C’est du moins l’avis d’un consulteur du Saint-Siège
Rome: Il n’y aurait pas de document sur le préservatif en préparation au Vatican
Rome, 18 mai 2006 (Apic) Il n’y aurait pas de document sur le préservatif en préparation au Vatican, contrairement à plusieurs indications dans ce sens. C’est du moins l’avis Mgr Michel Schooyans, théologien belge auteur de nombreuses publications, et consulteur du Conseil pontifical pour la famille. Il estime que cette nouvelle relève de l’intoxication médiatique.
Le 21 avril 2006, le cardinal Carlo Maria Martini, ancien archevêque de Milan, avait qualifié le préservatif de «moindre mal» dans certains cas, dans une interview donnée à l’hebdomadaire italien de centre gauche «l’Espresso», tirant à plus de 759’000 exemplaires.
Ses propos sur la fécondation assistée ou l’adoption d’embryons congelés avaient suscité la réaction du cardinal Lozano Barragan, président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, affirmant le 23 avril dans La Repubblica, préparer un document sur l’usage des préservatifs, à la demande du pape.
Intoxication médiatique ?
Ces prises de position ont créée un certain embarras au Saint-Siège. Ariane Rollier, de l’agence I.MEDIA à Rome a interrogé à ce sujet Mgr Michel Schooyans, professeur émérite à l’Université catholique de Louvain et collaborateur de diverses instances romaines.
Q.: Comment réagissez-vous à l’annonce de la prochaine publication d’un document sur le préservatif ?
M.S.: Immédiatement après l’entretien donnée dans l’Espresso par le cardinal Martini, le cardinal Barragan a déclaré publiquement que son dicastère, le Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, avait été chargé, sous-entendu par le pape, de faire un document de réflexion sur l’usage du préservatif.
Tout d’abord, je sais d’une très bonne source qu’aucun document de ce genre n’a été demandé au cardinal, ni au Conseil pontifical pour la pastorale de la santé. S’il y a sept ans, ce dicastère avait projeté la préparation d’un document sur des questions semblables, ce dernier n’a jamais vu le jour et je crois qu’il ne sortira jamais. Par ailleurs, la deuxième chose qui me pousse à croire que cette nouvelle relève de l’intoxication médiatique est que ce Conseil est un conseil pastoral et non doctrinal.
Q.: Le document dont parlait le cardinal Barragan ne pourrait-il pas être alors préparé par la Congrégation pour la doctrine de la foi ?
M.S.: Quand il s’agit de questions doctrinales, le dicastère compétent est en effet la Congrégation pour la doctrine de la foi. Si le pape ou une haute autorité ecclésiastique voulait avoir un document relatif au préservatif et aux questions abordées par le cardinal Martini, il est absolument certain que cette étude serait demandée à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Cela prendrait sûrement un certain temps, parce que ce dicastère doit travailler lentement, par prudence. La congrégation devrait repérer des experts auxquels elle demanderait un avis motivé sur ces questions actuellement discutées, dont a parlé le cardinal Martini.
Q.: La Congrégation pour la doctrine de la foi réfléchit-elle sur ces questions en vue de la publication d’un document ?
M.S.: Etant données les prises de position parfois divergentes énoncées publiquement par certaines personnalités du monde ecclésiastique, cela ne m’étonnerait pas qu’il y ait une étude en cours à ce niveau-là ou des consultations au niveau de la doctrine de la foi. Cela me paraîtrait même assez normal. Mais la Congrégation travaille dans la discrétion. Néanmoins, on n’a actuellement à ma connaissance aucune raison de penser qu’une étude particulière (en vue de la publication d’un document sur le sujet, ndlr) y serait en préparation sur ces questions. La question du préservatif a notamment déjà fait l’objet d’un certain nombre de déclarations, celles sur la contraception touchant à ces questions.
Q.: Cependant, la question de l’utilisation du préservatif dans le cadre d’un couple marié dont l’un des époux serait séropositif comme celle de l’adoption d’embryons congelés ne semble pas aller de soi.
M.S.: Les questions telles que vous les résumez sont des questions posées en termes de morale de situation. C’est-à-dire que l’on pense à quelqu’un de séropositif et l’on se demande s’il peut avoir des relations avec sa femme ou avec d’autres partenaires.
Là, je pense qu’il faut du point de vue moral avoir le courage de remonter au stade antérieur où se posent des problèmes moraux. Dans le cas signalé, on peut se demander si c’est vraiment un acte d’amour qu’un séropositif ait des relations avec des personnes saines. Parce que le séropositif sait qu’il peut infecter son partenaire. Or si on aime vraiment quelqu’un, on va éviter de lui faire courir le risque de mort. Et il est connu que le préservatif n’est pas fiable, qu’il y a des pourcentages parfois assez élevés de rupture.
Q.: Que dire de la question des embryons congelés ?
M.S.: Il s’agit un peu de la même problématique morale. La question à poser est la question préalable: est-il licite moralement de produire des embryons congelés ? Evidemment, après, quand on en a produit des milliers, on se demande qu’en faire. Mais l’Eglise n’a pas à expliquer aux pécheurs comment ils doivent pécher pour éviter les conséquences indésirables du péché. Elle n’a pas à dire «vous autres qui avez des relations risquées, on va vous aider à diminuer le risque que comporte cette relation». Elle n’a pas à intervenir dans ce genre de problèmes.
Q.: Pourriez-vous clarifier la notion du «moindre mal» ?
M.S.: Le principe du moindre mal en morale est très simple. Il consiste à dire que quand l’on est confronté à deux maux inévitables, il faut choisir le moindre de ces deux maux. C’est presque une question de bon sens. Mais au niveau du préservatif, avoir des relations avec un séropositif et essayer de se protéger par le préservatif, n’est pas quelque chose d’inévitable. Il y a toujours la liberté d’avoir ou de ne pas avoir ce genre de relations. On peut appliquer cela à d’autres cas, par exemple à l’avortement.
Le cardinal Martini, dans son entrevue, fait allusion aux lois qui le légalisent. Au fond, il applique à ces lois, de façon erronée d’ailleurs, le principe du moindre mal, en disant que c’est par le moindre mal que l’on diminue le nombre d’avortements clandestins, etc.
Or il est immoral de dire qu’une loi qui légalise et organise juridiquement l’élimination d’un être innocent est un moindre mal. C’est un abus de raisonnement moral, c’est de la mauvaise morale.
Q.: Le cardinal Martini ne serait donc pas un bon moraliste ?
M.S.: On dit qu’on ne peut pas être un bon bibliste et un bon moraliste. Ou bien il faut se faire éclairer. Dans son interview, ce principe du moindre mal est constamment invoqué. On trouve les arguments qu’il avance et qui touchent à des problèmes très différents chez certains moralistes catholiques, notamment jésuites…
Le cardinal Martini a probablement été poussé à ces déclarations par certains de ses confrères. Mais on trouve ce genre d’arguments aussi chez d’autres prélats qui se sont prononcés sur ces questions de façon imprudente et précipitée, sans s’être donnés la peine de les étudier et notamment les limites de l’application du principe de moindre mal. (apic/imedia/ar/be)



