Rome: Il faut s’habituer à une Eglise qui parle à voix haute

«La situation l’impose», affirme le cardinal Ruini

Rome, 29 avril 2005 (Apic) Le cardinal Camillo Ruini, vicaire du diocèse de Rome, s’est exprimé sur les défis de l’Eglise dans une interview accordée au quotidien italien Corriere della Sera du 29 avril. «Il faut s’habituer à une Eglise qui parle à voix haute parce que la situation l’impose, parce que c’est son devoir, plus encore que son droit», a-t-il affirmé .

Le vicaire du diocèse de Rome a souligné combien le rôle de l’Eglise italienne est important en Europe, «en référence à l’identité chrétienne». Interrogé par ailleurs sur les conséquences d’un second pape non italien sur la péninsule, le cardinal a répondu que «le problème du pape italien ou non italien n’existe plus». «Je vois une continuité affective entre le moment où les Italiens ont aimé Jean Paul II et le sentiment avec lequel la foule est accourue à Saint-Pierre pour l’élection de Benoît XVI, ou s’est pressée lundi soir à Saint-Paul». «Et puis, le pape Ratzinger est en Italie depuis 1981 et a eu une grande présence dans l’Eglise et dans la réalité culturelle italienne», a-t-il ajouté.

Le cardinal Ruini a aussi souligné les rapports «des évêques italien avec le pape», qui ont toujours été caractérisés «par une profonde adhésion et une affectueuse proximité». «Tel sera aussi notre lien avec le nouveau souverain pontife», a-t-il affirmé.

Pour le vicaire du diocèse de Rome, ce pape allemand est «une grande reconnaissance pour l’Allemagne». «Je suis heureux pour cette nation qui a tant contribué à la culture et à la civilisation européenne». «Benoît XVI est le signe que les séquelles de la seconde guerre mondiale sont vraiment derrière nous», a-t-il continué, ajoutant nourrir une espérance: «l’Allemagne d’aujourd’hui est un des lieux décisifs pour le défi que la foi chrétienne doit affronter, et il peut être providentiel que le pape vienne de là et soit donc particulièrement apte à témoigner la foi dans ce contexte humain et culturel».

Une grande capacité de discernement et de proposition

Interrogé sur le côté ’sévère’ et défenseur de la foi de Benoît XVI, le cardinal Ruini a répondu qu’il a été «un grand défenseur de la foi, mais avec une grande capacité de discernement et de proposition». «Un défenseur et en même temps un témoin, et ainsi nous avons un pape préparé à affronter de la meilleure manière, le défi plus profond pour le christianisme d’aujourd’hui, qui est celui de conserver la foi incarnée dans la modernité», a-t-il souligné. «Ce n’est pas un pur défenseur de la foi: il a un esprit créatif, et a fait beaucoup pour repenser le christianisme à notre époque», a-t-il continué. «Selon moi, plus la foi est profonde, plus on peut être créatif».

Pour le cardinal italien, «Benoît XVI a vécu trois grandes expériences: jusqu’à 50 ans, il a étudié et enseigné». «Puis, pendant 4 ans, il a guidé le grand diocèse de Munich en Bavière». «Enfin, il a été un des plus étroit collaborateur de Jean Paul II pendant 23 ans, ce qui lui a donné une connaissance complète des thématiques mondiales de l’Eglise», a-t- il expliqué. Ainsi, «les charismes et les histoires personnelles de Jean Paul II et Benoît XVI sont différentes». Mais pour le cardinal Ruini, ils ont en commun «l’adhésion au Christ et la vision de fond du monde contemporain».

Un pape qui laissera de grandes traces

Interrogé sur le fait que Benoît XVI serait un pape de transition, le cardinal Ruini a souligné qu’il sera un pape qui «laissera de grandes traces» et «un signe profond». «De tout ce qu’il a dit, on comprend combien il sent la mission de l’Eglise et combien il est déterminé à promouvoir jusqu’au bout», a-t-il encore souligné.

A la question de savoir si, comme cela a été écrit, Benoît XVI est l’allié des néo-conservateurs américains et du président Bush, le cardinal Ruini a voulu reposer le problème. «L’élément significatif me semble surtout celui-ci: il existe dans le monde, et particulièrement aux Etats- Unis, un mouvement de renaissance chrétienne qui va au-delà des frontières des Eglises et qui souligne un élan chrétien qu’on ne peut ignorer». «C’est un souffle chrétien qui pousse à témoigner et proposer la foi dans le Christ et la vision chrétienne de l’homme», a-t-il souligné. Il a aussi affirmé ne pas croire qu’un pape «puisse ou veuille jouer un rôle géopolitique entre les Etats». «Mais il peut certainement diriger le potentiel religieux et culturel de l’Eglise pour maintenir et relancer le rôle historique du christianisme, dans un contexte qui change». «Les instruments sont ceux de la mission, de l’oecuménisme, du dialogue entre les religions pour la promotion de la paix», a-t-il expliqué. «L’Eglise ne connaît pas de frontière : pour cela elle demande toujours la liberté religieuse, dans chaque contexte». (apic/imedia/ms/bb)

29 avril 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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