Jean Paul II: Le Christ souffre et meurt encore

Rome: Chemin de Croix au Colisée

Rome, 10 avril 1998 (APIC) Lors de la méditation du Chemin de Croix qui s’est déroulé vendredi soir au Colisée, à la lumière des flambeaux, Jean Paul II a évoqué «le mystère bouleversant» du sacrifice du Christ, où «s’accomplit l’oeuvre de la Rédemption», et «les injustices et souffrances si nombreuses qui prolongent sa Passion en tout lieu de la terre».

Le texte des méditations des quatorze stations lu par Jean Paul II a été écrit, à sa demande, par le théologien laïc orthodoxe français Olivier Clément. L’événement a été retransmis en mondovision et relayé par plus de 35 télévisions de par le monde. A la fin du Chemin de Croix, le pape a évoqué les souffrances du Christ et des hommes: «Il fait maintenant nuit noire. Contemplant le Christ mort sur la Croix, nous pensons aux injustices et aux souffrances si nombreuses qui prolongent sa Passion en tout lieu de la terre. Je pense aux endroits où l’homme est offensé et humilié, frappé et exploité. En toute personne touchée par la haine et par la violence, ou marginalisée par l’égoïsme et par l’indifférence, le Christ souffre encore et meurt. Sur le visage des blessés de la vie se dessinent les traits du Visage du Christ mourant sur la Croix. Ave Crux, spes unica ! (ô Croix, unique espérance) De la croix jaillit aujourd’hui encore l’espérance pour tous.» Jean-Paul II voit surtout dans la Croix un encouragement pour aujourd’hui :

Au début de sa méditation, le pape a évoqué la scène biblique du mont Moriah, où l’ange de Dieu arrête le bras d’Abraham (patriarche des trois monothéismes) sur le point de sacrifier son fils Isaac. Dans ses méditations, le théologien orthodoxe Olivier Clément souligne aussi l’importance du «visage» et la place donnée aux Saintes Femmes par les Evangiles, «le rôle majeur des femmes, à part Jean, les seules fidèles, à la fois les plus exposées et les plus aimantes».

Olivier Clément associe la présence des femmes et le geste de compassion de Véronique, reproduit par les chemins de croix de tradition franciscaine. L’auteur a choisi cette expression franciscaine pour se «couler dans la sensibilité catholique». «Pour un orthodoxe, explique-t-il dans la présentation de ses méditations, entrer dans la spiritualité franciscaine de la Via Crucis, c’était tenter d’en souligner la profondeur non seulement humaine mais divino-humaine».

Le geste de Véronique

Il s’arrête donc, lors de la 6e station, à ce geste de Véronique «essuyant le visage du Christ d’un voile où il s’imprime et se transmet à nos églises: tant de Saintes Faces où se montre en pleine pâte humaine le visage de Dieu, afin que désormais nous puissions voir en Dieu tout visage d’homme», explique-t-il. Dans sa méditation sur le visage du Christ, le théologien orthodoxe écrit: «On disait alors d’un esclave qu’il était «sans visage», et voici que le plus beau des fils des hommes n’est plus que cet esclave torturé qu’on voit d’autant moins qu’on le torture. Ainsi est-il identifié à tous les «sans-visages» du monde, ceux qu’on frappe pour les défigurer et voler leur âme, ceux qui n’ont en face d’eux, pendant des heures, que les écrans des ordinateurs, ceux qu’on désire sans aimer et les riches de fausse jeunesse fardée.» Et à propos du geste de Véronique et du «visage de Dieu», il continue: «Seule une femme, un être de tendresse et de compassion, d’un geste de mère ou d’amante, a libéré ton visage du masque de sueur, de sang, de crachats. Et voici que la Sainte Face imprimée sur le voile de Véronique – ou celui que reçut un roi d’Edesse ou le suaire brûlé du feu de l’Esprit – se multiplie dans nos églises pour nous apprendre à déceler, sous tant de masques, le visage de l’homme, sous tant de masques, le visage de Dieu».

«Sur la route du Golgotha, il ne peut plus y avoir de séparation»

Lors de la Passion du Christ, écrit encore Olivier Clément, «Dieu descend volontairement dans le mal, dans la mort – un mal, une mort dont il n’est nullement responsable, dont peut-être il n’a même pas l’idée, a dit un théologien contemporain (catholique, ndlr) -, pour s’interposer à jamais entre le néant et nous, pour nous faire sentir, nous faire vivre, qu’au fond des choses, il n’y a pas le néant mais l’amour». Il continue: «Dieu se révèle ici non comme une plénitude écrasante, qui juge et qui condamne, mais comme l’ouverture sans limite de l’amour dans le respect sans limite de notre liberté».

Commentant la dimension oecuménique de cette méditation, confiée depuis plusieurs années par le pape à des personnalités spirituelles non-catholiques, le théologien orthodoxe souligne: «Sur la route du Golgotha, il ne peut plus y avoir de séparation». Et si les tensions persistent au niveau du dialogue officiel, a-t-il confié à Radio Vatican, avec de «fortes réactions identitaires» dans les communautés orthodoxes, il affirme qu’il y a toujours une place, pour le rapprochement entre les chrétiens, pour l’amitié et la prière».

Vendredi à midi, lorsque le pape est entré au confessionnal pour conférer le sacrement de pénitence et de la réconciliation, comme il le fait chaque année le jour du Vendred- Saint, une vingtaine de personnes l’attendaient auprès d’un des confessionnaux de la basilique vaticane: dix Italiens – deux scouts, deux militaires, un étudiant, une étudiante, un ingénieur, une jeune femme attendant un enfant, une infirmière et une mère de famille – ; une étudiante polonaise, une jeune femme du Burkina Faso, un couple espagnol et deux étudiants américains.

Dans l’après-midi, à 17h30, Jean Paul II a aussi présidé l’office de la Passion, au cours duquel l’homélie a été prononcée par le Prédicateur de la Maison pontificale, le P. Raniero Cantalamessa, capucin. La grande prière universelle de cette célébration a été faite en dix langues (français, anglais, polonais, russe, allemand, portugais, tamil, swahili, arabe, espagnol). Elle a été suivie de la vénération de la croix et de la Communion. (apic/cip/imed/pr)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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