Rome: «Dio e il mondo», traduction en italien du dernier livre du cardinal Ratzinger
Le chef de la doctrine de la foi rêve de retraite
Rome, 14 septembre 2001 (APIC) Alors que sort de presse «Dio e il mondo», traduction en italien du dernier livre du cardinal allemand Josef Ratzinger, la presse italienne spécule sur le possible retrait de l’un des hommes forts du Vatican. Le préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, qui va fêter en novembre prochain ses 20 ans à la tête de ce qui fut longtemps le Saint-Office, a lui-même alimenté les rumeurs sur son éventuel retrait.
L’influent Josef Ratzinger, l’autorité vaticane qui compte le plus d’années de service après le pape, a laissé entendre aux journalistes dans la ville italienne de Cernobbio qu’il attendait avec impatience le jour où il pourrait encore écrire des livres. La décision de se retirer ou de rester au gouvernail de l’instance chargée de veiller à la pureté de la doctrine catholique appartient au Saint-Père, a-t-il laissé entendre.
Le cardinal allemand a été interrogé sur ses intentions après l’annonce du retrait du cardinal archevêque de Milan, qui fêtera comme lui ses 75 ans au début 2002. Cet âge atteint, il devra donner automatiquement sa démission, mais le pape peut lui demander de rester encore quelque temps à la tête de son dicastère. Ainsi à l’époque, le responsable du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, le cardinal Jan Willebrands, ne s’était retiré qu’en décembre 1989, soit trois mois après avoir fêté ses 80 ans. Notons qu’en cas de décès ou de démission d’un pape, d’après le code de droit canon, les préfets des congrégations romaines perdent automatiquement leur poste.
Un livre de plus de 400 pages
Pour le moment, c’est pourtant le dernier livre du cardinal de la curie, «Dio e il mondo», qui intéresse le plus la presse de la Péninsule. Dans cet entretien de plus de 400 pages avec le journaliste et écrivain allemand, Peter Seewald, le cardinal Ratzinger aborde les thèmes épineux de la crise de la foi, des miracles, du lien entre Dieu et la raison, de la nature du Christ. Le quotidien catholique italien «Avvenire» a reproduit dans son édition du 13 septembre des extraits du livre portant sur l’avenir de l’Eglise.
Dans ce passage, Peter Seewald, qui a déjà mené l’entrevue du cardinal Ratzinger dans son ouvrage «Le sel de la Terre», pose tout d’abord la question de l’avenir de l’Eglise en Europe. «Il y a quelques années, répond le cardinal Ratzinger, lorsque j’ai annoncé que l’Eglise allait se réduire numériquement, des reproches me sont parvenus de partout comme quoi j’étais pessimiste. Mais ce n’était rien d’autre que du réalisme. Tous admettent la baisse du pourcentage des chrétiens baptisés dans l’Europe d’aujourd’hui. Les tendances statistiques sont irréfutables. Dans ce sens, se réduit la possibilité d’identification entre un peuple et l’Eglise. Nous devons simplement en prendre acte.»
Proposer des repères pour la construction du corps social
«L’Eglise continuera pourtant, affirme le cardinal Ratzinger, à exprimer son point de vue dans le processus de production législative et à proposer les grandes valeurs universelles qui sont les étoiles polaires de la construction d’un corps social humain. De ce point de vue, elle a une responsabilité universelle.»
«L’Eglise de masse, poursuit-il, peut être quelque chose de très beau, mais ce n’est pas l’unique modalité d’existence de l’Eglise. L’Eglise des premiers temps était petite sans être pour autant une communauté sectaire. Au contraire, elle ne se refermait pas sur elle-même, mais se reconnaissait des devoirs envers les plus pauvres et les plus malades. Ceux qui ne se sentaient pas encore prêts à une identification totale avec l’Eglise pouvaient, dans une certaine mesure, s’en approcher pour voir ensuite s’ils allaient faire le pas définitif.»
Revenant à la situation actuelle, le cardinal affirme, «avec ce processus de diminution numérique, nous allons devoir explorer de nouvelles formes d’ouverture à l’extérieur, trouver de nouvelles modalités d’implications partielles de ceux qui se trouvent en dehors de la communauté des croyants. Nous ne pouvons accepter tranquillement que le reste de l’humanité se précipite dans le paganisme qui est de retour, ajoute-t-il un peu plus loin, nous devons trouver une route pour porter l’Evangile aux non croyants. «
Prudence dans les innovations liturgiques
Quant aux changements qui pourraient intervenir dans l’Eglise d’un point de vue liturgique et pastoral, en raison des bouleversements prévisibles du visage de l’Occident, le cardinal recommande une grande prudence. «Le déroulement du cours de l’histoire a toujours réservé beaucoup de surprises. Ce qui est clair c’est que vont apparaître de nouveaux tempéraments, de nouveaux charismes qui laisseront leurs empreintes sur l’Eglise. Il faut éviter, insiste-t-il, d’élaborer des préconstructions fantastiques de ce qui pourrait se révéler très différent, pour ce concentrer au contraire sur l’essentiel. Cet essentiel pourra trouver ensuite de nouveaux modes pour s’incarner et s’autoreprésenter.»
Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi relève encore qu’il faut «entreprendre un processus de simplification qui nous permette de saisir ce qui constitue la poutre portante de notre doctrine, de notre foi, ce qui a en elle, une valeur pérenne. Je ne pense pas qu’il nous soit d’une grande aide de penser à de nouvelles liturgies pour un monde ’technologisé’ ou pour d’autres types de civilisations. Ce seraient des artifices autoconfectionnés. La liturgie a grandi avec l’Eglise d’une manière organique comme n’importe quel être vivant. Elle doit être traitée avec dévotion et sauvegardée.» (apic/imedia/be)



