Le Saint-Siège juge positive la volonté de Tel Aviv
Rome: Conclusion d’un accord juridico-financier entre le Vatican et Israël?
Rome, 28 février (Apic) Le Saint-Siège juge positive la volonté du gouvernement israélien de conclure un accord juridico-financier avec le Vatican. Un accord à l’étude depuis 10 ans, sur le point d’être finalisé, semble-t-il. Au Vatican, un prélat dit cependant attendre que les faits suivent les paroles, de la part d’Israël.
Nimrod Barkan, responsable des Affaires interreligieuses et du monde juif du ministère israélien des Affaires étrangères, était présent la semaine du 22 février 2005 au Vatican. Le haut fonctionnaire est venu faire le point avec des dignitaires de la curie sur l’avancée de l’accord juridico-financier en négociation entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël. Il a rapporté le point de vue israélien sur son évolution.
Après la reconnaissance d’Israël par le Saint-Siège le 30 décembre 1993, et la convention diplomatique du 15 juin 1994, l’accord juridique et financier doit compléter ce dispositif. A l’étude depuis 10 ans, il serait sur le point d’être finalisé.
Durant son séjour, N. Barkan a rencontré beaucoup de dignitaires de curie, parmi lesquels le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, Mgr Giovanni Lajolo, le substitut à la Secrétairerie d’Etat, Mgr Leonardo Sandri, le président du Conseil pour l’unité des chrétiens, le cardinal Walter Kasper, le président de Cor Unum, Mgr Jozef Cordes, ou encore le préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, le cardinal Ignace Moussa Daoud.
«J’ai senti aujourd’hui dans le Vatican le désir d’améliorer ses relations avec l’Etat d’Israël», a estimé le haut fonctionnaire lors d’une récente conférence de presse à Rome. Il a aussi insisté sur le fait que les relations entre l’Etat d’Israël et le Saint-Siège seraient intensifiées par la multiplication de visites de représentants israéliens au Vatican durant les prochains mois.
Des actes, maintenant
Interrogé par I’Apic, un haut dignitaire de la curie a pour sa part déclaré que le Vatican a toujours positivement ce genre de visites. Il relève cependant: «En espérant qu’elles auront une suite». Cette rencontre «positive» «signifie qu’il y a la volonté d’aller de l’avant». «Nous faisons encore confiance aux autorités» israéliennes, a-t-il précisé. Mais il a aussi ajouté «nous attendons aussi que les faits suivent les paroles».
«Je suis venu pour informer le Vatican des progrès dans les décisions» en vue de l’Accord final, a déclaré N. Barkan lors de la conférence de presse où était présent l’ambassadeur d’Israël près le Saint- Siège, Oded Ben Hur. Le haut fonctionnaire s’est dit heureux de pouvoir informer le Vatican «sur la percée dans les positions israéliennes, autorisée par le Premier ministre et acceptée par tous les ministères». Positif quant aux changements dans le gouvernement israélien, il a aussi estimé que l’accord serait «complété» d’ici trois à quatre mois.
Le représentant du ministère des Affaires étrangères israélien a alors rappelé que l’accord portait sur quatre points: les taxes sur les propriétés, l’accès des Eglises aux tribunaux israéliens, l’exemption de taxes sur les véhicules et celle sur le revenu des activités commerciales des communautés chrétiennes.
Selon N. Barkan, le premier point, relatif à l’exemption de taxes pour les monastères, «a été résolu», malgré sa complexité. Ce point délicat, qui a repoussé le processus jusqu’ici, «ne demande plus d’autres discussions». De façon énigmatique, le haut fonctionnaire a déclaré que le Vatican avait «été assez sage pour ne pas enquêter davantage». Il a seulement précisé que le gouvernement israélien avait retiré certains articles précédemment inscrits dans le texte à l’étude, qui portaient entre autres sur la collecte et le pourcentage du montant des taxes. «Un texte jugé inacceptable» par le Vatican.
Des points à éclaircir
En ce qui concerne l’accès des Eglises aux tribunaux, l’Israélien a affirmé qu’il avait proposé un texte faisant «la distinction entre ce qui concerne les problèmes de propriété et ceux concernant les questions de culte. Pour lui, «c’est une distinction-clef». Il a expliqué que ce qui est de l’ordre de la «propriété ira au tribunal», ce qui est de «l’ordre du culte» restera sous l’actuelle législation. «Nous voulons maintenir le système légal actuel pour ce qui concerne le culte», afin d’éviter, entre autres, «les disputes religieuses».
Il reste cependant à «définir exactement avec le Vatican ce qui est propriété de ce qui est culte», a poursuivi le représentant du gouvernement israélien. «Ce problème est très compliqué», car il s’agit d’»un changement des procédures historiques».
La loi actuelle à laquelle se réfère l’Eglise catholique remonte aux années 1920, avant la fondation de l’Etat d’Israël, alors que la Palestine était sous mandat britannique. Elle stipule que les tribunaux doivent s’abstenir de juger des questions religieuses. Cela empêche par exemple l’Eglise de faire reconnaître en justice ses droits de propriété.
«La délégation vaticane a regardé le texte, qui est très légaliste, et a suggéré des formulations à intégrer dans le document avec certaines de leurs propositions», a finalement déclaré M.Barkan. «Nous étudions maintenant avec le ministre de la justice ces éléments et nous devrions y apporter une réponse la prochaine fois».
Questions techniques
Le troisième point, quant à lui, se réfère à la demande du Vatican et des autres Eglises d’exempter leurs véhicules de taxes, «une problématique technique», selon le représentant du gouvernement israélien. En effet l’administration israélienne devrait répertorier précisément tous les véhicules relevant d’institutions chrétiennes.
La dernière question est celle de la taxation des activités des communautés chrétiennes qui ne se réfèrent pas au culte et qui font du profit, comme la vente de vin ou de souvenirs. «Il faut décider du montant des taxes qui doit être prélevé sur ces activités commerciales», a déclaré N. Barkan. Le haut fonctionnaire a expliqué que l’Eglise catholique voulait obtenir du gouvernement israélien certaines «exceptions». «Toutes ces décisions sont sur le point d’être réglées», a-t-il ajouté, se voulant rassurant.
Concernant les deux derniers points, l’Israélien a rapporté que le Premier ministre avait demandé à «tous les ministères appropriés de manifester une bonne volonté et de résoudre ces problèmes». Il a aussi précisé que «l’accord que nous négocions actuellement est mandaté par l’accord fondamental. Cet accord fera partie du système légal israélien».
L’affaire du village de Maghar
Tout cela «a été présenté à Mgr Lajolo», secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, a alors affirmé l’ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège, Oded Ben Hur. Le gouvernement israélien et les autorités vaticanes ont décidé de se retrouver trois jours en mars pour «finir d’établir les quatre points toujours à l’agenda». Une rencontre ultérieure de conclusion est prévue courant avril 2005. «Nous ferons de notre mieux pour conclure l’accord final dans un temps bref», a ajouté N. Barkan.
D’autres points importants de l’actualité de ces dernières semaines ont été abordés a cours. N. Barkan a notamment été interrogé sur le récent incident dans le village de Maghar, en Galilée, où la communauté chrétienne persécutée à mi-février par des druzes, a accusé les services de police israélienne de ne pas être intervenus à temps. «Quand nous avons rencontré la délégation vaticane» – dirigée par le nonce apostolique Mgr Sambi – la semaine dernière en Israël, «nous leur avons fait part de notre sincère regret et nos condoléances pour ce qui est arrivé. Nous lles avons assurés que les ministères concernés en Israël, suivraient toutes les étapes nécessaires pour empêcher qu’un tel événement puisse recommencer».
«Les forces de police israéliennes sont accusées de ne pas être intervenues le premier jour. Il y aura une enquête en Israël pour voir exactement ce qui s’est passé», a-t-il affirmé. «Des compensations justes» seront payées. (apic/ar/imedia/pr)



