Encore des interrogations

Rome: Constatations après la nomination, en deux temps, des nouveaux cardinaux

Rome, 29 janvier 2001 (APIC) Il faudra désormais attendre janvier 2003, si aucun décès ne survient d’ici là, pour que l’on ait de nouveau un collège de «cardinaux électeurs» de 120 membres, comme le prévoit normalement la constitution apostolique. Reste qu’aujourd’hui, les interrogations demeurent sur les raisons qui ont poussé le pape a annoncé, en deux temps, le nom des nouveaux cardinaux.

En annonçant sept nouveaux cardinaux le 28 janvier, Jean Paul II a porté à 135 le nombre de cardinaux de moins de 80 ans. Il faudrait, avec ce chiffre, que 90 d’entre eux se mettent d’accord sur un même nom, en cas de conclave, pour que soit élu le prochain pape.

Dans les deux prochaines années toutefois, quinze cardinaux vont fêter leurs 80 ans, dont beaucoup d’anciens membres de la Curie romaine. C’est le cas notamment du cardinal béninois Bernardin Gantin, ancien préfet de la Congrégation pour les évêques, et du cardinal français Roger Etchegaray, ancien président du Conseil pontifical «Justice et Paix», tous les deux âgés bientôt de 79 ans.

Si en l’espace de deux ans, le nombre de cardinaux électeurs va beaucoup baisser, la proportion de ceux qui se trouvent à la tête d’un diocèse va en revanche nettement augmenter par rapport à ceux qui travaillent à la Curie. Ils représenteront en effet 73% du Collège des cardinaux électeurs en janvier 2003, pour 65% le 21 février 2001. L’annonce de sept nouveaux noms par Jean Paul II le 28 janvier contribue renforcer cette tendance, puisque tous les cardinaux qu’il a nommés se trouvent actuellement à la tête d’un diocèse.

Il y a plusieurs raisons différentes pour lesquelles Jean Paul II a choisi d’annoncer en deux fois les cardinaux qu’il créera le 21 février prochain.

Il souhaitait faire une première annonce dès le 21 janvier pour respecter la durée traditionnelle de un mois entre l’annonce et le consistoire lui-même, qui permet aux nouveaux nommés d’organiser leur venue Rome pour l’occasion.

Le pape attendait néanmoins l’élection du nouvel archevêque de Lviv des Ukrainiens pour nommer ce dernier cardinal, et celle-ci n’a eu lieu que le 25 janvier.

En vue de cette deuxième annonce, Jean Paul II avait donc laissé certains noms de côté, dont celui de Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande.

Pour ce dernier, l’attente semble avoir été toutefois l’expression d’une certaine hésitation de la part du pape, portant en particulier sur l’effet que pouvait avoir cette nomination sur l’Eglise allemande souvent divisée.

Equilibrage

Entre le 21 et le 28 janvier, un élément peut avoir aidé le pape à surmonter cette hésitation. L’évêque de Limbourg, en effet, Mgr Franz Kamphaus, a publié une déclaration le 22 janvier pour affirmer son souci d’être en union avec l’ensemble de la Conférence épiscopale allemande dans la lutte contre l’avortement, même si les centres de consultation pour femmes enceintes de son diocèse vont continuer, contrairement à ceux des autres évêques, à délivrer les certificats exigés par l’Etat pour les femmes désirant avorter.

La nomination de Mgr Lehmann comme cardinal apparaît alors de la part de Jean Paul II comme un encouragement à l’unité de l’Eglise allemande dans le contexte difficile d’un pays de plus en plus sécularisé. Cela ressort également de la nomination comme cardinal de l’archevêque de Paderborn, Mgr Johannes Joachim Degenhardt. Tout en représentant la partie plus conservatrice de l’Eglise allemande, celui-ci est en effet une figure respectée par l’ensemble de l’épiscopat.

Le même souci d’unité apparaît dans la nomination des deux cardinaux ukrainiens, celui de l’Eglise latine et celui de l’Eglise gréco-catholique. Jean Paul II souhaite en effet encourager les relations entre les deux Eglises, notamment dans la perpective de son voyage en Ukraine au mois de juin prochain. C’est parce que ces relations étaient particulièrement tendues lors du précédent consistoire en février 1998 que le pape avait gardé «in pectore» le nom de Mgr Marian Jaworski, archevêque de Lviv des latins.

La raison pour laquelle Jean Paul II avait également gardé «in pectore» le nom de Mgr Janis Pujats, archevêque de Riga en Lettonie n’est pas aussi claire. On sait toutefois qu’en février 1998, des négociations étaient en cours entre la Lettonie et le Saint-Siège en vue d’un concordat entre les deux Etats. Elles ont entre-temps abouti, et un traité a été signé le 8 novembre dernier, définissant la position juridique de l’Eglise dans un pays où les catholiques ne représentent que 20 % de la population. Le climat entre l’Eglise et l’Etat letton est donc nettement plus favorable aujourd’hui qu’il y a trois ans.

Il reste difficile à expliquer pourquoi le pape a choisi de repousser d’une semaine la nomination de Mgr Julio Terrazas Sandoval, archevêque de Santa Cruz de la Sierra, capitale économique et ville la plus peuplée de Bolivie, et celle de l’archevêque de Durban en Afrique du Sud, Mgr Wilfrid Fox Napier. Il semble tout simplement que Jean Paul II, prévoyant, pour la première fois dans son pontificat, un «deuxième tour» dans l’annonce des cardinaux, avait gardé quelques noms en réserve. (apic/imed/pr)

29 janvier 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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