Une parole commune
Rome: Du 4 au 6 novembre, première rencontre du Forum catholico-musulman
Rome, 2 novembre 2008 (Apic) La première rencontre du Forum catholico-musulman aura lieu au Vatican du 4 au 6 novembre 2008, un peu plus de deux ans après les propos controversés de Benoît XVI sur l’islam à Ratisbonne (Allemagne). Le Forum catholico-musulman trouve son origine dans l’écho des propos du pape en terre islamique puis dans la lettre ouverte «Rome: Du 4 au 6 novembre, première rencontre du Forum catholico-musulman entre vous et nous» envoyée en octobre 2007 à Benoît XVI et à d’autres responsables chrétiens par 138 dirigeants musulmans.
24 religieux et chercheurs catholiques, et autant de musulmans, participeront à ce premier séminaire à huis clos organisé autour du thème : «Amour de Dieu, amour du Prochain». Le 4 novembre, les participants travailleront autour des «bases théologiques et spirituelles» de leur dialogue et, le jour suivant, autour de la «dignité humaine» et du «respect mutuel». Les participants seront reçus par Benoît XVI dans la matinée du 6 novembre avant une session conclusive organisée à l’Université grégorienne de Rome. Cette dernière partie sera publique.
Les origines
Le 13 octobre 2006, un mois après le discours controversé de Benoît XVI à l’Université de Ratisbonne (12 septembre 2006) – où il avait utilisé une citation médiévale assimilant l’islam à la violence – à l’origine d’une polémique dans le monde musulman, 38 religieux et théologiens islamiques de différents pays avaient envoyé une «lettre ouverte» au pape. Dans leur courrier, les auteurs du texte manifestaient leur souhait d’un vrai «dialogue» entre christianisme et islam. Les signataires de la lettre saluaient aussi le discours du pape, le 25 septembre, aux ambassadeurs des pays à majorité musulmane accrédités près le Saint-Siège. Un discours dans lequel il avait fait état de son «respect total et profond pour tous les musulmans».
Cette lettre était alors parvenue au pape par l’intermédiaire de la nonciature apostolique à Amman qui l’avait reçue de l’un des signataires, le prince Ghazi bin Muhammad bin Talal, conseiller spécial du roi de Jordanie Abdallah II.
Puis, un an plus tard, le 13 octobre 2007, 138 musulmans ont écrit une nouvelle lettre intitulée «A common word between us and you» (Rome: Du 4 au 6 novembre, première rencontre du Forum catholico-musulman entre vous et nous). Ils y proposaient comme terrain d’entente entre musulmans et chrétiens les deux «plus grands commandements», l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Cette nouvelle lettre, qui contenait de nombreuses citations de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament, était à la fois signée par des musulmans sunnites et des musulmans chiites. Un fait maintes fois relevé côté catholique.
Cette deuxième lettre avait par ailleurs plus de destinataires que la première, 27 au total. Outre Benoît XVI, elle s’adressait ainsi au patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, au patriarche de Moscou, Alexis II, et aux chefs de 18 autres Eglises d’Orient. Elle était aussi adressée à l’archevêque anglican de Canterbury, Rowan Williams, aux leaders des fédérations mondiales des Eglises luthériennes, réformées, méthodistes et baptistes, au secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), le pasteur Samuel Kobia, et plus généralement «aux leaders des Eglises chrétiennes».
Le texte de la «Lettre des 138» a été discuté et mis au point en septembre 2007 au cours d’un congrès organisé à l’Institut royal Al Al-Bayt pour la pensée islamique (Jordanie), parrainé par le roi Abdallah II. Depuis, cette lettre a été signée par 137 autres responsables musulmans, portant ainsi à 275 le nombre des signataires.
Mars 2008 : la première rencontre
Ce premier séminaire du Forum catholico-musulman a été officiellement annoncé le 5 mars 2008 par le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, au terme de deux jours de rencontre entre deux délégations de cinq membres – l’une musulmane et l’autre catholique – réunies à Rome.
Les «138»’ étaient alors représentés par Abd Hakim Mourad, Britannique, professeur à Cambridge, Aref Ali Nayed, Libyen, lui aussi enseignant à Cambridge et membre de l’Inter-Faith Program de cette université, Ibrahim Kalin, Turc, professeur à la Georgetown University de Washington et directeur de la Fondation SETA à Ankara, Sohail Nakhooda, Jordanien, directeur d’Islamica Magazine, et l’Italien Yahya Sergio Yahe Pallavicini, imam de la mosquée al-Wahid de Milan et vice-président de la communauté religieuse islamique d’Italie.
Leurs homologues catholiques étaient le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, deux responsables de la curie romaine experts dans ce domaine, Mgr Pier Luigi Celata et Mgr Khaled Akasheh, et deux islamologues, le père Miguel Angel Ayuso Guixot, président de l’Institut pontifical d’études arabes et d’islamologie (Pisai), et le jésuite allemand Christian W. Troll, professeur à l’Université grégorienne.
Des débuts difficiles
Quelques jours après l’annonce du Forum catholico-musulman, le 22 mars 2008, veille de Pâques, Benoît XVI a baptisé dans la basilique Saint-Pierre un musulman converti, Magdi Allam, Egyptien de naissance, écrivain et journaliste. Aussitôt, la nouvelle a fait le tour du monde. Dans les médias musulmans, les commentaires sur Magdi Cristiano Allam (son nouveau nom) et Benoît XVI étaient majoritairement polémiques. Par le passé, Magdi Allam s’en était en effet pris à un islam «physiologiquement violent et historiquement conflictuel».
Parmi les réactions hostiles à son baptême, on trouvait deux signataires importants de la «Lettre des 138» : Yahya Pallavicini et Aref Ali Nayed. Yahya Pallavicini s’était dit «embarrassé par le manque de sensibilité» dont avaient fait preuve ceux qui avaient voulu baptiser Magdi Allam à Saint-Pierre. Aref Ali Nayed avait quant à lui critiqué Magdi Allam mais plus encore Benoît XVI, accusé d’avoir voulu réitérer, par le geste du baptême, «l’exécrable» discours de Ratisbonne.
Quelques jours plus tard, le Vatican, par la voix du directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, avait pris ses distances avec les prises de position controversées de Magdi Allam. «Accueillir dans l’Eglise un nouveau croyant ne signifie pas évidemment épouser toutes ses idées et positions, en particulier sur des thèmes politiques et sociaux», avait ainsi affirmé le père Federico Lombardi.
Les rencontres préparatoires
A l’approche du Forum catholico-musulman, les rencontres interreligieuses se sont multipliées, en différents endroits et à l’initiative de plusieurs personnes et instituts.
Le cardinal Jean-Louis Tauran a ainsi participé en juillet 2008 à une rencontre interreligieuse promue par le Roi Abdallah d’Arabie saoudite à Madrid (Espagne). Le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux avait alors appelé au respect de la liberté religieuse à travers le monde, invitant également à ne pas baser le dialogue entre les religions «sur l’ambiguïté». Cette rencontre n’était pas directement liée à la «Lettre des 138».
Mi-octobre, le père jésuite islamologue Christian W. Troll a prononcé une conférence à Cambridge (Grande-Bretagne), en présence de chercheurs musulmans et du primat de l’Eglise anglicane, l’archevêque de Canterbury Rowan Williams. Quelques jours plus tard, du 20 au 23 octobre, la Conférence européenne islamo-chrétienne intitulée «Etre citoyen d’Europe et homme de foi» s’est tenue à Bruxelles (Belgique), à l’initiative de la Conférence des Eglises européennes et du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe. A cette occasion, l’imam italien Yahya Pallavicini a souhaité que le futur Forum catholico-musulman permette aux deux religions de «renouveler leur connaissance réciproque».
Une dernière rencontre, organisée par les capucins de Turquie, le Pisai et l’université turque de Marmara sur «Les relations entre raison et foi dans l’islam et dans le christianisme» a eu lieu à Istanbul les 24 et 25 octobre.
A l’avenir, d’autres rencontres sont en préparation. Ainsi, les 23 et 24 mars 2009, à la Georgetown University (Washington DC – Etats-Unis), une conférence abordera les implications politiques de la «Lettre des 138». Enfin, une ’»Grande conférence» devrait avoir lieu en octobre 2009 sur les rives du Jourdain, sur le lieu présumé du baptême du Christ. (apic/imedia/ami/js)



