Détails intéressants sur les réactions allemandes
Rome: dossier sur l’espionnage nazi au Vatican (171293)
à l’encyclique de Pie XI «Mit brennender Sorge»
Rome, 17décembre(APIC) Les services secrets nazis, qui surveillaient
étroitement les activités de l’Eglise catholique, n’ont pas été en mesure
de détecter l’existence, avant sa lecture dans toutes les églises allemandes, de l’encyclique de Pie XI «Mit brennender Sorge» condamnant le national-socialisme. La Gestapo en a été profondément irritée, d’après des documents nazis se trouvant dans les archives soviétiques à Moscou et désormais
accessibles.
Depuis la chute du communisme, nombre de documents des services secrets
de l’ex-Bloc de l’Est ont cherché et trouvé acheteurs en Occident. Le jésuite Robert Graham, auteur connu de plusieurs volumes sur l’activité du
Saint-Siège pendant la seconde guerre mondiale, examine dans la revue jésuite italienne «Civilta Cattolica» un dossier sur l’espionnage nazi au Vatican.Ces documents avaient été saisis à Berlin par l’Armée Rouge en 1945.
Même si elle ne donne pas lieu à des révélations sensationnelles, la publication des dossiers en question, qui avaient appartenu aux services de
sécurité du IIIe Reich, fournit des détails intéressants sur la réaction
nazie à la lecture en mars 1937 de l’encyclique de Pie XI «Mit brennender
Sorge» (»Avec un souci brûlant») et sur les mesures prises pour empêcher la
répétition d’épisodes semblables.
L’encyclique cachée dans le tabernacle
Pie XI avait fait distribuer secrètement cette encyclique, rédigée en
allemand. Elle avait été distribuée personnellement aux prêtres de paroisse, à l’exception de ceux qui sympathisaient avec les nazis. L’encyclique
avait été lue simultanément, à la surprise générale, dans toutes les églises allemandes le 21 mars 1937, jour des Rameaux. Dans certaines paroisses,
elle avait même été cachée dans le tabernacle.
Ce fâcheux épisode pour les nazis a provoqué un contrôle accru des activités de la hiérarchie catholique et des institutions religieuses en Allemagne même, grâce à l’infiltration d’informateurs (si possible pas connus
publiquement pour leurs sympathies nazies) en particulier dans les ordinariats, mais aussi dans les imprimeries et les maisons d’édition catholiques. Ce travail s’est soldé par un certain succès: les délibérations de la
Conférence de Fulda en 1939/40 sont tombées entre les mains nazies. Depuis
1940, l’espionnage allemand cherchait aussi, avec l’aide d’un réseau d’informateurs, des renseignements sur l’attitude du Vatican et en particulier
sur les membres de la Curie.
Les rapports mentionnent expressément l’»attitude anti-fasciste impénitente» de Mgr Domenico Tardini et de Jean-Baptiste Montini, le futur Paul
VI. Plusieurs autres personnalités, de «L’Osservatore Romano», notamment,
étaient classées dans la même catégorie. Le dossier parle également du Cardinal Eugène Tisserand et de Mgr René Fontenelle, à l’époque correspondant
de «La Croix» à Rome.
Un autre chapitre suivi avec attention concerne les efforts des Pères
pallotins en faveur de l’émigration au Brésil des réfugiés, en partie
juifs. L’article évoque en outre la figure du comte Alfred von Kageneck, un
ancien élève des jésuites, envoyé plusieurs fois au Vatican pour y recueillir des renseignements grâce à ses relations au sein de la Curie. Vite démasqué, il fut utilisé par la Curie romaine pour faire connaître sans intermédiaire le point de vue du Vatican aux autorités du IIIe Reich, ce qui
évitait ainsi les canaux diplomatiques habituels, avec les complications
prévisibles. (apic/sv/cic/pr)




