Qui a parfois « la sensation de crier dans le désert »

Rome : Entretien avec l’observateur permanent du Saint-Siège auprès à l’ONU

Propos recueillis par Antoine-Marie Izoard

Rome, 29 février 2008 (Apic) A moins de deux mois de la visite de Benoît XVI au siège des Nations Unies, à New York, le 18 avril 2008, I.Media, partenaire romain de l’Apic, a interrogé le représentant du pape à l’ONU. Qui avoue avoir parfois la sensation de « crier dans le désert », lors de ses interventions.

Mgr Celestino Migliore, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies, a en effet confié son sentiment d’agir parfois «comme le prophète qui crie dans le désert» lorsqu’il attire l’attention des pays membres sur certains «principes non négociables». Le diplomate, qui a donné le sens de la prochaine visite de Benoît XVI au Palais de l’ONU, a aussi regretté que les travaux de l’organisation internationale soient souvent dominés par «le compromis et le consensus».

Q. : Comme Paul VI et Jean Paul II, Benoît XVI parlera à la tribune de l’ONU le 18 avril prochain. Qu’attendez-vous de cette intervention et quel sens peut-on d’ores et déjà donner à la présence du pape dans cette enceinte?

Mgr Migliore : Il s’agit de la quatrième visite d’un pape à l’ONU : Paul VI est venu en 1965 lors du vingtième anniversaire de l’ONU ; Jean Paul II en 1979 au début de son pontificat et puis en 1995 pour le cinquantième anniversaire de l’ONU. L’an dernier, dès les premiers mois de son mandat de Secrétaire général, Ban Ki-moon a souhaité rendre visite au Saint-Père au Vatican et lui adresser une invitation. A noter que le Secrétaire général est souvent appelé le ’pape séculier’.

En fait, l’ONU et le Saint-Siège, même avec une nature et des objectifs différents, ont beaucoup en commun. Leurs responsables respectifs, le pape et le Secrétaire général, sont ainsi deux hautes autorités morales dans le monde. Leur rencontre a une importance particulière dans un contexte de fragmentation culturelle et d’une certaine dérive de la politique qui rendent la situation mondiale si instable et tendue. Le pape parlera au monde représenté et idéalement uni dans l’Assemblée générale de l’ONU. Fort de son patrimoine spirituel et de sa longue tradition de pensée sociale, le Saint-Siège a son mot à dire sur la situation mondiale actuelle, basée non pas sur des équilibres de pouvoir et d’alliance, mais sur l’esprit de la Bonne Nouvelle et de la raison juste.

Q. : Du 30 novembre au 2 décembre 2007, une réunion a rassemblé au Vatican des responsables de 85 ONG catholiques pour contrer le «relativisme» des débats de l’ONU et faire pression ensemble auprès des institutions internationales. Cette réunion porte-t-elle des fruits ?

Mgr Migliore : Cette réunion a été organisée en premier lieu face à l’exigence de reconnaître et de coordonner correctement, pour une plus grande efficacité, l’énorme potentiel de ressources, d’intérêt et de dévouement que représentent les personnes et les associations catholiques pour les différentes instances internationales. Il s’est agi de la première phase, importante, d’un processus qui se poursuivra surtout auprès des grandes organisations internationales.

Vous évoquez la question du relativisme. Dans le cadre des organisations internationales, il est désormais évident que, depuis longtemps, le compromis et le consensus sur tout et n’importe quoi ont remplacé l’acceptation et le respect des principes non négociables. Il s’agit d’autre part d’un phénomène culturel qui va bien au-delà du secteur international. Ceux qui, comme le Saint-Siège, continuent d’attirer l’attention sur les principes non négociables, ont l’impression d’agir comme le prophète qui crie dans le désert. Mais c’est une cause qui vaut la peine de maintenir en éveil ses propres convictions et, dans le cadre du débat démocratique, de chercher à les exprimer de façon toujours plus accessible à tous et persuasive.

Q. : Paix, armement, développement, pauvreté, santé. les sujets sur lesquels vous intervenez à l’ONU sont innombrables. Mais avez-vous la sensation que ce message est entendu et écouté ?

Mgr Migliore : Plus qu’une simple sensation, nous avons des preuves évidentes que les interventions du Saint-Siège aux Nations Unies sont écoutées et lues. En témoignent la diffusion capillaire des textes à l’intérieur de l’Organisation, l’augmentation constante des recherches sur notre site Internet, les réactions, les commentaires, les références et les citations qui apparaissent dans les médias. Je reçois souvent des emails – accompagnés de commentaires, de suggestions, de critiques, de questions – venant d’étudiants et de chercheurs, de différents acteurs de la société civile, d’élèves, de collègues prêtres de différentes parties du monde, et parfois de paroisses, d’associations ou de missions dans des coins éloignés de la planète. Il est moins facile de mesurer l’impact de nos interventions, de se rendre compte de la façon dont elles sont reçues.

Toutefois, il n’est pas rare que des collègues d’autres délégations accréditées auprès de l’ONU saisissent l’occasion pour discuter et confronter nos prises de position avec les leurs, pour ouvrir de nouveaux canaux de collaboration sur des thèmes, des positions et des préoccupations communes, pour nous impliquer dans des initiatives et des programmes à l’ONU ou sur le terrain, pour mieux connaître certaines de nos positions et offrir leur collaboration au niveau national. (apic/imedia/ami/pr)

29 février 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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