Rome: en marge du Synode des évêques sur l’Afrique (010594)

Un colloque à Rome sur «Les défis africains»

Rome, 1ermai(APIC) En marge du Synode des évêques pour l’Afrique, le quotidien catholique français «La Croix – L’Evénement» a organisé à Rome, en

fin de semaine dernière, un colloque sur «les défis africains». Parmi les

orateurs, deux ténors de l’épiscopat du continent : Mgr Wilfred Napier, archevêque de Durban en Afrique du Sud, et Mgr Anselme Titianma Sanon, évêque

de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso.

Ancien étudiant de la Faculté de théologie de Louvain, Mgr Napier prenait la parole à Rome au moment où ses compatriotes votaient pour la première fois. Pour lui, les principaux défis que l’Afrique doit relever sont

énoncés dans le texte officiel de la «Prière pour le Synode» : ignorance,

crainte, indifférence, oppression, conflits.

L’archevêque de Durban rappelle quelques grandes dates de la vie de son

Eglise. La Conférence des évêques d’Afrique australe est instituée en 1951

et, dès ce moment, elle condamne l’apartheid. Après la révolte de Soweto

(1976), l’Eglise s’efforce de supprimer la discrimination raciale en son

sein. En 1980, une vaste consultation pastorale est organisée. Elle débouche sur l’élaboration d’un plan pastoral, axé sur deux thèmes : une Eglisecommunauté pour servir l’humanité et pour changer la société. La collaboration avec les autres Eglises continue de s’approfondir. La dénonciation de

l’apartheid se double quelquefois, pour la hiérarchie ecclésiale, d’une médiation entre le gouvernement et les mouvements de libération.

«Il reste beaucoup à faire»

Pour Mgr Napier, «il reste beaucoup à faire, notamment pour promouvoir

un esprit de tolérance. Car la société sud-africaine d’aujourd’hui est imprégnée par un modèle de violence : la domination et l’élimination de l’autre.» Un effort de reconstruction morale s’impose, selon les évêques catholiques d’Afrique australe.

L’archevêque de Durban reprend aussi le souhait, exprimé dans l’aula

synodale, de voir les Eglises d’Occident dénoncer la vente des armes fabriquées en Europe et en Amérique. Il conclut : «La chose la plus précieuse

que l’Eglise peut donner au pays, c’est l’espérance. La paix, la justice et

la solidarité vont venir, et cela constitue un espoir pour toute l’Afrique!»

«Assis sur une bombe»

Théologien comme son confrère sud-africain, Mgr Anselme Sanon est évêque

de Bobo-Dioulasso depuis près de vingt ans. Les «défis africains», préciset-il, concernent «et le Continent et l’Eglise de Jésus- Christ». Mais

qu’est-ce qu’un défi ? «C’est une situation qui met en cause de manière

plus ou moins radicale une réalité ou une institution, et qui peut même menacer l’existence si un changement n’intervient pas !», dit Mgr Sanon. Et

de poursuivre : «Regardez le Rwanda : c’est un des pays les plus christianisés, mais tout le travail d’évangélisation risque d’être mis par terre.

Quand on voit la liste des défis auxquels l’Afrique est confrontée, on peut

dire que notre continent est assis sur une bombe.»

La dévaluation du CFA: «un brigandage international»

L’évêque burkinabé se dit effrayé devant la dégradation de la situation.

Au passage, il qualifie la dévaluation du franc CFA de «brigandage international»: «L’humble citoyen qui a économisé depuis longtemps pour s’acheter

une mobylette apprend que, du jour au lendemain, il lui faut le double !»

Malgré tout cela, les gens essaient de vivre et l’Eglise les accompagne

dans le domaine culturel et dans le domaine social. D’une part, elle s’efforce de promouvoir la conscience de l’identité culturelle, elle fait de

l’alphabétisation libératrice, elle favorise les expressions liturgiques.

D’autre part, elle est engagée dans les domaines de la santé et de l’éducation.

L’essentiel, c’est la volonté de vivre, laisse entendre Mgr Sanon, qui

rappelle combien cette volonté de vivre permit jadis aux esclaves de garder

espoir. «Européens et Africains, conclut-il, nous sommes impliqués ensemble

dans la recherche d’une nouvelle société. L’Afrique veut partager les valeurs qui sont profondément enracinées dans son sol.» (apic/cip/ba)

1 mai 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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