Conflits entre dévots et autorité de l’Eglise; Medjugorje concerné

Rome: Directives pour les évêques sur les apparitions mariales et les révélations privées

Rome, 6 février 2003 (APIC) En réponse à la prolifération de nouvelles apparitions mariales et autres révélations privées, le Vatican travaille à la mise un jour de directives pour aider les évêques dans le discernement de tels phénomènes. L’agitation autour des apparitions de Medjugorje n’est pas étrangère aux soucis du Vatican. Dans de nombreux endroits du monde, des groupes de laïcs font de plus en plus souvent pression sur leur évêque pour qu’il reconnaisse des apparitions parfois fantaisistes.

Les directives actuelles, datant de 25 ans, doivent être revues à la lumière des nouveaux risques et de la nécessité d’une plus grande clarté doctrinale «spécialement là où des groupes de laïcs se rassemblent sur des lieux d’apparition en défiant les évêques locaux», écrit l’agence de presse catholique américaine CNS. D’après les informations publiées par CNS (Catholic News Service), les conflits qui peuvent surgir entre les fidèles dévots et l’autorité épiscopale dans ce domaine sont la principale préoccupation à l’origine de ce document.

Lors d’un rapport publié en 2002, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait mentionné une croissance significative d’apparitions, révélations et autres phénomènes (stigmates, statues pleurant du sang, etc..) à travers le monde.

CNS, après avoir contacté fin janvier des responsables de la Congrégation romaine, écrit que le nouveau document est une mise à jour des directives existantes et publiées en 1978. Le principal problème, qui demande «une plus grande clarté doctrinale», est lorsqu’un groupe de laïcs se forme autour d’une apparition, malgré un avis défavorable de l’évêque du lieu. Un peu partout des pressions sont exercées sur les évêques pour qu’ils reconnaissent ce genre de phénomènes. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi indique qu’en cas de refus de reconnaissance par l’autorité ecclésiale, des tensions persistantes et inquiétantes peuvent même menacer l’unité de l’Eglise locale.

Internet favorise la mondialisation des phénomènes

Bien que la problème, en soi, ne soit pas nouveau, les moyens de communication modernes, surtout internet, favorisent une prolifération des messages généralement apocalyptiques, liés aux phénomènes d’apparitions et de révélations. La cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a certes, à l’occasion, qualifié cette prolifération d’apparitions mariales de «signe des temps», mais il a reconnu que ce phénomène pouvait évidemment receler aussi des dangers.

L’enseignement de l’Eglise est par ailleurs clair sur le sujet: la révélation publique a pris fin avec le Nouveau Testament, et aucune révélation privée n’ajoutera quelque chose d’essentiel pour la foi. Raison pour laquelle aucun fidèle catholique n’est tenu de croire aux apparitions, même à celles reconnues par l’Eglise. Mais, l’autorité vaticane s’inquiète essentiellement de la revendication d’autonomie des laïcs, liée à certains phénomènes d’apparitions ou de révélations, et de la «division au plan pastoral» qui s’en suit.

Les nouvelles directives ne cherchent pas à substituer le Vatican à l’autorité épiscopale locale dans le discernement en matière d’apparitions, mais à en «clarifier les critères et rappeler les éléments doctrinaux en jeu».

L’affaire Medjugorje

Actuellement, l’une des plus grandes controverses porte sur les apparitions et messages mariaux de Medjugorje, en Bosnie-Herzégovine. Mgr Ratko Peric, évêque du diocèse de Mostar-Duvno, sur le territoire duquel se trouve le sanctuaire marial, salue le projet de nouvelles directives. Il s’agira de préciser plus clairement les situations où, comme à Medjugorje, l’autorité de l’Eglise ne peut affirmer à l’heure actuelle sur la base d’une enquête qu’il s’agisse effectivement d’un phénomène «surnaturel», mais n’a pas non plus déclaré que l’apparition présumée était pour autant fausse. SH

Encadré

Critères d’évaluation pour juger d’une apparition

L’approche vaticane a toujours été de distinguer entre l’apparition elle- même, qui peut demeurer non prouvée, et les conséquences spirituelles auprès des fidèles, qui peuvent être par contre manifestes. Ce signifie que dans les lieux où une apparition attend toujours la reconnaissance de l’Eglise, les gens peuvent s’y rendre pour prier et recevoir des «cadeaux spirituels», aussi longtemps qu’ils n’affirment pas que l’apparition est authentique.

Plusieurs critères sont utilisés pour distinguer les phénomènes en cause: la vérification des faits, le caractère moral et l’équilibre psychologique des voyants, l’absence d’erreurs doctrinales dans les messages présumés d’origine divine, aucune évidence d’hystérie collective, ainsi que la qualité des «fruits spirituels» liés à l’apparition. Le jugement sur les apparitions est en premier lieu l’affaire de l’évêque local, mais dans la plupart des cas, la Conférence nationale des évêques et la Congrégation vaticane pour la Doctrine de la Foi sont également impliquées. (apic/cns/sh)

6 février 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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