je l’ai déjà faite», a-t-il déclaré. (apic/zenit/imed/pr)



