Dans l’attente du successeur, des signes de rapprochement

Rome: Décès d’Alexis II, des relations en dents-de-scie entre Rome et Moscou

Antoine-Marie Izoard, I.MEDIA

Rome, 5 décembre 2008 (Apic) Les relations entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe russe sont marquées depuis l’origine par des hauts et des bas, et buttent de longue date sur les accusations de prosélytisme lancées à Rome par Moscou ainsi que sur la question de la primauté du pape. Cependant, des signes de rapprochement se multiplient depuis le début du pontificat de Benoît XVI. La rencontre historique entre les leaders des deux Eglises dépendra en partie du profil de celui qui succédera au patriarche Alexis II, décédé ce 5 décembre 2008.

Au Vatican, après le décès d’Alexis II, un expert des relations avec l’Eglise orthodoxe russe semble incapable de dire si les relations entre l’Eglise catholique et la ’troisième Rome’ s’amélioreront. «Nous espérons que les relations continueront comme actuellement», confie simplement ce spécialiste qui note que les rapports peuvent se résumer par la formule classique : «deux pas en avant, un pas en arrière».

Depuis le schisme d’Orient, en 1054, aucune rencontre n’a eu lieu entre le patriarche de Moscou et le chef de l’Eglise catholique. Ces quarante dernières années, cependant, Paul VI (1963-1978) et Jean-Paul II (1978-2005) ont été à l’origine de nombreux gestes à l’égard des orthodoxes. Même si le pape polonais entretenait des rapports difficiles avec le patriarcat de Moscou, l’hypothèse d’une rencontre historique entre les deux chefs religieux avait souvent été évoquée.

En Grèce, en mai 2001, lors du premier voyage d’un pape en terre orthodoxe, Jean-Paul II avait officiellement demandé pardon aux orthodoxes pour l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire des deux Eglises : le sac de Constantinople par les Croisés, en 1204. C’est avec le patriarcat oecuménique de Constantinople – depuis la rencontre entre Paul VI et le patriarche Athénagoras de janvier 1964 – que les relations se sont progressivement améliorées, entraînant dans le même temps une détérioration des relations avec Moscou.

Signes de rapprochement

«Mille ans de schisme ne se surmontent pas en un éclair», avait déclaré en 2006 le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, au vu des signes de rapprochement entre Rome et Moscou apparus au début du pontificat de Benoît XVI. Dés le lendemain de son élection, Benoît XVI avait déjà a affirmé son engagement à «travailler sans épargner ses forces à la reconstruction de l’unité pleine et visible de tous les fidèles du Christ» et à faire tout ce qui est en son pouvoir pour «promouvoir la cause fondamentale de l’oecuménisme».

Des échanges de lettres et des visites de hauts responsables de part et d’autres ont ainsi marqué ce que Rome a qualifié de «dégel». Pour autant, Rome n’a jamais caché les problèmes théologiques, juridiques et ecclésiaux «énormes» entre catholiques et orthodoxes au sujet de la question de la primauté du pape. Une question que la rencontre de la Commission de dialogue théologique entre catholiques et orthodoxes, à Ravenne (Italie), en octobre 2007, n’a pas résolue. Elle fut en effet boudée par les représentants du patriarcat de Moscou sur fond de tensions avec Constantinople.

Aux yeux de Moscou, l’un des problèmes majeurs demeure la question de la présence catholique en Russie, considérée par le patriarcat comme son «territoire canonique». L’action missionnaire de l’Eglise catholique est ainsi considérée par Moscou comme du prosélytisme. Les deux Eglises s’accrochent également sur la question de l’uniatisme, l’activité des Eglises gréco-catholiques dans l’ancienne Union soviétique.

L’alliance des valeurs

C’est autour des défis de l’époque moderne, marquée par le sécularisme, que Rome et Moscou trouvent un terrain d’entente. «Nous sommes sur la bonne voie avec les Eglises orthodoxes», avait estimé le cardinal Walter Kasper, en charge de l’unité des chrétiens au Vatican, au terme de la dernière rencontre interreligieuse organisée par la communauté Sant’Egidio à Chypre, en novembre. «Par le passé, la politique nous a divisés, maintenant elle nous pousse à nous unir», avait ainsi déclaré le haut prélat pour qui catholiques et orthodoxes ont «les mêmes défis» et doivent donc «répondre ensemble à ces défis».

Dans une lettre écrite au pape en octobre dernier, le patriarche de Moscou lui-même s’était dit «heureux des perspectives croissantes pour développer de bonnes relations et une coopération positive entre (les) deux Eglises». Dans ce courrier remis au cardinal Crescenzio Sepe, archevêque de Naples (Italie), en visite à Moscou, Alexis II saluait les «racines communes» et les «positions convergentes (entre les deux Eglises, ndlr) sur de nombreuses questions qui affligent le monde». Il soulignait enfin l’importance de «dépasser la discorde et l’aliénation de ce siècle en proclamant les valeurs éternelles du christianisme au monde moderne».

Vers une rencontre ?

Le 10 novembre dernier, le Vatican avait accueilli avec «beaucoup de prudence» la nouvelle selon laquelle Benoît XVI et le patriarche orthodoxe de Moscou Alexis II pourraient se enfin rencontrer à Bakou (Azerbaïdjan) à l’automne 2009. L’évêque orthodoxe de la capitale azérie venait d’annoncer que les deux leaders chrétiens pourraient participer à une rencontre interreligieuse prévue dans le pays du 30 octobre au 2 novembre 2009.

Quelques mois plus tôt, le cardinal Walter Kasper avait rencontré à Moscou le patriarche Alexis II. «Il n’y a pas eu de discussion sur une rencontre possible entre le pape et le patriarche», avait-il indiqué ensuite, ajoutant que s’il était «optimiste», il paraissait cependant «mieux de ne pas précipiter» les choses.

C’est sans conteste le profil du successeur du patriarche Alexis II qui décidera du progrès des relations entre Rome et Moscou et d’une éventuelle rencontre entre le pape et le nouveau patriarche. Des spécialistes avancent les noms de deux successeurs potentiels d’Alexis II : le métropolite Cyrille de Smolensk et Kaliningrad, chargé des relations extérieures du patriarcat de Moscou et assez proche de Rome ; le métropolite Clément de Kalouga, ancien chancelier du patriarcat connu pour des positions plus conservatrices. (apic/imedia/ami/be)

5 décembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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