Le cardinal Poupard se dit préoccupé

Rome: Diffusion d’une culture de haine anti-occidentale suite aux caricatures de Mahomet

Rome, 8 février 2006 (Apic) Le «climat de haine» visant la culture occidentale suite à la publication de caricatures de Mahomet est préoccupant, estime le cardinal Paul Poupard. Commentant l’assassinat, le 5 février, du Père Andrea Santoro, missionnaire en Turquie, le président du Conseil pontifical de la culture a cependant souligné la nécessité d’une plus grande responsabilité des médias en Occident.

«Oui», l’assassin du Père Andrea Santoro a confessé avoir tué par haine antichrétienne, a commenté le cardinal Poupard dans le quotidien italien «Il Messaggero» du 8 février 2006. Cela confirme le climat de haine dont a été victime ce prêtre qui donnait un «témoignage chrétien et fraternel». Pour le cardinal français, ce meurtre fait réfléchir sur le mystère abyssal du mal et du bien. «Mais le mal n’aura pas le dernier mot», a-t-il ajouté.

Fondamentalistes et laïcistes, même combat !

Le président du Conseil de la culture s’est toutefois montré préoccupé par ce climat de haine visant la culture occidentale. Il a ainsi regretté la position de la communauté islamique qui souhaite que sa propre religion «embrasse tout», mais aussi la prétention de la culture laïque, «en réalité laïciste», qui chasse «la religion dans le privé».

Pour le «ministre» de la culture du Saint-Siège, il faut respecter chaque forme de croyance. Mentionnant le préambule de la charte de l’Unesco – «La guerre naît dans l’esprit des hommes» -, il a estimé que c’est là qu’il faut agir, avec l’éducation.

Interrogé sur la raison motivant le fait que ce soit généralement les chrétiens qui sont victimes de l’intolérance religieuse, le cardinal Poupard a parlé d’instrumentalisation. Pour lui, il n’y a en effet «rien de spontané dans les manifestations islamiques» de ces derniers jours. «En Occident, il y a une conception de liberté qui est plutôt un libéralisme acharné, d’une liberté qui vise à elle-même», a par ailleurs déclaré le cardinal Poupard, à propos du débat actuel sur la liberté de la presse. Pour lui, la liberté n’est pas une valeur absolue. «C’est la valeur humaine qui est absolue».

La colère des islamistes est instrumentalisée

Il a ainsi expliqué qu’il y avait des actes qui pour certains sont sans conséquences et pour d’autres sont gravement offensifs. Aussi, «aujourd’hui, on ne peut se permettre d’être provinciaux», a-t-il estimé, signalant qu’une action dans un lieu peut avoir des répercussions à l’autre bout du monde. Ainsi, une simple caricature peut enflammer le monde entier.

«Il faut plus de responsabilité», a aussi déclaré le cardinal. «Si j’insiste sur les droits de l’homme même un enfant comprend que s’il n’y a pas le devoir de les respecter ils ne servent à rien», a-t-il ajouté. Pour le plus ancien chef de dicastère de la curie, celui qui défend l’autolimitation de la liberté n’est pas un ennemi de la liberté.

Le Père Santoro, un prêtre missionnaire italien de 61 ans qui vivait depuis 5 ans à Trabzon (Trébizonde), en Anatolie a été tué par balles le 5 février 2006, alors qu’il priait dans son église, à la fin de la messe. L’assassin turc de 16 ans qui avait pris la fuite a été arrêté deux jours plus tard. Il aurait déclaré avoir agi à cause des caricatures de Mahomet publiés dans des journaux occidentaux. La dépouille de Don Andrea a été rapatriée en Italie le 7 février. Ses obsèques, présidées par le vicaire de Rome, le cardinal Camillo Ruini, auront lieu le 10 février à 10h dans la basilique de Saint-Jean de Latran. (apic/imedia/ar/be)

8 février 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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