La rencontre avec Alexis II encore en suspens
Rome: Départ du cardinal Walter Kasper pour Moscou
Rome, 16 février 2004 (Apic) Alors que les relations oecuméniques entre Rome et Moscou sont tendues, le cardinal Walter Kasper se rendra dans la capitale russe 17 au 20 février 2004. Il s’y rend à l’invitation de la Conférence épiscopale catholique de Russie, mais il n’est pas encore sûr que le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens puisse rencontrer le chef de l’Eglise orthodoxe russe, Alexis II.
Le 19 février, le cardinal Kasper rencontrera le responsable des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, le métropolite Kyrill de Smolensk. L’entrevue avec le patriarche orthodoxe Alexis II, prévue à l’origine, puis mise en doute, est encore en suspens. L’éventuelle création – controversée – d’un Patriarcat grec-catholique en Ukraine, sera au coeur des discussions avec les orthodoxes.
Le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens rencontrera, le 18 février, les évêques catholiques de Fédération de Russie qui célébreront avec lui une messe solennelle dans la cathédrale catholique de Moscou. Le 19 février, c’est vers le monde orthodoxe que le cardinal allemand se tournera au travers d’une rencontre avec Kyrill de Smolensk. Le numéro deux du Patriarcat de Moscou abordera, comme il l’a largement annoncé dans les médias, la question du projet d’un patriarcat grec- catholique en Ukraine.
Le pape favorable, le cardinal Kasper réticent
Cette question encore en suspens est un objet de controverse, aussi bien dans le monde catholique qu’orthodoxe. L’archevêque majeur des grecs- catholiques ukrainiens, le cardinal Lubomyr Husar, demande avec insistance à Jean Paul II de reconnaître l’élévation de son Eglise de rite oriental au rang de Patriarcat. Le pape est favorable à ce geste, mais les cardinaux de la curie sont beaucoup plus réticents, au premier desquels, le cardinal Kasper.
Le cardinal Husar, qui a déjà déménagé son siège de Lviv à Kiev – considérée comme la ville du baptême des orthodoxes russes -, provoquerait avec son Patriarcat une réaction très violente des orthodoxes russes, identiques à celle de février 2002 lorsque les administrations apostoliques catholiques en Fédération de Russie ont été élevées en diocèses. Les orthodoxes russes – mais pas seulement eux! – considèrent ce projet de Patriarcat comme une volonté de prosélytisme aggravé.
Sévères menaces du patriarche oecuménique de Constantinople
Après avoir reçu une lettre du cardinal Kasper, à l’automne dernier, lui faisant part de ce projet de Patriarcat, le patriarche Alexis II avait immédiatement fait suivre ce courrier à Bartholomé Ier. La réaction du patriarche oecuménique de Constantinople avait été très vive. Dans une lettre envoyée à Jean Paul II en novembre 2003 et publiée sur la version grecque du site de son Eglise, Bartholomé Ier menaçait l’Eglise catholique de geler ses relations avec elle, si elle décidait d’accepter ce patriarcat pour les catholiques byzantins d’Ukraine. Au Vatican, le ton de cette lettre – envoyée dans un premier temps sous un format informatique – a été très diversement apprécié.
Par ailleurs, le Père jésuite Robert Taft, spécialiste notoire des relations avec les Eglises byzantines à l’Institut Pontifical Oriental et plutôt connu pour ses positions philo-orthodoxes, s’est exprimé en faveur de la création de ce Patriarcat catholique ukrainien dans un entretien accordé au journal américain «National Catholic Reporter» en date du 6 février 2004.
Pour lui, la création de ce Patriarcat est un «pas normal» et les Ukrainiens devraient imposer leur volonté en disant à Rome «nous avons déclaré le Patriarcat, c’est un fait accompli et vous devez dorénavant en prendre acte. Et si la Secrétairerie d’Etat envoie une lettre adressée à l’archevêque majeur, vous devez la renvoyer à Rome ou leur dire, nous n’avons pas d’archevêque majeur, mais un patriarche».
Localiser le Patriarcat à Kiev, une provocation supplémentaire pour les orthodoxes
Quant à la localisation du Patriarcat à Kiev, il affirme que «demander aux catholiques byzantins de renoncer à Kiev serait comme demander aux chrétiens d’abandonner Jérusalem aux juifs en disant que nous n’y sommes pas liés. C’est ridicule». Interrogé sur le fait de savoir s’il faut attendre un accord de Moscou avant de reconnaître le Patriarcat, le jésuite américain répond: «Non. Et je ne pense même pas qu’il faudrait essayer. Au diable Moscou !». Le Père Taft estime que «c’est une erreur de croire que le patriarche et le synode permanent ont le même type de contrôle sur leur hiérarchie et sur leur Eglise que le pape dans l’Eglise catholique. Le patriarche de Moscou n’est pas un pape».
Enfin, dans les prochains jours, la Congrégation pour les Eglises orientales présentera, au Vatican, les actes d’un colloque organisé en 1998 et intitulé «Foi et martyre, les Eglises orientales catholiques dans l’Europe du XXe siècle». Ce colloque scientifique avait mis en lumière la tragédie de l’Eglise grecque-catholique – dissoute officiellement en 1946 par Staline – durant la persécution nazie et communiste. Cet aspect dramatique de l’histoire des grecs-catholiques ne serait pas étranger à la volonté de Jean Paul II de reconnaître leur Patriarcat. (apic/imedia/be)



