Un bilan mitigé après quelques mois d’indépendance

Rome: Entretien avec Mgr Carlos Ximenes Belo, archevêque de Dili au Timor Est

Rome, 1er novembre 2002 (APIC) Le peuple du Timor Est ne peut pas oublier les centaines de milliers de victimes et de disparus, et la grande souffrance de la population. Au-delà de l’appel du pape à la réconciliation, Mgr Carlos Ximenes Belo, archevêque de Dili et prix Nobel de la paix en 1996, en visite à Rome, répond que ses compatriotes demandent aujourd’hui que justice soit faite.

Depuis une semaine, les deux administrateurs apostoliques du Timor Est sont à Rome dans le cadre de leur visite «ad limina», la première qu’ils effectuent depuis la déclaration d’indépendance de cette région, en conflit depuis 1975 avec l’Indonésie. Dans son discours aux deux évêques, le 28 octobre dernier, Jean Paul II a lancé un appel à la réconciliation aux habitants de la République démocratique du Timor Est. Il les a par ailleurs encouragés dans la reconstruction de leur pays, après plus de 400 ans de domination étrangère. L’APIC a fait le point avec l’un des deux prélats du pays, Mgr Carlos Ximenes Belo, archevêque de Dili et Prix Nobel de la paix en 1996.

Q.: Quel bilan faites-vous de ces quelques mois d’indépendance?

Mgr Belo: Un bilan mitigé. Ce qui est très positif, c’est que beaucoup de souffrances ont pris fin. Nous pouvons désormais être les ’patrons de la maison’ après plus de 400 ans de dominations portugaise et 25 ans de guerre avec l’Indonésie. Nous connaissons enfin la démocratie, avec notre propre gouvernement.

En revanche, nous rencontrons de grandes difficultés en ce qui concerne le développement économique du pays. L’éradication de la pauvreté est un de nos principaux soucis, mais nous allons avoir besoin de la communauté internationale pour y parvenir. En même temps, il nous faut penser dès maintenant à la reconstruction du Timor Est, aussi bien aux niveaux politique, social que spirituel.

Q.: Comment avez-vous reçu l’appel du pape à la réconciliation et comment pensez-vous que les Timorais le recevront ?

Mgr Belo: Il sera toujours difficile d’oublier ce que nous avons subi au cours de ces dernières décennies. Je pense que le temps aidera à cette «purification de la mémoire» à laquelle nous a appelés Jean Paul II, mais pour le moment, le peuple ne peut pas oublier les centaines de milliers de victimes et de disparus qui ont provoqué une grande souffrance parmi la population. Ils peuvent demander pardon, mais demandent aussi que justice soit faite.

Q.: Quel rôle l’Eglise doit jouer dans la reconstruction du Timor Est ?

Mgr Belo: L’aide que l’Eglise peut apporter à l’heure actuelle est surtout morale. Je viens d’envoyer deux lettres, une adressée aux Timorais et l’autre à notre gouvernement. La première demande à chacun de faire ce qui est en son pouvoir, à son niveau, pour participer à la reconstruction du pays. L’autre insiste sur l’importance de combattre la corruption, qui est un grand problème pour notre pays.

L’Eglise s’engage aussi dans le domaine éducatif, pour tenter de soutenir les écoles, former les instituteurs. Il nous faut souvent rappeler que l’indépendance signifie prendre conscience que notre pays doit être reconstruit, peu à peu et avec patience. Mais encore une fois, sans l’aide de la communauté internationale, nous n’irons pas très loin. Le futur du Timor Est dépendra en partie du sérieux de notre gouvernement et de l’aide que la communauté internationale voudra bien nous fournir. (apic/propos recueillis à Rome par Antoine Soubrier/pr)

1 novembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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