Aucune commémoration prévue au Vatican

Rome: Il y a 10 ans, un jeune garde suisse assassinait le commandant et son épouse

Antoine-Marie Izoard, agence I.MEDIA

Rome, 2 mai 2008 (Apic) Voici 10 ans, le 4 mai 1998, le vice-caporal Cédric Tornay, de la Garde suisse pontificale, assassinait son commandant, Aloïs Estermann, ainsi que son épouse Gladys, avant de retourner l’arme contre lui dans «un accès de folie», selon la version officielle du Vatican. La mère du jeune garde ne croit toujours pas à la version officielle et a demandé, en vain, la réouverture de l’enquête. Dix ans après le drame, aucune commémoration n’est prévue au Vatican.

Le 4 mai 1998, un peu après 21h, alors qu’il venait d’être nommé commandant de la Garde suisse par Jean Paul II quelques heures plus tôt, Alois Estermann, 43 ans, était retrouvé mort par balles dans son appartement de fonction, dans la caserne de la Garde sous les fenêtres de l’appartement du pape. A ses côtés gisait le corps de son épouse, Gladys Mezza Romero, d’origine vénézuélienne, ainsi que celui du vice-caporal Cédric Tornay, âgé de 23 ans.

Le lendemain matin, sans attendre les résultats complets des autopsies en cours, le Saint-Siège indiquait officiellement que Cédric Tornay avait tué le commandant et son épouse «dans un accès de folie». Joaquin Navarro-Valls, alors directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, devait affirmer que le jeune garde «ne s’estimait pas suffisamment reconnu» et «avait fait part à ses camarades de son amertume de ne pas figurer dans la liste des gardes suisses qui devaient être décorés le 6 mai», à l’occasion de la traditionnelle prestation de serment des gardes.

Lors d’une conférence de presse, le ’porte-parole’ du Vatican avait également précisé que Cédric Tornay avait reçu, le 12 février 1998, «une lettre d’avertissement (.) courtoise mais ferme» du commandant (alors par intérim), Alois Estermann, pour «infractions substantielles» et «des manques graves au règlement de la garde». De plus, une heure et demie avant les faits, le vice-caporal aurait aussi «demandé à ses camarades de transmettre une lettre personnelle à sa famille», ce qui confirmait la thèse de son suicide programmé, avait encore indiqué Joaquin Navarro-Valls.

Aux côtés du pape lors de son attentat

Le 6 mai 1998, lors de son audience générale hebdomadaire, Jean Paul II devait rendre hommage à celui qu’il venait de nommer commandant de la Garde suisse. «Le commandant Estermann, affirma alors le pape, était une personne de grande foi et de solide dévouement à son devoir; pendant 18 ans, il a rendu un service fidèle et précieux pour lequel je lui suis personnellement reconnaissant». Le commandant Estermann se trouvait aux côtés du pape polonais, le 13 mai 1981, lors de l’attentat place Saint-Pierre.

Dans la soirée du 6 mai 1998, les funérailles solennelles du commandement Estermann et de sa femme furent célébrées dans la basilique Saint-Pierre par le secrétaire d’Etat de l’époque, le cardinal Angelo Sodano. Le lendemain matin, une autre messe fut célébrée dans la chapelle Sainte-Anne, au Vatican, pour le vice-caporal Tornay. L’enquête judiciaire fut exclusivement menée par la justice vaticane.

Dans une lettre adressée à Jean Paul II en septembre 1998, Muguette Baudat, la mère du jeune garde, devait faire état de «pressions» et de «manipulations» à son encontre, mais aussi de «dissimulations» et de «mensonges», la portant à croire que «les seuls éléments de l’enquête auxquels (elle avait) pu avoir accès (étaient) tout sauf concluants». Elle écrivit de nouveau au pape en juillet 1999 et affirma ensuite n’avoir jamais reçu de réponse à ses courriers.

L’enquête restée close

Entre avril et septembre 2002, les avocats français de Muguette Baudat, le célèbre Jacques Vergès et Luc Brossollet, ont tenté en vain de faire rouvrir l’enquête. Les avocats ont entre autres mis en doute les conditions exactes de la mort de Cédric Tornay, le fait qu’il se soit suicidé, ainsi que la véracité de la lettre que le vice-caporal aurait écrite à sa mère juste avant de mourir.

Dans une dernière lettre au pape, en décembre 2002, la mère de Cédric Tornay clamait à nouveau l’innocence de son fils et reprochait à Jean Paul II un «grossier déni de justice», lui faisant part d’une «injustice criante». Ainsi, écrivait-elle, «il a été assassiné au Vatican, (.) le Vatican a menti, (.) cet Etat a choisi de couvrir des meurtriers pour des raisons qui relèvent probablement de luttes de pouvoir occultes et internes». (apic/imedia/ami/bb)

2 mai 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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