Rome: Des mesures exceptionnelles pour faire face à «l’événement de l’année»

Béatification du Padre Pio, plus de monde dimanche qu’au Jubilé

Rome, 30 avril 1999 (APIC) Rome s’apprête à accueillir ce week-end plus de 600’000 pèlerins venus assister aux cérémonies de béatification du Padre Pio, le stigmatisé de San Giovanni Rotondo, dans les Pouilles, décédé en odeur de sainteté en 1968. Pour la capitale italienne, il s’agit de «l’événement de l’année», une sorte de répétition générale avant l’arrivée des millions de pèlerins et de touristes attendus pour le Jubilé de l’an 2000.

Dimanche 2 mai, des centaines de milliers de personnes convergeront vers les basiliques de Saint-Pierre – où aura lieu la cérémonie de béatification – et Saint-Jean-de-Latran, où elle sera retransmise sur un écran géant. «Ils seront très nombreux, et personne n’est en mesure de savoir combien viendront», explique le colonel Vittorio Tomasone, commandant du détachement opérationnel des carabiniers de Rome, qui se demande où faire parquer le grand nombre de bus attendus de tous les coins de l’Italie.

Depuis quelques jours, en effet, on assiste dans toute la Péninsule à une véritable «Padre Pio mania», ironise-t-on. Il n’y a déjà plus de places depuis des jours dans les trains spéciaux affrétés par les organisations religieuses. Un mois avant l’événement, on parlait même d’un million de pèlerins, mais beaucoup d’entre eux ont été dissuadés de venir à Rome ce jour-là par les organisateurs de la cérémonie eux-mêmes.

Les médias ne sont pas absents de cette «fièvre»: durant cette semaine, dans un effort inégalé, la RAI a mis sur pied des soirées et émissions spéciales, diffusé des montages d’images d’époque et des films sur le «frère aux stigmates». Elle prépare la retransmission télévisée en direct dimanche de la cérémonie de béatification, avec liaisons de la Place Saint-Pierre, Saint-Jean-de-Latran et San Giovanni Rotondo sur 13 écrans géants.

Gros moyens

Le chef des carabiniers, penché sur un plan de Rome, estime qu’il n’y aura jamais autant de monde concentré en une seule journée pendant toutes les manifestations du Jubilé. Sans oublier que Rome est couverte de chantiers. Pour faire face, les carabiniers de Rome ont dû faire appel à des renforts des autres provinces du Lazio et des télécaméras de surveillance ont été installées aux points stratégiques des deux places où se concentreront les pèlerins, qui seront survolés toute la journée par un hélicoptère équipé de caméras qui retransmettront les images en direct à une centrale de commandement mobile installée près de Saint-Pierre.

Selon les prévisions plus de 600’000 personnes participeront directement aux cérémonies de béatification du Padre Pio à Rome, venant pour beaucoup du Sud de l’Italie, d’où est originaire le célèbre capucin aux stigmates de Pietrelcina.

Seules 150’000 personnes environ pourront assister à la célébration sur la Place Saint-Pierre et sur la Place Pie XII qui la prolonge. 200’000 autres pourront se rassembler pendant ce temps devant la basilique romaine de Saint Jean de Latran, où ils suivront la cérémonie sur des écrans géants, avant que le pape ne les rejoigne à midi pour réciter la prière de l’Angelus.

Les autres milliers de fidèles de Padre Pio devront donc rester à l’écart dans la matinée du dimanche 2 mai. A Rome, cette béatification est considérée comme un test de la capacité de la ville à recevoir des foules qui représenteront l’affluence moyenne de l’un des 40 événements religieux de l’Année 2000. Les écoles romaines seront fermées le 3 mai, pour éviter des encombrements trop importants le soir de la béatification.

En attendant, certains critiquent le «business» qui s’est créé autour du Padre Pio à travers l’abondance des souvenirs sur lesquels figure son effigie. Interrogé à ce sujet dans le dernier numéro de l’hebdomadaire italien «Liberal», l’écrivain et journaliste italien Vittorio Messori qualifie ce «business» d’»irritant», mais affirme ne pas trop se «scandaliser», parce que «si les étalagistes font penser aux marchands du temple, ils ne font que répondre à une demande», les pèlerins recherchant des souvenirs qui témoignent de l’importance pour eux de cette béatification. Ils voient chez Padre Pio un «reflet de Dieu», continue Vittorio Messori, «comme cela devrait arriver avec tous les prêtres».

104 volumes et 7’000 pages

Né le 25 mai 1887 à Pietrelcina, dans l’archidiocèse de Bénévent, en Campanie, le jeune Francisco Forgione entre à l’âge de 16 ans au noviciat des Frères mineurs capucins de Morcone, dans la même région, où il prend le nom de Frère Pio. En 1907, il prononce ses voeux perpétuels, et est ordonné prêtre en 1910. Six ans après, il est envoyé chez les Frères de San Giovanni Rotondo, dans les Pouilles, où il restera jusqu’à sa mort, le 23 septembre 1968, à l’âge de 81 ans, centrant son ministère sur la direction spirituelle, la confession et la célébration de la Messe.

En 1918, le capucin «reçoit» les stigmates, cinq plaies qui resteront ouvertes et sanglantes pendant 50 ans. Son rayonnement attire de plus en plus de monde, et un grand nombre de fidèles témoignent de miracles obtenus par son intercession, au point qu’en 1931, il lui est demandé d’arrêter tout ministère public.

Le procès de béatification sera ouvert officiellement en 1983. En 1989, toute la documentation à son sujet est rassemblée en 104 volumes, et son procès diocésain est conclu en 1990. Sa cause est alors portée à la Congrégation pour les causes des saints, qui émet un décret sur sa validité.

De 1991 à 1996 les 104 volumes du procès diocésain sont réduits à 4 volumes en 6 tomes, pour un total d’environ 7’000 pages. En 1997, est reconnue «l’héroïcité des vertus» de Padre Pio, qui reçoit le titre de «vénérable».

En janvier 1998 commence, auprès de la Congrégation pour les causes des saints, l’étude d’une guérison dite miraculeuse, celle de Consiglia De Martino, italienne guérie en 1995 d’une «rupture traumatique dans le cou du conduit thoracique». Le «décret sur le miracle» attribué à l’intercession de Padre Pio sera promulgué le 21 décembre 1998 au Vatican en présence de Jean Paul II. (apic/imed/ansa/be/pr)

30 avril 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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