Méditations par Mgr Gianfranco Ravasi, bibliste
Rome: Femmes, indifférence et égoïsme au coeur des Méditations du chemin de croix
Rome, 2 avril 2007 (Apic) Le bibliste italien Mgr Gianfranco Ravasi, choisi par Benoît XVI pour rédiger les Méditations accompagnant le Chemin de croix du Colisée, dans la soirée du 6 avril, a mis les femmes, l’indifférence et l’égoïsme au coeur de sa réflexion sur les derniers instants de la vie du Christ.
Le bibliste, dans ses Méditations accompagnant le Chemin de croix du Colisée, donne une place particulière aux femmes. «Autour de Jésus, souligne-t-il, jusqu’à sa dernière heure, se serrait un univers de mères, de filles et de soeurs. A côté de lui, nous imaginons désormais aussi toutes les femmes humiliées et violées, les femmes marginalisées et soumises à des pratiques tribales indignes, les femmes en crise et seules face à leur maternité, les mères juives et palestiniennes et celles de toutes les terres en guerre, les veuves et les vieilles oubliées par leurs enfants. C’est un long cortège de femmes qui témoignent à un monde aride et impitoyable du don de la tendresse et de l’émotion».
Commentant ensuite le baiser de Judas, par lequel Jésus fait l’expérience de la trahison, Mgr Ravasi explique que c’est l’expérience âpre de tant de personnes qui, dans ces heures qui nous voient réunis, comme à d’autres moments de la journée, sont seules dans une pièce aux murs nus, au téléphone muet, oubliées de tous parce que vieux, malades et étrangers. «Jésus a bu avec eux ce calice qui contient le poison de l’abandon, de la solitude et de l’hostilité», a-t-il encore écrit. «Jésus est conscient que le mal enveloppe l’histoire humaine avec son suaire d’arrogance, d’agression, de brutalité.»
Nécessité de témoigner de la vérité
Ainsi, note le bibliste italien, Jésus rappelle à tous le devoir de témoigner de la vérité. Un témoignage à faire résonner fortement quand apparaît la tentation de se cacher, de se résigner, de se laisser conduire à la dérive par l’opinion dominante. Comme le déclarait une jeune femme juive destinée à être assassinée dans un camp (Etty Hillesum, ndlr) «nous devons opposer à toute nouvelle horreur ou crime un nouveau fragment de vérité et de bonté que nous avons conquis en nous-même. Nous pouvons souffrir, mais nous de devons pas succomber».
Puis, prenant l’exemple d’un converti, Mgr Gianfranco Ravasi estime qu’il donne la parole à nous tous qui, chaque jour, consumons des petites trahisons en nous protégeant derrière des justifications mesquines, en nous laissant posséder par des peurs viles.
Il s’arrête alors sur l’exemple de Ponce Pilate, le gouverneur romain qui condamna Jésus. Il y voit un homme de pouvoir épaulé par un autre pouvoir obscur et impalpable : c’est la force des masses, manipulée par les stratégies de pouvoirs occultes qui complotent dans l’ombre. «Sous la pression de l’opinion publique Pilate incarne une attitude qui semble dominer de nos jours, celle de l’indifférence, du désintérêt, de la convenance personnelle. Pour une vie tranquille et pour son propre avantage, on hésite pas à piétiner la vérité et la justice», écrit-il encore. «L’indifférence est la mort lente de la véritable humanité».
Dans le Christ plié sous la Croix il y a l’humanité malade et affaiblie, poursuit Mgr Ravasi. Aujourd’hui encore, comme alors, autour de Jésus qui se relève et avance en portant le bois de la croix, se déroule la vie quotidienne de la rue, marquée par le commerce, les vitrines illuminées, la recherche du plaisir.
«Sous ce corps agonisant défile une foule qui veut voir un spectacle macabre. C’est le portrait de la superficialité, de la curiosité banale, de la recherche des émotions fortes. Un portrait dans lequel on peut identifier une société comme la nôtre qui choisit la provocation et l’excès presque comme une drogue pour exciter une âme désormais engourdie, un coeur insensible, un esprit assombri».
Mais «aujourd’hui, sur ses pas, avancent aussi ceux qui ont choisi un jour de le suivre». Ainsi, rappelle Mgr Ravasi, Dieu est en embuscade sur les chemins de notre existence quotidienne.
Bibliste renommé
Agé de 65 ans, Gianfranco Ravasi est un bibliste italien renommé. Il est préfet de la bibliothèque ambrosienne de Milan, fondée en 1607 par le cardinal Federico Borromeo, professeur d’exégèse biblique à la faculté de théologie d’Italie du nord et membre de la Commission biblique pontificale. Il est également membre de l’Académie pontificale des beaux-arts et lettres des virtuoses au Panthéon. Mgr Ravasi est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages sur des sujets bibliques et scientifiques. Il écrit régulièrement pour le quotidien de la Conférence épiscopale italienne Avvenire et pour l’hebdomadaire Famiglia Cristiana.
En 2006, c’est Mgr Angelo Comastri, vicaire de la Cité du Vatican, qui avait rédigé les méditations du chemin de Croix. Il avait, à cette occasion, fermement dénoncé l’égoïsme et les vices de la société moderne. Un an plus tôt, en 2005, c’est le cardinal Ratzinger qui avait été désigné pour commenter le chemin de Croix auquel Jean Paul II n’avait pas pu participer en raison de sa maladie. Le futur pape avait alors comparé l’Eglise à une «barque prête à couler». (apic/imedia/hy/js)




