Les milieux anti-catholiques ont imposé leur point de vue

Rome: Déception au Vatican après l’annulation de la rencontre entre Alexis II et Jean-Paul II

Rome, 12 juin 1997 (APIC) La déception est grande au Vatican le 12 juin, après l’annonce, la veille à Moscou, que la rencontre projetée entre Alexis II et Jean-Paul II, à Vienne le 21 juin, ne pourrait pas avoir lieu. Le dépit est d’autant plus fort que c’est la seconde fois en moins d’un an (premier projet à Pannonhalma en Hongrie en novembre 1996) qu’un tel projet de rencontre est annulé au dernier moment.

En haut lieu, même si la rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou n’avait jamais été annoncée officiellement à Rome, on ajoute, avec une certaine amertume, que l’idée et l’invitation d’organiser un tel sommet à Vienne était venue de Moscou. Si l’on s’empresse de préciser «qu’il ne s’agit pas d’une rupture de relation», on s’étonne toujours, le 12 juin en milieu de journée, qu’aucune notification officielle relative à cette décision orthodoxe ne soit encore parvenue au Vatican.

A Moscou, le communiqué du Patriarcat orthodoxe précise que «ces derniers temps, des négociations intensives entre les deux parties ont été menées pour préparer la rencontre. Il est cependant clair que sur certaines questions, nous n’avons pas réussi à trouver un accord définitif». Si le communiqué ne mentionne pas la nature de ces questions litigieuses, il «constate avec regret qu’actuellement (…) les conditions pour organiser une rencontre fructueuse entre les chefs des deux Eglises ne sont pas réunies». Enfin, le texte conclut sur la disponibilité du Saint Synode orthodoxe russe de «poursuivre le dialogue bilatéral pour libérer les relations entre les deux Eglises de tout ce qui apporte le malheur, fait naître le désespoir, l’incompréhension et la suspicion».

Ce communiqué est accompagné d’une «note historique» qui rappelle l’opposition de l’Eglise orthodoxe russe à la présence de missionnaires catholiques en Russie. «L’Eglise orthodoxe, précise ce texte, perçoit les activités des missionnaires catholiques dans un pays avec une tradition millénaire de christianisme, comme répondant à des motivations politiques».

«La possibilité d’une rencontre entre le patriarche orthodoxe de Moscou Alexis II et le pape Jean-Paul II était un projet à l’étude. Le pape s’était montré disponible pour une telle éventualité. On apprend maintenant que des difficultés empêchent ce projet de se réaliser le 21 juin à l’occasion de la rencontre œcuménique de Graz» a commenté laconiquement, dans un communiqué publié mercredi .soir, le porte-parole du Vatican. En outre aucune communication officielle n’est encore parvenue au Vatican de la part du patriarcat de Moscou.», ajoutait-il.

Le coup de frein est venu des évêques orthodoxes

«La seule chose que je puisse dire est que l’Eglise orthodoxe russe, à l’opposée de l’Eglise catholique, connaît une nette prévalante du Synode des évêques sur la volonté du Patriarche. Je dois donc en déduire que le coup de frein est venu des évêques». Commente Anatolij Krassikov, président du Centre d’Etudes des Religions et de la Société, de l’Académie des Sciences Russe,

L’Eglise orthodoxe russe compte entre 60 et 80 millions de fidèles. Bien qu’elle ne soit pas la première Eglise orthodoxe en honneur – cela revient au Patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier – elle est l’Eglise orthodoxe la plus puissante en nombre de fidèles et en étendue. Ce qui explique l’enjeu d’une rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou qui serait sans aucun précédent depuis le schisme en 1054 alors que les deux derniers patriarches de Constantinople sont, quant à eux, déjà venus à Rome.

Cette annulation marque moins l’aggravation d’une crise entre l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique, que la confirmation d’une absence de confiance de la part de la majorité du Saint Synode de l’Eglise orthodoxe russe qui prend ses décisions à l’unanimité. Une méfiance chronique qui remonte à la fin du communisme en Russie.

Non-respect des accords de Balamand ?

En janvier 1995, le patriarche de Moscou avait explicitement exposé devant son Saint Synode, les trois raisons essentielles du malaise avec les catholiques. La première concerne les «méthodes agressives (…) comme les occupations d’églises et autres actions violentes» de l’Eglise gréco-catholique en Ukraine sortie de la clandestinité en 1990. La seconde cause vient de l’installation par le Vatican sitôt la chute du mur de Berlin, d’une hiérarchie catholique latine en Russie, «dépassant, écrit le patriarche Alexis II, les besoins réels des catholiques» et indiquant selon lui, «une tendance à l’expansion et au prosélytisme». Enfin, la troisième raison invoquée par le patriarche est le non-respect, de la part des catholiques des engagements pris lors de deux réunions bilatérales a Genève en 1992 et 1994. Selon ces accords, les catholiques ne devaient prendre aucune initiative en terre orthodoxe russe, sans en informer au préalable, les autorités orthodoxes : «Au contraire, explique Alexis II en 1995, c’est à présent une habitude, nous sommes toujours mis devant le fait accompli».

Pour résoudre ces tensions, l’Eglise catholique avait invité l’Eglise orthodoxe à Balamand (Liban) en 1993. Un document – «les accords de Balamand» – fut signé. Il condamnait l’uniatisme comme modèle de rapprochement oecuménique.

Depuis, sur le terrain, notamment en Ukraine, les tensions ne se sont pas calmées. En 1996, les orthodoxes ne se sont pas présentés à la rencontre bilatérale annuelle à Rome. Il a fallu attendre la réunion de Bari, les 7 et 8 mai 1997, pour que les deux Eglises se retrouvent autour d’une table. La décision annoncée le 11 juin, par le Saint-Synode russe prouve au fond que son aile la plus anti-catholique, n’a pas été davantage convaincue par le document de Bari qu’elle ne l’avait été par le document de Balamand.

Cette tendance de l’orthodoxie craint toujours, comme l’écrivait le patriarche Alexis II en 1995, que l’Eglise catholique «regarde la Russie comme un désert spirituel ce qui renforce nos doutes sur les intentions de prosélytisme de ce que l’on appelle la nouvelle évangélisation». (apic/imed/mp)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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