Tout n’est pas négociable

Rome-Ecône: Suspension des discussions saluée par le cardinal Eyt, de Bordeaux

Bordeaux, 28 mars 2001 (APIC) La suspension des discussions entre Rome et Ecône en raison de profondes divergences doctrinales est saluée sans ambages par le cardinal Pierre Eyt, pour qui «tout n’est pas négociable». Dans un communiqué concernant les relations entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X publié sur le site internet du diocèse (*), l’archevêque de Bordeaux se «félicite que la cause de la dite suspension vienne ’du côté de Rome’».

«De telles différences doctrinales, liturgiques, sacramentelles, institutionnelles, de telles oppositions, non seulement sur le ’Mystère pascal’ mais sur tant d’autres éléments de la foi, peuvent-elles être surmontées sans examen approfondi et sans délai suffisant ? Pour le moment et concernant ces problèmes, nous sommes nombreux à voir sur cette route davantage d’obstacles que d’ouvertures», écrit le cardinal Pierre Eyt.

Une «attristante caricature de la théologie catholique de l’Eucharistie»

Comme de nombreux autres catholiques, il est bien conscient des risques que présentent les discussions en cours. Parmi les motifs qui justifient sa position, l’archevêque de Bordeaux relève «l’attristante caricature de la théologie catholique de l’Eucharistie à laquelle se livrent des ’théologiens lefebvristes’».

D’après des informations «parvenues en France assez mystérieusement», le Saint-Siège et le Saint-Père en personne ont manifesté depuis de longs mois déjà, le désir de développer des contacts avec la Fraternité Saint-Pie X en vue d’aboutir à des solutions juridiques, écrit-il. Tandis que les médias décrivaient le déroulement positif de ces pourparlers, les prêtres de France recevaient un bulletin, 9ème de la série, intitulé «Lettre à nos frères prêtres», lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France (n°9, mars 2001).

Dans ce bulletin, les résultats des «Entretiens romains» d’abord salués comme pleins de promesses, sont présentés ensuite comme «provisoirement compromis», les discussions étant en tout cas, pour le moment, «suspendues». Selon Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, reçu brièvement par le pape dans sa chapelle privée le 30 décembre dernier, et qui mène les négociations directement avec le cardinal Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation romaine pour le clergé, la cause de cette suspension serait du côté de Rome.

A la lecture de cette «Lettre à nos frères prêtres» , tout comme à la connaissance du bulletin girondin de la Fraternité Saint-Pie X «Le Mascaret», le cardinal Eyt déclare se féliciter que la cause de la dite suspension vienne «du côté de Rome». Pour justifier sa position, l’archevêque de Bordeaux déplore «l’attristante caricature de la théologie catholique de l’Eucharistie à laquelle se livrent des «théologiens lefebvristes» – les guillemets sont du cardinal ! – dans la dernière «Lettre à nos frères prêtres».

Les «théologiens lefebvristes» contestent la doctrine énoncée par Paul VI et Jean Paul II

Il ne s’agit pas moins, constate-t-il, «que de contester radicalement la doctrine énoncée sur l’Eucharistie par Paul VI et Jean Paul Il. A cet égard, il est évident pour un catholique que l’expression ’Mystère pascal’ du Christ et de l’Eglise constitue bien une réalité qui éclaire et soutient la foi, l’esprit de la liturgie, la consécration de nos cœurs et le sens de nos vies.» Et de se demander finalement comment pourrait-on accepter que d’autres catholiques puissent dire – d’une théologie aussi autorisée – «qu’ils découvrent avec effroi qu’elle est condamnable et partiellement condamnée par le Magistère authentique de l’Eglise’’ ? «Ce sont hélas des propos de cette sorte que nous tiennent certains évêques et prêtres de la Fraternité Saint-Pie X au moment où ils nous disent aspirer à ’se rapprocher’ de l’Eglise catholique…»

Cette lucidité du cardinal Eyt face aux positions de la Fraternité Saint-Pie X, qui pose ses conditions sine qua non à Rome – la possibilité donnée à tous les prêtres du monde entier de célébrer la messe selon le missel tridentin, la levée des excommunications et la possibilité d’interpréter le Concile Vatican II «à la lumière de la Tradition» – est partagée par de nombreux responsables d’Eglise et catholiques de la base.

Une capitulation de Rome devant Ecône et une promotion de l’intégrisme

Le Père Albert Longchamp, dans l’éditorial de l’»Echo Magazine» du 29 mars intitulé «Rome et Ecône: confusion ou réconciliation?», évoque la réception dans la chapelle privée du pape de Mgr Fellay. Même s’il n’y a pas eu de messe commune entre Jean Paul II et Mgr Fellay, «chef d’une communauté déclarée schismatique depuis le 30 juin 1988, (…) le geste est tout de même symptomatique. Il crée un trouble profond». Et le directeur et rédacteur en chef de la publication romande de se demander pourquoi Rome fait tant de faveurs à Ecône et pourquoi les évêques suisses n’ont pas eu leur mot à dire. «Une ’réconciliation’ dans les conditions présentes serait non seulement une capitulation de Rome devant Ecône, mais une promotion de l’intégrisme par les plus hautes autorités du catholicisme», conclut le Père Albert Longchamp, qui déclare ne pas oser y croire. (apic/com/be)

28 mars 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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