La position du futur pape était plus souple en 1972

Rome: divorcés-remariés: pas de recette toute faite, selon Benoît XVI

Rome, 28 juillet 2005 (Apic) Devant la souffrance des divorcés remariés, il n’y a pas de recette toute faite, a estimé le pape Benoît XVI devant les prêtres de la Vallée d’Aoste, rencontrés lundi 25 juillet dans l’église paroissial d’Introd. Le pape a cependant réaffirmé l’impossibilité de la communion sacramentelle pour les divorcés-remariés. Pour la petite histoire, en 1972, celui qui allait devenir pape était favorable, dans le cas d’une première union «rompue depuis longtemps et d’une manière irréversible» et d’un remariage qui «a fait ses preuves sur une période assez longue» à l’accès des divorcés remariés à la communion.

Benoît XVI a souligné la complexité des cas des divorcés remariés, souvent convertis après coup, qui souffrent de ne pas avoir accès à l’eucharistie. Ce problème «très difficile doit être encore approfondi», a- t-il déclaré. Le pape a par ailleurs fait savoir qu’il avait l’intention de s’exprimer publiquement sur la pastorale des prisonniers. Ses paroles ont été rapportées par «l’Osservatore Romano» du 27 juillet 2005.

«Nous savons tous que cela est un problème particulièrement douloureux pour les personnes qui vivent dans des situations où elles sont exclues de la communion eucharistique et naturellement pour les prêtres qui veulent aider ces personnes à aimer l’Eglise, à aimer le Christ. Cela pose un problème», a déclaré le pape interrogé sur la situation délicate des divorcés-remariés. Dans l’Eglise catholique, le second mariage d’une personne mariée à l’Eglise puis divorcée n’est pas reconnu comme valide. Les personnes divorcées n’ont accès à l’eucharistie «que si elles vivent chastement».

«Aucun de nous n’a de recette toute faite, d’autant que les situations sont toujours diverses», a poursuivi Benoît XVI. «La situation de ceux qui se sont mariés à l’Eglise» par tradition, sans être vraiment croyants et qui, «se trouvant dans un nouveau mariage non valide, se convertissent, trouvent la foi et se sentent exclus du sacrement» de l’eucharistie «est particulièrement douloureuse», a-t-il fait remarquer.

«Cela est réellement une grande souffrance, a insisté Benoît XVI, et quand j’étais préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, j’ai invité différentes Conférences épiscopales et spécialistes à étudier ce problème : un sacrement célébré sans foi». «Je n’ose pas dire si, parce qu’il manquait une dimension fondamentale au sacrement, on peut réellement trouver là un moment d’invalidité», a-t-il alors déclaré. Si l’absence de foi entrait dans les critères de non validité du mariage religieux, alors il pourrait être rendu nul et les mariés, considérés comme ne l’étant pas, pourraient communier et se remarier à l’Eglise.

Problème à approfondir

«Personnellement je le pensais, mais j’ai compris des discussions que nous avons eues, que le problème est très difficile et doit encore être approfondi», a alors nuancé le théologien allemand. «Je n’ose pas donner de réponse maintenant», a-t-il poursuivi.

«Dans tous les cas, deux aspects me semblent très importants», a continué le pape. «Même s’ils ne peuvent pas se rendre à la communion sacramentelle,» les divorcés-remariés «ne sont pas exclus de l’amour de l’Eglise et de l’amour du Christ». Et si participer à la messe sans communier n’est pas participer pleinement à la messe, cela reste quelque chose «d’inégalable», selon le pape, «c’est toujours être impliqués dans le mystère de la Croix et de la résurrection du Christ». «Il s’agit donc de faire comprendre que si malheureusement il manque une dimension fondamentale, ils ne sont pas exclus du grand mystère de l’Eucharistie, de l’amour du Christ présent», a alors affirmé le pape. Il a aussi invité les prêtres et les communautés paroissiales à faire «comprendre à ces personnes qu i souffrent» qu’elles sont aimées, tout en respectant «l’indicibilité du sacrement».

Benoît XVI a alors voulu évoquer «le problème» des communautés protestantes et des Eglises orthodoxes, «souvent présentées comme un modèle dans lequel il est possible de se remarier». Il a souligné qu’en réalité pour eux aussi «seul le premier mariage est sacramentel» et qu’ils «reconnaissent que les autres ne sont pas un sacrement, que ce sont des mariages réduits, redimensionnés, dans une situation pénitentielle», qu’ils peuvent certes aller communier «mais sachant que cela est concédé ’en économie’ comme ils disent, pour une miséricorde qui n’ôte malgré tout pas le fait que leur mariage n’est pas un sacrement». Le pape a encore affirmé que les Eglises orientales «ont accordé avec une grande légèreté la possibilité de divorcer et que le principe de l’indisso lubilité, caractère vraiment sacramentel du mariage», est de ce fait «gravement blessé».

Délicate intégration

Le second aspect sur lequel Benoît XVI s’est ensuite arrêté est celui de la nécessité «d’enseigner et de rendre crédible également pour notre vie même, que la souffrance, dans diverses formes, fait nécessairement partie de notre vie». «Et celle-là est une souffrance noble», a-t-il ajouté, faisant sans doute référence aux croyants qui souffrent de ne pas avoir accès à la communion.

«Il s’agit de faire comprendre que le plaisir n’est pas tout», a poursuivi le pape, que «la vraie joie» croît et «mûrit toujours dans la souffrance, en communion avec la Croix du Christ».

Les divorcés remariés ne sont pas excommuniés de l’Eglise catholique mais leur intégration y est très délicate. Si le cardinal Julian Herranz, président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, considère qu’il ne faut pas «marginaliser» ou «discriminer» les divorcés remariés au sein de l’Eglise, ils y sont officiellement considérés «en situation de péché public et continu», selon un texte officiel sur le mariage publié en février 2005 par le Saint-Siège. Ils n’ont donc pas accès à la communion.

En 1994, Benoît XVI, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait ainsi rappelé que l’Eglise «ne peut reconnaître comme valide une nouvelle union, si le mariage précédent l’était. Si les divorcés se sont remariés civilement, ils se trouvent dans une situation qui contrevient objectivement à la loi de Dieu». Dans une telle situation, l’accès à la communion «sera ouvert uniquement par l’absolution» de ceux qui «se sont repentis», avait-il expliqué, cela impliquant concrètement la vie «en complète continence».

Urgence

Mais à l’image de nombreux membres du clergé, le cardinal Ratzinger était autrefois plus souple dans ses principes. En 1972, il était favorable, dans le cas d’une première union «rompue depuis longtemps et d’une manière irréversible» et d’un remariage qui «a fait ses preuves sur une période assez longue» à l’accès des divorcés remariés à la communion (Josef Ratzinger, Zur Frage nach der Unauflöslichkeit der Ehe – A propos de la question relative à l’indissolubilité du mariage -, Editions Kösel, Munich, p. 52).

Quoiqu’il en soit, le Saint-Siège a toujours beaucoup travaillé sur ces questions et continue à le faire. «Il y a urgence» confie-t-on au Vatican, alors que de nombreux fidèles voudraient faire du processus de nullité de mariage «un divorce parallèle et masqué». En la matière, l’activité du tribunal de la Rote romaine – chargé d’instruire ces dossiers – a presque doublé en dix ans. Mais le tribunal n’annule aucun mariage si le divorce civil n’a pas été prononcé. Ainsi le Vatican respecte et prend en considération le mariage civil des catholiques. Il y a un an, dans un article de la prestigieuse revue jésuite, la Civiltà Cattolica, le père Diaz Moreno expliquait que l’Eglise ne pouvait pas ignorer le mariage civil des baptisés. «C’est un acte sincère et volontaire». S’ils «n’ont pas la foi et estiment qu’un mariage religieux serait contraire à leur conscience», il ne faut pas les forcer à passer devant monsieur le curé. Mais s’ils «retournent à la foi» et veulent passer à l’Eglise, ils devront faire la démonstration de leur conviction.

Document à venir

Au cours de son échange avec les prêtres de la Vallée d’Aoste, le pape s’est par ailleurs exprimé sur la pastorale des prisonniers. Il a rapporté que peu de jours avant sa réunion du 25 juillet, il avait parlé avec le cardinal Renato Martino, président du Conseil Justice et Paix qui est «en train d’élaborer un document sur le problème de nos frères et soeurs reclus, lesquels souffrent et se sentent parfois peu respectés dans leurs droits humains», voire «méprisés», et «vivent une situation dans laquelle il y a vraiment besoin de la présence du Christ». «Je vous sais gré d’avoir parlé de ces menaces à la dignité humaine dans de telles circonstances, pour apprendre que nous devons aussi être des prêtres frères de ces ’minimes’; voir en eux le Seigneur qui nous attend est de très grande importance», a déclaré le pape s’adressant au prêtre qui l’avait interpellé sur cette question.

«J’ai l’intention, avec le cardinal Martino, d’avoir une parole publique sur ces situations particulières, qui sont un mandat pour l’Eglise, pour la foi, pour son amour», a annoncé Benoît XVI. (apic/imedia/ar/pr)

28 juillet 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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