Rome: Dialogue avec les communautés charismatiques sur les prières de guérison

Le charisme n’est pas une «propriété privée»

Rome, 13 novembre 2001 (APIC) Près de 120 personnes, membres de la curie romaine ou de communautés nouvelles, ont participé du 10 au 13 novembre 2001 à Rome à une réunion de travail sur les prières de guérison. Cette rencontre était organisée par le Conseil pontifical pour les laïcs, en lien avec le Service international du renouveau charismatique catholique (ICCR).

C’est la première fois depuis l’apparition des communautés dites nouvelles que le Saint-Siège ouvre un dialogue officiel avec elles sur le sujet des guérisons. Une manière de reconnaître que les charismes de ces communautés ne sont pas une «propriété privée», mais bien le fruit de la vocation de chaque chrétien, comme l’ont affirmé unanimement les participants.

La rencontre se basait sur «l’instruction pour les prières de guérison», publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi le 23 novembre 2000. Elle met en garde contre certains «abus» dans les réunions de prières organisées en vue d’obtenir la guérison de malades et contre l’attribution «arbitraire» de «charismes de guérison» à certaines personnes. Le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation, y propose des éléments de «discernement» face au «phénomène nouveau» de la «multiplication» de telles réunions de prière.

Contre les manières excessives

Intervenant lors de l’ouverture des travaux, Mgr Tarcisio Bertone – secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi -, a abordé l’aspect doctrinal des prières de guérison. Il a commencé son intervention en déplorant une «réduction abusive» de «l’instruction pour les prières de guérison» notamment par les médias. Ainsi, a-t-il affirmé, il ne s’agit pas d’une critique mais d’une mise en garde contre les manières excessives de procéder à ces pratiques». Ce document, a-t-il expliqué, «restitue les prières de guérison contemporaines à la tradition de l’Eglise».

Pour le prélat, la liturgie propose elle-même de prier pour la guérison des malades. «Servez-vous de ce qu’il y a dans la liturgie», a-t-il déclaré, insistant pour que ces prières se déroulent dans un lieu propice et avec une personne ayant reçu la responsabilité de diriger une telle assemblée. «Il faut éviter les phénomènes de foules qui, exaspérées de ne pas voir un miracle arriver, finissent par cultiver une confiance excessive dans des pratiques comme l’imposition des mains». «C’est un devoir que de prier pour la guérison des malades», a-t-il ajouté, mais «n’oublions pas que le véritable mal de l’homme, c’est le péché».

Meilleure connaissance des dons du Saint-Esprit

«La maladie du corps n’est pas seulement un mal, mais une occasion pour glorifier Dieu», a également affirmé le cardinal John Francis Stafford, président du Conseil pontifical pour les laïcs. Le cardinal s’est toutefois dit «satisfait» du déroulement de la réunion. «Cette approche des prières de guérisons par une vision doctrinale, historique, spirituelle et canonique, est très positive», a-t-il déclaré.

«La présence du Saint-Siège signifie que nous voulons encourager ceux qui ont été appelés à une responsabilité particulière dans ce domaine», a ajouté le cardinal américain, soulignant l’importance d’un dialogue entre l’Eglise institutionnelle et les communautés charismatiques. «Je pense qu’il serait important, à présent, que les paroisses engagent à leur tour un dialogue avec les membres de ces communautés pour avoir une meilleure connaissance des dons de l’Esprit-Saint», a-t-il affirmé, parlant de la rencontre comme une «étape» dans ce dialogue.

Evolution dans la manière de percevoir les guérisons

Pour le Père Daniel-Ange, un Français fondateur du mouvement «Jeunesse Lumière», une coopération entre les deux parties doit partir d’une volonté commune de faire vivre la tradition de l’Eglise. «Même si nous sommes très différents, avec d’un côté la curie romaine qui parle de cadre et de doctrine, et de l’autre les communautés qui témoignent d’expériences concrètes, cela nous fait prendre conscience que la demande de guérison n’est pas réservée aux charismatiques. Mais c’est bien la vocation profonde de tout homme. «Il y a dix ans, une telle réunion était impensable», a-t-il précisé.

Concernant le lien entre la prière de guérison proposée par les mouvements charismatiques et celle inscrite dans la liturgie traditionnelle de l’Eglise, le Père Daniel-Ange a expliqué «que les différentes manières de demander une guérison, dépendent de la foi et de la confiance des gens». «Il y a eu une évolution dans la manière de percevoir ces guérisons», a ajouté le prêtre français, rappelant qu’à l’origine, «on pensait que seuls les saints pouvaient implorer la guérison de quelqu’un».

L’Eglise, d’ailleurs, exige la reconnaissance d’une guérison physique pour canoniser une personne. Aujourd’hui, «ce don a été tout d’un coup démocratisé», a-t-il expliqué. Pour lui, «prier pour la guérison d’un malade n’est plus réservé à un saint ou à un lieu, mais à tout baptisé». «On a pris conscience que la guérison est un signe fort pour montrer l’existence de Dieu. Elle est en quelque sorte sa signature», a-t-il conclu.

Exercer les charismes: un droit et un devoir pour les chrétiens

«C’est le droit et le devoir de chaque chrétien d’exercer les charismes qu’il reçoit de l’Esprit-Saint», a affirmé pour sa part le Père Libero Gerosa, recteur de la faculté théologique de Lugano en Suisse. Pour lui, «la communion de l’Eglise est en jeu». Intervenant sur l’aspect canonique des prières de guérison, il a toutefois déploré que les cérémonies reprises par les mouvement charismatiques ne soient pas aujourd’hui pleinement prises en compte par le «règlement disciplinaire» de l’Eglise. «Contrairement à l’esprit de Vatican II et de Jean Paul II, les règles trop strictes empêchent la pleine réalisation de ces célébrations». «Mais les règles peuvent changer», a-t-il conclu.

Le Conseil pontifical pour les laïcs estime qu’un des fruits de la rencontre pourra être à long terme «le désenclavement» des charismes des communautés nouvelles et leur intégration à la vie liturgique paroissiale. «Ce n’est pas une question de sensibilité», a affirmé un des organisateurs, soulignant qu’il s’agit de savoir «si la pratique est ecclésiale ou non». (apic/imed/mk)

13 novembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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