improvise au micro pour s’en prendre à Andreotti =

Rome: .incident d?plaisant/ ? la basilique Saint-Pierre Un étudiant

Rome, 13 décembre 1995 (CIP)

«Saint-Père, il y a quelque chose que je n’ai pas compris». Silence

interloqué dans la basilique Saint-Pierre, mardi en fin d’après-midi,

durant la messe que le pape célèbre comme chaque année pour le monde

universitaire romain, à laquelle assistent 7.000 étudiants. L’un d’eux

interrompt le texte qúil doit lire au micro, pour la prière universelle.

«Il y a quelques jours, continue-t-il, quelqúun a été accueilli dans la

Salle Paul VI toute proche, avec cinq minutes d’applaudissements.»

Sans le citer, l’étudiant visait Giulio Andreotti, grande figure de la

Démocratie chrétienne italienne et sénateur à vie, actuellement en audience

judiciaire pour répondre de l’accusation, lancée par des mafieux repentis,

de «collusion avec la mafia». Ce qui lui vaut d’être aux prises avec

plusieurs procès qui passionnent toute l’Italie et qui ne cessent de

rebondir.

L’»affaire Andreotti», connu pour être un grand ami du Vatican – où il ne

compte pourtant pas que des amis – gène considérablement le Saint- Siège: à

travers lui, c’est un demi-siècle de politique démocrate- chrétienne qui

est un jugement, période durant laquelle la mafia a prospéré. Si la

majorité des cardinaux de curie, surtout les non- Italiens, ont toujours

observé une grande réserve sur les questions de politique italienne, ce

n’est pas le cas de certains «Monsignori» italiens et romains, notamment le

cardinal Angelini, le président du Conseil pontifical pour la pastorale des

travailleurs de la santé, qui est un ami personnel du sénateur depuis les

bancs de l’Université.

Indifférent, livide, absent

Pour preuve: le 25 novembre dernier, le sénateur à vie Andreotti était l’un

des invités d’un congrès organisé à Rome par le cardinal Angelini, qui a

réuni 6.500 participants, dont 200O médecins, sur le thème: «Va et fais de

même: d’Hippocrate au bon Samaritain». Andreotti a participé au Congrès

comme orateur invité et, à l’issue des travaux, il a été présenté comme tel

au pape par le cardinal Angelini, qui a suggéré de lui rendre hommage. Le

sénateur a alors été ovationné durant cinq minutes par les participants.

Ces applaudissements ne pouvaient passer inaperçus en Italie au moment où

Andreotti se trouve dans l’oeil du cyclone. Ils ont en tout cas choqué le

jeune étudiant qui parlait au micro de la basilique Saint- Pierre. «Les

plus grands journaux, a-t-il poursuivi, ont écrit qúil avait été accueilli

par une ovation. Je voudrais répondre avec les mots mêmes de Moro (leader

de la Démocratie Chrétienne assassiné par les Brigades Rouges en 1978)

alors qúil était séquestré: «Il (ndlr: Andreotti) a été indifférent,

livide, absent, fermé dans son propre dessein de gloire».«

Et l’étudiant d’enchaîner: «On peut être terne, Monsieur Andreotti, mais

honnête. Terne, mais bon. Terne, mais plein de ferveur. C’est bien cela qui

vous manque: la ferveur humaine. Vous n’avez pas la bonté, la sagesse, la

souplesse, la limpidité qui caractérisent les rares démocrates chrétiens

qui existent. Vous n’êtes pas de ceux-là. Vous durerez un peu plus, ou un

peu moins, mais vous passerez sans laisser de trace…»

L’étudiant a alors repris la fin du texte prévu de la prière universelle

avant de regagner sa place, tandis que dans l’entourage du pape les regards

s’animaient, cherchant où était l’erreur et qui pouvait bien être le

responsable de ce que le quotidien catholique «Avvenire», lié à l’épiscopat

italien, appelle mercredi «un incident déplaisant». Jean-Paul II, de son

côté, a écouté, impassible.

14 décembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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